L'entretien d'un
costume chez Anderson
& Sheppard en images

Hugo JACOMET

Gentlemen,

l’entretien d’un costume de grande tradition (bespoke ou PAP de qualité) n’est pas une mince affaire et demande une technicité à la hauteur de celle qu’il faut pour le fabriquer. Pour tous les habitués de la Grande Mesure, il est tout simplement impensable (voire criminel) de confier le moindre costume à des nettoyeurs à sec qui, souvent, n’ont pas la culture leur permettant de faire la différence ne serait-ce qu’entre un costume traditionnel entoilé et un vulgaire costume de confection thermocollé.

Le dernier numéro de THE RAKE nous propose ainsi un superbe reportage sur le « Valet Service » proposé par Anderson & Sheppard à ses – chanceux – clients.

Ouvrez grand les yeux, vous entrez dans un monde où RIEN n’est impossible.

Extrait de The Rake n°4 / Texte original James Sherwood / Photos Guy Hills

Les nettoyeurs à sec abîment les vêtements. C’est un fait indiscutable à plus ou moins long terme. Les produits chimiques utilisés par ces derniers créent en effet au fil du temps des lésions graves dans le  tissu et n’ont rien à voir avec la caresse de l’éponge, de la vapeur et de la presse dans les mains d’un maestro du Row.

Regarder un tailleur expérimenté nettoyer et repasser avec amour un costume portant l’étiquette de sa maison est un peu la même chose que de regarder un virtuose de la musique jouer sur un Stradivarius. C’est une expérience spéciale, un hymne à l’amour des beaux vêtements.

La règle «acceptable» sur le Row est qu’un costume devrait être nettoyé une fois par an. Mais ce nettoyage doit être réalisé UNIQUEMENT par la maison qui a fabriqué le costume et qui en maîtrise donc à la perfection tous les détails.

Leon Powell, de la maison Anderson & Sheppard est passé maître dans l’art (obscur) de l’entretien des costumes. Depuis 7 ans il officie dans un atelier situé juste en dessous de l’atelier de coupe, dans lequel les fers à vapeur semblent aussi lourds et massifs que des haltères de powerlifters. Ces fers imposants ont la capacité, s’ils sont mal utilisés, de brûler les tissus les plus épais et les plus résistants, comme le ferait une allumette sur un chiffon très fin. Leon Powell impeccablement mis dans son costume immaculé, manie l’engin comme un artiste peintre manie la brosse ou le pinceau, jouant avec une incroyable habileté des jets de vapeur et de la chaleur directe.

Il nous confie discrètement «qu’il n’existe pas de costume ne pouvant être ramené à la vie, sauf ceux qui sont passés par le nettoyage à sec et qui sont définitivement lustrés. Le lustrage est la seule chose qui ne peut être effacée».

«Il y a quelques temps un client nous a commandé une veste de chasse en tweed. 6 mois plus tard, il nous a ramené la veste pleine de boue séchée et de sang en nous demandant de redonner à celle-ci une deuxième jeunesse. Bien sûr nettoyer une veste aussi sale prend du temps et il est impossible de lui redonner un aspect neuf. Cependant nous avons réussi à redonner à ce vêtement une tenue impeccable. Chez A&S nous aimons bien que les vêtements sortant de notre maison montrent leur âge et leur expérience (à la manière d’une patine de souliers). Nous sommes d’ailleurs très fiers lorsque nos clients nous apportent des costumes de 20, 30 ou même 40 ans d’âge pour un entretien complet».

«Bien que ce service ne soit pas gratuit, nos clients habituels savent bien qu’en plus de l’entretien «classique», nous en profiterons pour vérifier TOUT sur le costume : renforcement des boutons, vérification des coutures etc

 

AS1

Leon Powell dans la « pressing room » d’Anderson & Sheppard

AS2

 

L’opération commence à la base de la doublure  puis à l’intérieur de la veste

AS3

 

Un vêtement robuste comme cette flanelle demande beaucoup de vapeur et de pression. Après la doublure, Powell continue sur le devant de la veste en repassant les revers à plat à ce stade.

AS4

 

Une brosse à poils durs légèrement humide est utilisée pour assouplir le tissu en profondeur

AS5

 

Afin d’absorber l’excès d’humidité, Powell utilise, comme la tradition le veut, des morceaux de chiffons humides posés sur le tissu alors qu’il repasse la veste

AS6

 

Powell peut répéter l’opération de 45 mn deux ou trois fois de suite en fonction de l’état de la veste

AS7

 

La veste est alors positionnée sur le « bras » pour les manches. Powell commence  à redonner la forme parfaite à la manche en commençant par la doublure pour continuer à l’endroit

AS8

 

Travail méticuleux autour des boutonnières

AS9

 

L’opération continue sur le « bras » pour les manches avec un travail d’une précision inouïe afin de redonner à la veste toute la classe de la « fameuse » ligne d’épaule A&S

AS10

 

Les éventuels plis sous l’aisselle,  formés lors du travail sur la forme de l’épaule, sont éliminés avec de véritables nuages de vapeur propulsés depuis le fer tenu au dessus de la veste

AS11

 

C’est aussi le moment rêvé pour s’occuper de tous les détails de la veste et les réparer avec un sens de la précision surnaturel

 

Après 45 mn de travail méticuleux, la veste est alors mise au repos sur un cintre en bois dont la forme épouse parfaitement les épaules du vêtement.

AS12

Isn’t it amazing ?

Cheers, HUGO