A propos de
"I am Dandy, the Return of the Elegant Gentleman"

Hugo JACOMET

A propos de « I am Dandy, the Return of the Elegant Gentleman »

Gentlemen,

nous avons reçu hier le livre de nos amis Rose Callahan et Nathaniel Adams intitulé I am Dandy, the Return of the Elegant Gentleman. Je vais donc, avec un trac non dissimulé, me livrer ce jour à l’exercice difficile et ô combien périlleux de la critique littéraire et photographique.

Il faut dire que dans l’optique de rédiger une critique digne de ce nom et de donner un vrai avis personnel sur l’ouvrage en question, je cumule les handicaps : tout d’abord parce que Rose est une amie de PG de longue date et qu’elle est, objectivement et de l’avis de tous, une jeune femme agréable, sympathique et talentueuse.

Ensuite parce que je connais personnellement plusieurs gentlemen faisant l’objet d’un chapitre dans I am Dandy.

Enfin parce que je fais moi-même  l’objet d’un chapitre dans ledit ouvrage qui propose cinquante neuf portraits d’hommes décrits comme les dandys des temps modernes, nous y reviendrons…

Si l’on ajoute à cela que nous allons en outre, avec PG, organiser la soirée de lancement dudit livre dans les salons de la Maison Cifonelli à la fin du mois de septembre, j’avoue Monsieur de le Procureur que nous frôlons d’emblée, avant même de parler du livre, le conflit d’intérêt, à moins que ce ne soit le délit d’initié (les deux étant très à la mode actuellement dans notre pays)…

Quoi qu’il en soit, me dis-je en déballant fébrilement  l’épais et lourd paquet contenant l’objet de mes tourments, me voilà une fois de plus dans de beaux draps (de soie).

En outre, je suis un peu nerveux car une vraie question me taraude alors que je feuillette rapidement le livre, très beau au demeurant  : n’y aurait-il pas eu, au final, une petite erreur de casting me concernant ? Car si me trouver aux côtés de Nick Foulkes, James Sherwood, G.Bruce Boyer ou Gay Talese dans un livre consacré à l’élégance des hommes constitue pour moi une joie et un honneur, certains dandys mis en scène (le mot est faible) dans le livre semblent aussi éloignés de mes goûts et de mon mode de vie que peuvent l’être, en vrac, le poivron vert, les soirées mondaines guindées, les tee-shirts Abercrombie and Fitch ou la télévision.

Et d’ailleurs moi qui, à longueur de colonnes, m’énerve quasiment quotidiennement sur l’utilisation abusive et ignorante du terme de dandy, surtout quand il s’applique à ma personne, qu’ai je bien pu faire pour précisément me retrouver dans un livre dont le titre est I am Dandy ?

Heureusement pour moi, le grand Glenn O’Brien vient à mon secours dès la première page, à la faveur d’une splendide préface intitulée « Dandies offers hope to a world in crisis » dans laquelle il écrit :

« If there is a cardinal sin in our world it is not self-absorption, but mass absorption, the dissolution of the individual into the mass. The silent majority. The crowd attired in team jerseys. The mob, the throng, the flock. In the uniform crowd man is no longer an individual but a single cell in a massive organism, pulled along with no will of his own. We have seen what mobs do, what gangs do, what corporations and political parties are capable of when individuality gives way to groupthink (…) A man who steps out of uniform is a hero, in his own way. You can only be a hero in your own way. To look different willfully takes courage, and the highest form of courage is to reveal oneself fully, to express one’s inner condition to the world with eloquence. So while i might not consider this aggregation of flagrantly attired fellows to be true dandies in the classical sense, but an eclectic admixture of dandy, fop and gay blade, to me they are all heroes, all eloquent in expressing what makes them tick. They all aim to transcend the ordinary, and to give meaning to all aspects of life most men leave to unquestioned custom or to chance. »

« S’il existe un péché cardinal dans notre monde, ce n’est pas celui consistant à se laisser absorber par sa propre personne, mais celui de se faire absorber par la masse : la dissolution de l’individu dans la masse. La majorité silencieuse. La foule vêtue de maillots de sport. La foule, la populace, le troupeau. Noyé dans dans cette foule uniforme, l’homme n’est plus un individu mais une simple cellule d’un gigantesque organisme dans lequel il est bringuebalé sans aucune volonté personnelle. Nous savons ce dont les foules, les gangs, mais aussi les entreprises ou les partis politiques, sont capables quand l’individualité cède la place à la pensée de masse. (…) Un homme qui refuse l’uniforme est un héros, à sa manière. Vous ne pouvez d’ailleurs être un héros qu’à votre manière. Se présenter aux autres de manière différente à dessein demande du courage. Et la forme la plus haute du courage consiste à se révéler complètement à autrui et à dire son for intérieur au monde avec éloquence. Ainsi, bien que je ne considère pas cet agrégat d’hommes à l’évidence très bien vêtus comme de vrais dandys au sens classique du terme, mais plutôt comme une mélange éclectique de dandys, de bellâtres et de joyeux drilles, ils sont, pour moi, tous des héros qui expriment avec éloquence ce qui les intéressent dans la vie. Ils ont tous pour objectif de transcender l’ordinaire et de donner un sens à tous les aspects de la vie, là où la grande majorité des hommes s’en remettent à des coutumes jamais remises en question ou à la chance. »

Donc je ne suis pas un dandy mais un héros, c’est bien ça ? Ca va déjà mieux. Et maman va préférer.

Quant à Nahaniel « Natty » Adams, il termine d’éteindre mes derniers doutes en écrivant dans l’introduction :

« One thing anyone reading this book will quickly notice is the diversity of the men within. This is not a subculture, but a gallery of unique men. »

« Une personne lisant ce livre se rendra vite compte de la diversité des hommes qui le composent. Il ne s’agit pas d’une sous-culture, mais d’une galerie d’hommes uniques. »

Les doutes étant levés et l’honneur étant sauf, je vais donc enfin pouvoir dire du bien de ce livre passionnant, et pas seulement pour le (très beau) travail photographique de Rose Callahan. Car ce que je retiens immédiatement et prioritairement de I am Dandy, c’est que ce livre, par définition richement illustré,  donne autant à lire, à réfléchir et à penser, qu’à voir, ce qui est, je dois l’avouer, assez inattendu et heureux.

I am Dandy est en effet truffé (comme il se doit) de pépites issues d’interviews que l’auteur a réalisé auprès des cinquante-neuf hommes. Et je dois avouer avoir été le premier saisi par la profondeur, la portée et , littéralement, la « classe » de certains propos habilement rapportés et agrégés dans les pages de ce livre dont la lecture,  au final, demande beaucoup plus d’attention que je ne l’avais prévu…

Morceaux choisis :

Gay Talese :

« I’m also aware that many journalists are poorly dressed. When they die, somebody will put a nice suit on them and place them in a casket. If they dress up for death, why not dress up when alive ? »

« Je suis également très conscient du fait que beaucoup de journalistes sont très pauvrement vêtus. Quand ils mourront, quelqu’un leur mettra pourtant un beau costume avant de les placer dans un cercueil. Mais, s’ils s’habillent pour leur mort, pourquoi ne le font-ils pas pour leur vie ? »

G. Bruce Boyer :

« (At the movies when i was a young boy) I was intrigued by them (Fred Astaire, Cary Grant, Gary Cooper), because i thought that they had come from much the same sort of background as i did – they were not royalty or aristocracy, they were American guys who grew up in ordinary households and neighborhoods and yet they had incredible poise and style (…) And they always ended up with the most beautiful woman in the room. For me it was the triumph of democracy… »

Au cinéma, quand j’étais un jeune garçon, j’étais intrigué par eux (Fred Astaire, Cary Grant, Gary Cooper), parce que je pensais qu’il venaient un peu du même milieu que moi. Ils n’étaient pas de descendances royales ou aristocratiques. Ils étaient de simples américains moyens ayant grandi dans des quartiers et des maisons ordinaires. Pourtant ils avaient une aisance et un style incroyables. Et ils finissaient toujours avec la plus belle femme de la soirée. Pour moi, c’était le triomphe de la démocratie… »

David Zyla :

« Imagine starting your day with three compliments on your way to work when you’re going to ask for a raise. You’re going to get that raise« .

« Imaginez que vous démarrez votre journée par trois compliments… alors que vous vous dirigez vers votre travail pour demander une augmentation. Eh bien, vous allez l’obtenir cette augmentation. »

Au fil des pages, les portraits se succèdent, et je me surprend à les lire, les uns après les autres, avec un intérêt grandissant et avec l’idée que finalement, je me sens plutôt bien à ma place dans cet ouvrage.

Les prises de vues sont, évidemment, superbes, la mise en page est simple et efficace et la qualité de l’ensemble tout à fait remarquable.

I am Dandy n’est donc pas un simple (beau)catalogue (bien)commenté de (très)belles photographies.

A la manière d’un film choral comme Magnolia (Anderson) ou Traffic (Soderbergh) où de nombreux destins se croisent, s’entrechoquent, se ratent, se re-croisent pour former, au final, une histoire « mosaïque », les cinquante-neuf textes d’I am Dandy semblent avoir produit sur moi un effet similaire.

Comme si ces destins singuliers et fascinants étaient liés, au delà des apparences, par une vision de la vie et des convictions dépassant de très loin le seul sujet du vêtement.

Comme si, au fil des pages, il devenait clair que la plupart de ces énergumènes sur-vêtus, de ces Narcisses en bretelles, de ces Dandys dédaigneux, de ces Américains trop fiers, de ces Anglais trop décadents et de ces Français trop péremptoires, se servaient en réalité de leur science du costume pour dire autre chose…

Résumer ce livre, comme cela va sans doute se produire dans les media généralistes, en expliquant aux lecteurs qu’il s’agit d’un superbe livre de photos d’hommes bien habillés, reviendrait à dire que « Le Vieil Homme et la Mer » est un livre sur la pêche…

I am Dandy, the Return of the Elegant Gentleman n’est pas un livre sur la mode, ni sur le style masculin. Ce n’est pas non plus un livre sur la flamboyance, l’excentricité ou le panache.

C’est un livre sur la liberté.

Hugo Jacomet.

Le livre sur Amazon: Amazon – I am Dandy

La page de l’éditeur : Gestalten I am Dandy

La page Facebook du livre : I am DANDY, the return of the elegant gentleman

Le Blog de Rose Callahan : The Dandy Portraits

La review de Gentleman’s Gazette : Gentleman’s Gazette review