L'homme serait-il
finalement
une femme
comme les autres ?

Hugo JACOMET

Gentlemen,

pour ceux qui en douteraient encore, il est intéressant de noter que les grands média traditionnels commencent, tout doucement, à s’intéresser à notre sujet de prédilection même si, la plupart du temps, les hommes soucieux de leur élégance sont encore décrits comme des exceptions ou – pour citer une émission diffusée hier soir sur France 5 – « des hommes commençant à accepter leur part de féminité ». Cette dernière phrase nous montre de manière éclatante que certains stéréotypes ont la vie dure (notamment celui de l’homme traditionnel, qui, par essence, devrait moins prendre soin de sa personne que les femmes) et que la perception de l’élégance masculine reste encore extrêmement caricaturale.

L’émission en question, intitulée « Etats de Santé » (animée par Elisabeth Martichoux et diffusée hier soir sur France 5), était en réalité consacrée au problème des habitudes alimentaires et, plus particulièrement, à ses deux extrêmes : l’anorexie et l’obésité.

Vu le thème de l’émission,  je ne m’attendais évidemment pas à ce que dans ce type de reportage « choc », une grande partie soit consacrée à un trentenaire plutôt élégant qui était quasiment décrit comme une bête curieuse au simple motif qu’il prenait soin de sa ligne, de sa nourriture et de son apparence vestimentaire…

L’individu en question, au demeurant assez classiquement vêtu d’un costume PAP à la coupe tout juste correcte, affirmait qu’il ne servait à rien de posséder un costume très bien coupé si l’on ne prenait pas soin de son corps… Et la journaliste de conclure qu’aujourd’hui les statistiques montraient que désormais un homme sur deux affirmait vouloir prendre soin de son apparence et de son élégance… Mais bien évidemment les motifs censés expliquer cette tendance de fond étaient en grande partie des motifs « utilitaristes » : recherche d’emploi, charisme professionnel, évolution de carrière etc…

Comme si les hommes devaient encore et toujours justifier leur recherche d’élégance et d’excellence personnelles par des motivations quasi exclusivement liées à la réussite sociale et à la carrière professionnelle…

Comme si nous n’avions pas le droit de vouloir être élégant simplement pour le plaisir de nous sentir beaux ou, à tout le moins, au meilleur de nous-mêmes.

Et si le portrait qui était fait de ce jeune homme, je le répète tout juste correctement vêtu, faisait de lui un individu quelque peu en dehors de la « norme » (traduisez un homme qui faisait simplement l’effort de ne pas prendre la chemise rangée sur le dessus de la pile et qui faisait un – tout – petit effort pour coordonner ses vêtements), je n’ose même pas imaginer comment nous, les lecteurs de PG, de The Rake ou de Dandy serions décrits dans une émission grand public !

Force est donc de constater que malgré les statistiques qui parlent d’elles-mêmes, les stéréotypes restent très ancrés et que l’élégance est encore regardée comme une activité superflue, artificielle et donc, si l’on va au bout du raisonnement, exclusivement féminine (ce qui nous montre, au passage, que cet autre stéréotype a lui aussi la vie dure, alors que le thème de la parité « hommes-femmes » dans le monde professionnel ou politique est largement débattu depuis de longues années…).

Ces démonstrations caricaturales confirment donc bien que nous vivons, plus que jamais, dans un monde de « prêt-à-penser »…

Cheers, HUGO

Hugo JACOMET.