Le stoppage :
un merveilleux savoir-faire en péril !

Hugo JACOMET

Gentlemen,

la semaine dernière l’un de nos lecteurs (que nous remercions chaleureusement au passage) nous a alerté par e-mail sur le fait que la toute dernière maison de stoppage parisienne était sur le point de disparaître.

Il s’agit de la maison Perrin, située 29 rue des Petits-Champs dans le 1er arrondissement de Paris, dont le propriétaire (Monsieur Perrin) va prendre sa retraite sans qu’aucun projet de reprise de l’activité, soit par ses ouvrières soit par un autre artisan ne soit d’actualité. Cette situation est dramatique car elle semble, une fois de plus, sonner le glas d’une profession d’une exceptionnelle technicité et capable de véritables miracles (nous pesons nos mots) dans la réparation (la restauration serait un terme plus approprié) de vos vêtements.

Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas ce métier d’art, en voici une excellente description issue de Wikipédia :

Le stoppage est une opération de tissage sophistiqué consistant à reconstituer le tissu, le plus souvent d’habillement, parfois d’ameublement, ayant subi un accident : accroc, brûlure, coup de lame ou de ciseau intempestif, etc.

Selon le type d’atteinte, la chaîne et la trame du tissu peuvent être affectées. Le stoppage reconstitue aussi bien la chaîne que la trame du tissu à l’aide d’une longue aiguille dite aiguille à stopper ou à rentrayer. Pour ce faire, la stoppeuse (car le métier fut essentiellement féminin jusqu’à ce qu’il disparaisse) récupère la gamme des fils de trame dans les ourlets et celle des fils de chaîne dans les surplus des coutures longitudinales.

Elle reconstitue chaîne et trame en respectant l’armure et le résultat de son travail après repassage, est invisible sur l’endroit du travail. En revanche, sur l’envers, la place restaurée est marquée par le long dépassement des fils de travail. Ce dépassement est nécessaire car le travail ne comprend aucun point d’arrêt qui déformerait le tissu (contrairement au travail de reprisage).

Le stoppage est un métier dérivé du rentrayage dont il diffère par le fait que le rentrayage est une étape de la production industrielle tandis que le stoppage est une activité de service qu’on peut encore trouver chez les teinturiers de luxe. D’autre part, le résultat du rentrayage est invisible sur l’envers comme sur l’endroit.

Jusque dans les années 1970, le CAP de rentrayage-stoppage était commun. A l’heure actuelle, le métier s’est replié vers les métiers d’art et est devenu un métier dérivé du travail du lissier.

Si toutefois la maison Perrin venait à disparaître, comme cela semble inéluctable (à moins que cet article ne déclenche la réaction d’une maison de teinturerie qui souhaiterait reprendre cette activité au demeurant très recherchée), il ne resterait alors que quelques ateliers en France, dont celui d’Isabelle Godfroy à Lille qui perpétue une tradition familiale de plusieurs générations et qui réalise, chaque jour, de véritables miracles en « gommant » littéralement les trous, les accrocs et autres incidents graves qui peuvent nous sembler, de prime abord, irréparables.

L’art du stoppage et l’artisanat d’art est, chez les Godfroy, une tradition familiale puisque la grand-mère d’Isabelle était picurière dans les années 20, sa mère était stoppeuse (Meilleur Ouvrier de France en 1976), Isabelle a elle aussi reçu le titre de Meilleur Ouvrier de France en 1980 (elle fut d’ailleurs, pour la petite histoire la plus jeune lauréate cette année là) tandis que ses deux enfants sont aujourd’hui Compagnons du Devoir !

Pour vous rendre compte de la technicité inouïe de ce métier, voici les principales étapes d’une opération de stoppage issues du site d’Isabelle Godfroy (Isabelle Godfroy).

La cigarette a laissé un trou dans la manche de la veste, au niveau de l’épaule. Les dégâts sont considérables, la chaîne et la trame du tissu sont détruites ! Le travail de restauration va commencer…

Tout d’abord, il faut se procurer des fils conformes aux originaux. La plupart du temps, on ira les chercher dans la doublure. S’ils sont en quantité insuffisante, quelques secrets de fabrication nous permettront de les re-créer.

Le passage des fils de trame (horizontaux) se fait en deux étapes au moins. Dans un premier temps, on ne passe que la moitié des fils…

Puis l’autre moitié ensuite. Ce travail par étapes aide à mieux se repérer lorsque l’on passe les fils afin qu’aucun ne manque, ce qui peut facilement arriver quand le tissu est fin et uni.

Ensuite, commence le passage des fils de chaîne (verticaux)…

Au nombre de 8 dans le cas présent, les premiers fils de chaîne servent aussi de repères pour le passage des suivants.

Comme pour les fils de trame, cette façon de procéder aide à se repérer, mais permet aussi d’éviter une déformation du tissu qui trahirait l’endroit du stoppage.

Les derniers fils de chaîne passés, le stoppage est terminé, il ne reste plus qu’à couper les fils qui dépassent.

Comme l’explique Isabelle Godfroy sur son site, « Le métier de stoppeuse a presque disparu depuis l’arrivée du prêt-à-porter et du changement des habitudes de consommation qui a suivi. Les gens ont perdu le réflexe de faire appel aux stoppeuses, mais que ce soit dans le domaine de l’habillement, de l’ameublement, des arts ou encore de celui de la décoration, le besoin de réparer existe toujours et le travail de stoppage reste indispensable.

En effet, qui ne dispose pas d’un costume ou d’une robe a restaurer… D’un vêtement de prix à sauvegarder… D’un meuble ancien à ressusciter ? Nous avons oublié ce geste simple de faire réparer nos effets au lieu de les jeter. Pourtant, à y regarder de plus près, il serait souvent plus facile et économique de faire restaurer une veste que d’en acheter une neuve. »

Gentlemen, ce savoir faire ne doit pas disparaître et chez PG, nous ferons tout notre possible pour continuer à promouvoir et à défendre ces fabuleux métiers (tailleurs bien sûr, mais aussi bottiers, formiers, malletiers…) qui sont en péril alors même qu’ils ont plus que jamais leur place dans notre pays.

Et lorsque vous verrez les tarifs – plus que raisonnables – pratiqués par Isabelle Godfroy pour des réparations de cette complexité, je pense que vous n’hésiterez plus à lui confier vos vêtements chéris, car ils seront assurément entre de merveilleuses mains.

Le site se trouve ICI.

Cheers, HUGO