Les racines du style « Preppy » par Chris Hogan

Hugo JACOMET

Gentlemen,

comme vous le savez, PG développe actuellement plusieurs partenariats très fructueux avec les blogs de référence consacrés à l’élégance masculine outre-manche (Permanent Style) et outre-atlantique (Off the Cuff, Sleevehead).

Aujourd’hui nous sommes heureux de vous proposer la traduction d’un excellent article de Chris Hogan, fondateur et éditeur du célèbre blog de Washington DC, Off the Cuff, consacré au fameux style Preppy et à ses racines. Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas ce qui est devenu, au fil des années, un véritable style vestimentaire avec ses codes, ses objets cultes et son étiquette, le mot Preppy est un diminutif du mot « Preparatory ». Il faisait référence, dans les années 60 et 70, aux élèves des écoles préparatoires aux grandes universités du Nord-Est des Etats-Unis. Plus tard, le style Preppy sera aussi appelé le style « Ivy League », en référence aux 8 plus anciennes universités de la région, dont les plus célèbres sont Yale, Columbia, Princeton et Harvard.

Le terme IVY (« lierre » en anglais) fait référence aux lierres qui poussent sur les murs des bâtiments de ces universités, ce qui symbolise leur ancienneté (7 d’entre elles ayant été créées par les Britanniques). Depuis le terme Ivy League est synonyme d’excellence scolaire et d’élitisme.

Après ces quelques remarques liminaires, voici donc l’article de Chris, dans lequel nous avons choisi de conserver le mot « Preppy » plutôt que de le traduire, comme c’est devenu l’usage, par BCBG (ce qui, vous l’avouerez, est une bien mauvaise traduction).

Here we go gentlemen…

The Roots of American Preppy by Chris Hogan

Cet article est né d’une discussion à propos de la relation entre le style classique et le style preppy, avant de rapidement se transformer en un effort pour identifier les véritables racines du style Preppy américain et pour savoir ce que ce mot veut encore dire de nos jours.

Pour faire court, les écoles préparatoires de la Nouvelle Angleterre, avec leurs valeurs conservatrices protestantes et leur sélectivité par le niveau social, ont créé un environnement qui a abouti, lentement au fil du temps, à ce quasi-uniforme que nous connaissons aujourd’hui sous les noms de « style preppy » ou de « style Ivy League ».

Le véritable style preppy a cela de particulier qu’il résume parfaitement les valeurs et les idées des américains traditionnels. Unique en son genre parmi les modes passagères qui, de tous temps, ont déferlées sur nos sociétés, le style preppy américian représente bien plus qu’un style vestimentaire : il représente une philosophie de vie. Et jusqu’à aujourd’hui, hormis quelques détails esthétiques comme l’ajustement des vêtements (plus près du corps qu’autrefois), le style preppy n’a quasiment pas changé.

En revanche, ce qui passe aujourd’hui dans la culture des grandes écoles pour du style preppy, relève  bien plus d’un idéal fantasmé que de la connaissance des racines historiques de ce mode de vie.

C’est évidemment la montée en puissance des confectionneurs de masse qui, petit à petit, a perverti les valeurs traditionnelles qui avaient donné naissance à la culture preppy. De nos jours, quand un gamin est appelé un « prep », cela veut généralement dire qu’il porte des polos de rugby et qu’il s’habille chez Abercrombie & Fitch. Ces consommateurs modernes, fades et très banals  ont donc perdu toute compréhension historique de ce que la culture preppy représentait, ce qui est très dommage, car il s’agit d’une histoire tout à fait passionnante.

Cette histoire a donc débutée principalement dans les écoles préparatoires de Nouvelle Angleterre et dans les collèges dont les murs étaient couverts de lierre. Mais les racines du style preppy sont plus complexes et sont liées à des idées comme la réussite sociale, le conformisme, les convenances, les règles de bienséance et la distinction.

Et ce conformisme délibéré a trouvé son expression chez les jeunes gens par le biais de leurs uniformes scolaires : veste, cravate, chemise « button-down », pantalon de flanelle grise ou chinos, et mocassins ou chaussures à lacets. Les codes, les traditions et le sport universitaire ont également aidé à nourrir ce lien et cette fierté d’appartenance des « preps » (les étudiants donc) à une communauté d’esprit et de style de vie.

Cet environnement a aidé à créer une culture de l’exclusivité qui a eu une énorme et véritable influence. Dire que vous aviez fait vos classes préparatoires à Philips Exeter (gros pourvoyeur d’étudiants pour Harvard) ou à Hotchkiss (gros pourvoyeur d’étudiants pour Yale), pouvait vous permettre de pénétrer les bons cercles sociaux ou, plus trivialement, d’être invité aux « bonnes » soirées.

Et lorsque vous entriez dans le monde du travail, préciser que vous étiez un ancien de Yale, pouvait vous permettre d’obtenir le bon poste, d’être admis dans le bon club ou de passer vos vacances sur Martha’s Vineyard (petite île située située sur la côte sud de la presqu’île de Cape Cod, et réputée pour être le lieu de villégiature de la Jet Set américaine ndt).

Et comme les « preps » voulaient transmettre ce sens de la tradition et  leur mode de vie à leurs propres enfants, ils ont pris comme référence, bien entendu, leur propre passé de preppy : les amphithéatres aux murs lambrissés en chêne d’Exeter, les courts de squash de Deerfield et les nuits, tapageuses mais stylées, de Choate Rosemary Hall. Ainsi lorsque leurs descendants quittaient le foyer, ils prenaient naturellement le même chemin, et le cycle redémarrait.

Mais, comme toutes les tentatives visant à créer une « bulle » d’exclusivité, l’esthétique vestimentaire des écoles préparatoires a fini par dépasser largement sa sphère d’influence d’origine.

C’est humain : les gens veulent avoir ce qu’ils n’ont pas ou bien ce qui semble plus attractif que ce qu’ils possèdent. Ainsi, lorsque le désormais fameux « Preppy Handbook »  a débarqué sur les étagères des librairies en 1980, son auteur Lisa Birchach (elle-même diplômée de Brown) devint, du jour au lendemain, l’arbitre de toutes choses roses et vertes.

Ce qui est troublant, c’est que personne n’ait saisi, à l’époque, le caractère presque parodique de l’ouvrage sur la « vraie » culture preppy et son humour subtil destiné à ceux qui souhaitaient imiter cyniquement ce style de vie. Les lecteurs y virent plutôt un traité sur une façon de vivre qui était beaucoup plus excitante, cultivée, chic et stylée que la leur, et qu’ils désiraient vraiment.

Pour la première fois, la culture preppy étaient donc devenue, en apparence, accessible à tous. Ce style de vie privilégié qui avait demandé plusieurs générations de notables (« Blue Bloods » ndt) pour être développé et affiné, était devenu une marchandise facile à acheter et à imiter. J’utilise souvent le mot de « démocratisation » pour décrire ce moment précis de l’histoire de la culture preppy. Car depuis ce livre, les gamins du monde entier se sont jetés sur la partie la plus attirante de la vie de preppy : son look et son habitude ironique consistant à mélanger les vêtements formels, classiques, casual et fonctionnels.

Comme me le faisait remarquer très justement l’un de mes lecteurs, l’image iconique de Ralph Lauren mélangeant des vêtements formels et d’autres plus fonctionnels, n’a pas démarrée comme un mouvement de mode:

« Vous ne portez pas un vêtement de pluie par dessus votre blazer parce que vous êtes un notable voulant montrer que vous restez accessible aux autres. Vous le faites parce que vous faites partie d’une élite qui dit à son professeur de latin que comme, techniquement parlant, vous n’avez enfreint aucune règle, il ne pourra rien faire pour vous empêcher de vous habiller de la sorte. Et votre vêtement de pluie est en réalité un vêtement de navigation, car votre père possède en fait, un yacht… »

Ceux qui se sont en premier emparés de ce look rebelle du type « je porte un vêtement de grande pluie par dessus mon blazer » étaient d’autres preppies et leur famille. Mais comme ce style hybride était apparu par lui-même, il s’est répandu dans toute la société « normale » jusqu’à avoir les faveurs des boutiques de Madison Avenue où il a été popularisé par des designers influents comme Ralph Lauren.

Le boom du « Preppy look » des années 80 a finalement décliné à cause, selon moi, de son interprétation extrême, exagérée voire caricaturale de la culture preppy. A l’inverse, le retour actuel du style preppy s’appuie sur un positionnement de vêtements plus confortables, plus patinés et à la personnalité plus « vintage ». Le style preppy d’aujourd’hui semble donc beaucoup plus accessible et beaucoup moins guindé.

D’ailleurs, une autre chose intéressante s’est finalement produite sur les terres mêmes de reproduction des preppies : si vous vous promenez aujourd’hui dans les jardins de Harvard ou sur le vieux campus de Yale, vous ne verrez plus beaucoup de preppies prétentieux traditionnels. Ils sont encore présents bien sûr les membres de Skull & Bones (société secrète célèbre de Yale ndt) et les rejetons de familles fortunées dont l’admission a sans doute été achetée très cher.

Mais ce que vous verrez surtout, ce sont des gamins qui reflètent beaucoup plus le monde moderne. Le style preppy est donc encore très fort, peut-être encore plus puissant que dans les années 80, mais il a été modernisé et mis au goût du jour. Comme toutes les choses de la vie.

Chris Hogan