Costumes Italiens, la guerre des épaules

Hugo JACOMET

Costumes Italiens, la guerre des épaules

Gentlemen,

nous le savons tous, certains débats sans fin secouent quotidiennement notre petit monde d’esthètes  passionnés, l’un des plus « polémique » (toute proportions gardées) restant bien sûr celui sur le montage des souliers en Blake (finesse, esthétique) ou en GoodYear (longévité, confort). Le monde des costumes n’échappe pas à la règle, notamment avec l’opposition de style ancestrale entre les deux grands pays de la mode masculine : l’Italie et l’Angleterre.

D’ailleurs, quand on y réfléchit de plus près,  ces différences de style ne sont que la traduction vestimentaire directe de données sociologiques propres à chacun des deux peuples : là ou l’élégant britannique cherchera à tout prix à respecter les règles (que son père lui a, souvent, enseignées), l’élégant italien cherchera, à l’inverse, à se forger son propre style en n’hésitant pas à violer, quotidiennement, certaines règles immuables outre-manche. Dans le même ordre d’idée, là où le Britannique sera à la recherche de discrétion, l’Italien, à l’inverse, cherchera plutôt à se faire remarquer. Enfin, là où le Britannique cherchera la rigueur (voire le conformisme), l’Italien lui épanchera, jusque dans sa mise, sa soif permanente de liberté et d’extraversion (voire d’extravagance).

Bref, les codes vestimentaires constituent une excellente lecture directe des valeurs d’un peuple et de son mode de vie. Les souliers en sont, par exemple, une traduction directe : Monks, Cambres montés en Blake d’un coté, Full Brogue et Oxford de l’autre. Nous sommes donc dans une opposition très profonde : L’élégance à tout prix (jusqu’à ne pas tenir compte du confort et de la solidité) VS le pragmatisme et le conformisme (jusqu’à moins tenir compte de la ligne).

En ce qui concerne les costumes, nous assistons à la même opposition de style tant en termes de coupes que de tissus. Là où les anglais plébiscitent traditionnellement les tissus plutôt épais et stricts, les italiens sont, au contraire, à la recherche permanente de légèreté et de fluidité.

Mais là où cela se complique encore (pour notre plus grand plaisir !!), c’est que dans les deux pays, des « sous-débats » viennent s’ajouter à ces oppositions de style historiques. Ainsi, en Italie, la « guerre » des épaules fait rage !

Sans entrer dans tous les détails que vous trouverez dans le formidable article de Michael Anton (aka Nicholas Antongiavanni, auteur de « The Suit ») consacré à une explication quasi chirurgicale de l’épaule Napolitaine (voir Neopolitan Shoulder Explained), voici quelques explications qui, j’en suis sûr, vous intéresseront.

Pour résumer, deux « écoles » s’affrontent (pacifiquement) en Italie sur le sujet : les partisans (et fabriquants) de l’épaule tombante dite « Napolitaine » (avec, ici aussi, deux types de montage) et ceux de l’épaule plus structurée dite « Romaine » (aux forts accents anglais).

Commençons avec l’épaule Napolitaine, qui se caractérise, globalement, par un tombé qui se veut naturel et par l’absence (ou quasi absence), de « padding », ce petit rembourrage qui vient, traditionnellement, structurer l’épaule des vestes de costumes britanniques. La maison KITON, vaisseau amiral du PAP (très) haut de gamme transalpin, en a fait sa signature stylistique (voir ci-dessous la célèbre photo publicitaire des 4 bellâtres arborant des costumes à l’épaule tombante).

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Les costumes ci-dessus illustrent cette première épaule Napolitaine dite « Spalla Camicia » (épaule de chemise ndt) dont le principe est de suivre la ligne naturelle des épaules, à la manière d’une chemise. Ce montage de puriste n’est accessible que dans les maisons de grand luxe en PAP ou, bien sûr, chez les tailleurs Napolitains en Grande Mesure.

Deuxième variante de l’épaule Napolitaine, celle communément appelée « Con Rolino ». Elle se caractérise par une tête de manche très petite et légèrement froncée, mais également la plupart du temps sans padding. Voir ci-dessous une comparaison entre les deux types de montage. A gauche un montage « Con Rollino », à droite un montage « Spalla Camicia » (les deux sans padding).

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Dernière épaule italienne (de cet article tout du moins), l’épaule dite « Romaine », beaucoup plus structurée sans aucun pli (à la différence de l’épaule froncée Con Rollino) avec un léger padding, pour conférer à l’ensemble un aspect plus masculin (pour ne pas dire « viril »). L’épaule Romaine (beaucoup plus proche du style britannique, même si le padding reste raisonnable) a les faveurs de nombreuses maisons italiennes, dont les plus illustres comme Brioni (voir ci-dessous).

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De quoi y perdre son… latin ?

Pas vraiment, car le choix d’un style d’épaule (choix capital car il a un impact très fort sur la silhouette), au delà des considérations esthétiques pures, devra se faire en fonction de votre morphologie et de l’équation suivante : grosses épaules (ou deltoïdes musclés par de longues heures de musculation) = peu de padding, et inversement, petite carrure = padding.

Simple mais terriblement efficace,

Stay well (dressed), HUGO

Hugo JACOMET.