Endymion, un parfum mémorable

Sonya Glyn NICHOLSON

Endymion, un parfum mémorable

C’est notre dernière journée à Bruxelles. Nous sommes chez Pierre Degand, pour assister à la soirée de dédicace de James Sherwood pour son dernier livre en date, « A Perfect Gentleman ». Juste avant de boucler nos valises, j’acquiert Endymion, une eau de cologne de chez Penhaligon’s. Coup de foudre.

D’aucuns pourraient penser qu’il est exagéré de s’emballer à ce point à la simple découverte d’un parfum, aussi séduisant soit-il. Mais connaissez-vous cette sensation que l’on éprouve à chercher pendant des années, en vain, une fragrance dont on peut honnêtement tomber éperdument amoureux(se) ? Cela arrive, parfois. Et quand cela arrive, c’est un coup de foudre. C’est ce qui m’est arrivé avec Endymion, un parfum pour homme de la vénérable institution londonienne Penhaligon’s.

Crée en 2003, Endymion est le résultat de la fusion sensuelle de citrus, d’épices, et de cuir. Il s’ouvre dans un éclat de mandarine, enveloppé de sauge et de cuir, avant de se prolonger en douceur au coeur du plus noir des cafés. Alors que le parfum s’installe, de mystérieuses résines font leurs apparition, avec des touches subtiles de noix de muscade, de cardamome, et de cuir vielli. (traduit de Penhaligons.com)

Après avoir été complètement séduite par la subtilité avec laquelle Endymion parvint à attirer mon attention, j’ai décidé de jeter un oeil sur l’internet, à la recherche d’une mauvaise critique ou deux sur cette étonnante cologne. Et après avoir cherché de manière assez large, je n’ai pu trouver qu’une seule critique : une personne qui aurait souhaité que la fragrance s’attarde un peu plus longtemps… Pour le reste, que des chants dithyrambiques à la gloire d’Endymion..

En fait, chaque critique que j’ai pu lire ressemblait plus à une histoire d’amour entre un homme et son eau de cologne, qu’à une critique. Et cela ne me surprend guère, car ce parfum semble fait de l’étoffe dont sont faites les relations qui durent…une fragrance qui appelle à être revisitée régulièrement, quasi-rituellement en vérité, au point où mettre son eau de cologne devient un vrai plaisir.

Et dans un monde où ce que l’on « communique » à autrui – que l’on s’en rende compte ou non – tient une place importante, ce petit plus doit être apprécié à sa juste valeur.

Un témoignage d’une femme glané au hasard sur la toile :

Deux fois dans ma vie ai-je été littéralement clouée sur place par une odeur. Pour faire court, et vous épargner les détails les plus embarrassants, je me suis un jour perdue dans le métro londonien à suivre un homme que je ne connaissais pas, afin de lui demander le nom de son parfum. Et pourtant je suis d’habitude quelqu’un de timide. Il s’agissait d’Endymion. C’était plus fort que moi, il fallait que je respire son parfum, comme on inspire l’odeur d’un amant la bouche à moitié ouverte pour tenter d’en capter toutes les facettes et les secrets. C’était une odeur chaleureuse, directe, onirique, et en même temps puissante et autoritaire. Il est possible que mon impression initiale ait été amplifiée par le fait que l’homme qui la portait était probablement le plus bel homme que j’ai eu l’occasion de voir – ou alors était-ce son parfum qui m’en donnait l’impression ? J’avais tout simplement envie de lui déchirer la chemise. Je me suis bien gardée de lui dire… mais je suis tout de même allée acheter son parfum !  –par Lucy2shoes@basenotes.net, Novembre, 2012

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Des débuts pimentés

Nous sommes en 1860. Un barbier de Cornouailles du nom de William Henry Penhaligon s’installe à Londres et devient rapidement le barbier de la court, et le parfumeur attitré de la Reine Victoria.

William vivait dans une époque décadente, jalonnée d’autant d’excès que de flamboyance. Il consacra beaucoup de temps à la recherche de nouvelles senteurs et alla même jusqu’à associer ses expériences de vie à ses fragrances. Ses affaires marchèrent très bien. Après sa mort, son fils, le très élégant Walt Penhaligon reprit le flambeau.

Après avoir disparu pendant d’une trentaine d’années entres les années 1940 et les années 1970, Penhaligon’s revint sur le devant de la scène. Et de nos jours, la maison reste très prisée par les hommes qui apprécient les plus hauts standards en matière de parfumerie de tradition.

Walt Penhaligon, le fil de William en 1907

Il y a quelque chose de suranné, de délicieusement désuet dans Endymion . Ce que j’aime particulièrement, c’est la douceur et l’élégance de son développement après avoir été appliqué. Ici, point de coups d’éclats écrasants d’intensité, même quand appliqué exagérément.

Même si Endymion est une cologne traditionnellement masculine, je lui trouve, spécifiquement avant qu’elle ne se développe sur la peau, quelque chose d’unisexe, et je dois avouer qu’à l’occasion je m’en suis versée quelques gouttes, pour le simple plaisir d’apprécier cette brillante infusion d’agrumes boisés mêlée à la sophistication de la sauge, et à de très discrètes nuances de lavande.

Ces odeurs m’évoquent l’image d’un homme d’une grande élégance, quoiqu’un peu écorné par la vie, une sacoche en cuir à la main, empruntant un sentier discret à travers les bois pour rejoindre sa destination, simplement parce que son sens de l’aventure le lui demande.

Une grande eau de cologne.

SN