Introduction de "The Suit" adaptée en Français

Hugo JACOMET

Gentlemen,

voici comme promis, la traduction de l’avant-propos du livre de Nicholas Antongiavanni. Il s’agit en fait d’une lettre destinée à John Elkann, héritier du légendaire élégant Gianni Agnelli, et jeune patron de l’empire FIAT.

J’espère que vous apprécierez ce petit extrait à sa juste valeur.

Cheers, HUGO

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DEDICATORY LETTER to John Elkann

(traduit de The Suit de Nicholas Antongiavanni)

«L’usage veut que celui qui souhaite s’attirer les faveurs d’un homme bien habillé, lui offre des choses personnelles auxquelles il tient particulièrement ou des choses qui lui feront à coup sûr plaisir. Ainsi, il s’agit souvent de chaussettes françaises en fil d’écosse, des bretelles anglaises, de rouleaux de tweed ancien, de boutons de manchettes anciennes ou d’autres ornements similaires, dignes de son élégance. Etant désireux de m’attirer vos faveurs, je n’ai rien trouvé de mieux à vous offrir dans ce que je possède de plus précieux, que ma connaissance profonde des habitudes de l’homme bien habillé issue d’une longue expérience de l’habit moderne et d’une étude permanente du style classique. Ayant étudié et examiné en profondeur ces choses depuis très longtemps, je les ai réduites en un seul petit volume que je vous envoie aujourd’hui.

J’espère qu’il vous aidera à instaurer chez vos employés une vraie discipline sartoriale dont vous pourrez retirer de grands avantages. En effet, en période de prospérité, les coutumes et les moeurs se relâchent invariablement car le succès rend les hommes insolents et l’opulence les rend fainéants. Mais en période de crise, ils deviennent vite circonspects et s’inquiètent du fait que c’est probablement leur conduite passée qui a causé leur ruine présente. Et ils commencent ainsi à respecter ceux dont la conduite est restée irréprochable même pendant les années prospères.

Il en va de même en ce qui concerne l’habillement qui est l’image extérieure de notre esprit intérieur. Le « Business Casual » a prétendu que faire de l’argent était facile, et que même les plus flémards pouvaient y parvenir. Maintenant qu’il est prouvé que ce n’est pas du tout le cas, les hommes sont moins désireux de confier leur argent à ceux qui ne s’habillent pas avec soin et respect. Ainsi, veiller à ce que vos collaborateurs s’habillent avec élégance vous permettra d’attirer les capitaux et de submerger vos compétiteurs.

Vous devriez avoir pour objectif que vos employés s’inspirent des dandys d’antan, tout en respectant les conventions de notre temps. Et vous ne devriez pas avoir peur du mot. Inventé par Georges Brummell il y a deux siècles, le dandy est l’ennemi juré de l’ostentatoire et de l’efféminé. A l’inverse il préfère les vêtements simples, parfaitement coupés, impeccablement ajustés, réalisés dans des matières solides par des artisans experts, jamais ostentatoires et toujours masculins. Très loin des fanfreluches, le dandysme est la voie du milieu entre le précieux et le débraillé. Comme le dit Tully « en matière d’habillement, la voie du milieu est la meilleure ».

Ce petit livre va vous aider, vos employés et vous-mêmes, à trouver cette voie médiane et à vous y développer. Et j’espère que vous ne prendrez pas pour de la présomption le fait qu’un homme pauvre et obscur comme moi, se permette de vous enseigner les règles de l’art de bien s’habiller.

Et bien que s’habiller avec élégance soit beaucoup plus important pour les cadres supérieurs que pour les autres, ils n’ont bien sûr pas du tout le temps d’étudier ce genre de choses, alors que pour ma part j’ai eu de nombreuses occasions de les étudier et de les répertorier. Ainsi je vous demande d’accepter ce modeste cadeau dans l’esprit avec lequel je vous l’envoie. Et si vous le considérez et le lisez avec attention, vous découvrirez mon désir extrême que vous mêmes et vos employés atteigniez le sommet de l’élégance. Et si toutefois, depuis le sommet de votre bureau de Président de Fiat vous regardez en bas, vous verrez à quel point mon désir de devenir le consultant sartorial de votre entreprise est grand».