Mode versus Style : quelques réflexions
by hugoparis
Gentlemen,
PG se développe vite et, bien entendu, reçoit quotidiennement son lot de critiques, notamment en provenance des purs afficionados de la mode (les fashionista). Ces derniers, souvent très jeunes, prétendent que les amoureux du style classique (nous donc) sont « coincés » dans des règles strictes alors qu’eux mêmes jouissent d’une totale liberté et de la capacité à se réinventer à chaque saison. En clair ils pensent que nous sommes « ringards » et que la culture sartoriale qui nous passionne n’est qu’un carcan qui nous empêcherait toute forme d’originalité, voire pire, toute forme de personnalité…
Sans entrer dans une polémique stérile, ces remarques pour le moins radicales m’inspirent cependant quelques réflexions.
Je pense d’abord que la différence essentielle entre les deux mondes, est une différence de démarche, et n’a franchement rien à voir avec l’âge ou les moyens (financiers).
Là où les fashion addict cherchent à tout prix à briller, les amoureux du style dont nous faisons partie, cherchent avant tout l’harmonie dans la discrétion. C’est une différence fondamentale.
Et cette différence se matérialise dans la manière de « gérer » un nouveau vêtement : le fahsionista afin de faire remarquer son nouveau tee-shirt ou son nouveau blouson fera tout pour en faire la pièce centrale de sa mise en scène personnelle. L’amoureux du style classique fera exactement l’inverse : il cherchera la meilleure harmonie entre, par exemple, sa nouvelle cravate ou sa nouvelle chemise, et des éléments existants de sa garde robe. Briller versus Harmoniser, voilà le « coeur » de la différence de démarche : Eux travaillent dans l’instant (d’une soirée, d’une saison, d’une collection), nous nous travaillons dans la durée (plusieurs années) afin de maîtriser notre corps et son interaction avec les vêtements.
Et en ce qui concerne la soi-disant « liberté », il convient de se rappeler que la mode est collective (voire de masse), tandis que le style, lui, est une affaire éminemment personnelle, ce qui, vous l’avouerez, remet dramatiquement en cause l’idée selon laquelle les victimes de la mode seraient plus libres et moins « coincés » que nous… Coincés ils le sont, car ils ne peuvent que « suivre » telle ou telle lubie de tel ou tel créateur alors que nous, nous ne subissons que très peu de soubresauts stylistiques et aimons nous inspirer du passé (notamment des années 30).
Les amateurs de mode cherchent un « look », le amateurs de style une élégance si possible naturelle.
Ils travaillent dans le présent (voire dans l’instant), nous travaillons dans le futur.
Cheers, HUGO



8 commentaires
Hugo.
Je me permet d’apporter ma reflexion personelle sur le sujet, puisque j’ai eu ce débat il n’y pas très longtemps avec un « amoureux » de la mode.
J’ai été conseiller en image par le passé.
Pour moi, vous comme eux abordez le problème du mauvais côté. Dans ma vision des choses, cette « guerilla » n’a pas de sens. Il y a le style pour le style, et le style pour l’élégance. L’élégance impliquant le style, l’inverse n’étant pas vrai.
Ce sont deux choses différentes, et j’appartiens aux deux mondes.
Je pense qu’en terme d’élégance masculine, il est très dur, voir impossible, de battre un beau complet, munit d’une belle chemise, et d’une cravatte et paire de chaussures approriées. Je ne vois rien dans mon [imposante] garde robe du côté « designer » qui puisse battre mes costumes anglais et français et mes chaussures italiennes.
Néanmoins, j’aime aussi à me prêter au jeu du style, en des occasions différentes. Non par effet de mode, mais par envie d’experience, par défi de la construction ou par amour de l’original.
Si vous parlez des fashionistas gucci-diesel-prada, je vous comprend. Mais par pitiée, DH fait de très belles vestes, Rick Owens de très beaux cuirs, et KVH des manteaux surprenants. On ne peut prétendre aimer le vêtement si l’on crache sur ceux qui l’explorent et cherchent à le faire avancer. On peut en revanche cracher sur l’imbécile de base qui suit aveuglement et sans aucune vision (j’insiste sur le mot) le diktat marketing des superbrands.
Il y a le style des amoureux qui vont fouiner, réfléchire et construire, et le style des imbéciles, qui vont suivre.
Mais dans une école comme dans l’autre (l’autre étant la culture sartoriale), les passionés et les suiveurs de sont pas à mettre dans le même sac.
Cheers,
Alex.
[...] conclusion, un extrait du très enrichissant commentaire d’Alex sur le billet Il y a le style des amoureux qui vont fouiner, réfléchir et construire, et le style [...]
DH, KVH ?
DH comme Desperate Housewives et KVH comme le matériaux du même nom ?
Plus sérieusement, dommage que ce genre « de raccourcis » viennent obscurcir ce commentaire de qualité aux yeux des personnes n’étant pas spécialistes en cryptographie.
Depuis que je traduis le site PG, je me suis bien renseignée sur la mode masculine, son histoire et ses contextes.
Les codes dont on parle dans PG sont en effet devenus l’apanage d’un art perdu, que se réapproprient certains, souvent motivés par un goût classique associé au succès social qui s’exprime souvent par une grande sobriété.
L’art sartorial et les conventions du costume étaient autrefois omniprésentes alors que l’on connaissait le travail que nécessitait la confection d’un beau costume, d’une chemise, d’un pantalon. Aujourd’hui, ceux qui tournent le dos aux dressings débordants pour choisir consciencieusement leurs vêtements sont souvent vus comme vieux jeu par les autres qui se croient uniques alors qu’ils ne font eux-mêmes que décliner d’autres inflexions.
C’est errer que de voir les conventions du bon goût comme un carcan ne laissant aucune place au style et à la créativité. Les vêtements de qualité masculins sont souvent de véritables objets d’art, et les choisir est aussi un geste d’hommage aux tailleurs qui savent depuis si longtemps sublimer la beauté masculine, ou la feindre lorsqu’il le faut.
Le choix des vêtements de grande qualité fabriqués par des mains que l’on peut serrer pourrait pour d’aucuns être considéré comme un geste citoyen, un refus de la surconsommation et de la production de vêtements qui finiront certainement dans une friperie avant de retrouver une nouvelle vie dans une ou deux décennies.
Article bien vu et plutôt clément vis-à-vis des puceaux qui pensent pouvoir donner des leçons vestimentaires.
Notamment le petit alex qui est intervenu dans les commentaires. Je mets ma main au feu qu’il s’agit de xxx, accro aux jeux vidéo reconverti en « conseiller en image » ayant commis le rassemblement de pages intitulé « le kit de l’homme séduisant ». Avant d’écrire quoi que ce soit sur le vêtement, il conviendrait de savoir que « cravate » s’écrit avec un seul « t ».
Je m’en prends à ce personnage car il est un cas d’école d’arrivisme culturel ambiant, d’autant qu’il n’hésite pas à tenter de ridiculiser ceux dont il s’inspire (ou qu’îl plagie éhontément).
Qui pourrait ne pas voir un parallèle avec ce dont traite l’article ?
Bonjour a tout le monde…
Depuis quelques temps maintenant je fréquente PG. C’est la première fois que je me permet de poster.
Je profite de l’occasion pour ouvrir une petite parenthese : Merci PG, merci pour tous les conseils, reportages et tout le reste, qui sont bien utiles à un « débutant » de l’art vestimentaire comme moi… Merci…
Pour revenir a nos moutons, je ne me permettrai pas d’intervenir dans votre discours de style, d’élégance, etc…
J’aimerai juste dire deux choses, de mon oeil de « jeune » de 30 ans :
- pour moi, ce que l’on peut trouver sur PG c’est bien plus que du style, c’est de l’élégance, et l’élégance n’a pas d’époque…
- ensuite, à la lecture de l’article j’ai un peu « tilté » au fait que que les moyens financiers n’entrent pas en jeux… pour bien s’habiller il faut de l’argent, un beau costume, une veste qui pour etre vraiment belle sera sur mesure, ca coute ; de belles chaussures, ca coute…
Voili, Voilou, je voulais juste dire ca…
Merci encore !
« La mode est une forme de laideur si intolérable qu’il faut en changer tous les six mois. »
Oscar Wilde
Oui : http://parisiangentleman.fr/2010/02/25/pensee-du-jour-par-oscar-wilde/