Husbands Paris : un très beau prêt-à-porter

Greg JACOMET

Husbands Paris : un très beau prêt-à-porter

Le secteur du prêt-à-porter masculin est surpeuplé. Je ne pense surprendre personne en écrivant cela. Un secteur où nos amis de la com’ rivalisent d’agilité dans la création de termes à rallonges de plus en plus douteux et de moins en moins clairs, toujours dans l’éternel but de vendre de la mauvaise qualité pour très cher, ou de la mauvaise qualité pour pas cher aussi d’ailleurs.

Mais il arrive parfois qu’une jeune Maison réussisse à tirer son épingle du jeu, en proposant « simplement » des pièces de qualité à des tarifs honnêtes. Et quand en plus ladite maison a le culot de proposer des pièces originales, alors nous savons que nous avons à faire à quelque chose d’intéressant.


Un peu à la manière d’un petit bistrot gastronomique de quartier dont la clientèle d’habitués constitue l’essentiel du business, la jeune maison Husbands fait partie de ces vrais-faux secrets si bien gardés de la Capitale.

La petite boutique de Nicolas Gabard surprend. D’abord parce qu’elle est perdue dans une rue peu passante du 9ème arrondissement de Paris, en marge des grands axes où s’agglomèrent les habituels acteurs du milieu. Ensuite par son aspect, qui est bien loin de l’esthétique classique que l’on retrouve dans toutes les boutiques dites de « luxe ». Ici, pas ou peu de fioritures : une table, des chaises, un rack , un paravent, et quelques magazines. Parfois un vinyle des Stones ou de Kraftwerk, ou un roman de Musil ou de Balzac. Peu importe à vrai dire, l’accent est mis sur l’essentiel, à savoir les quelques pièces proposées, qui sont sobrements alignées sur le mur de droite.

La carte y est réduite, peu de modèles sont proposés. Et c’est une bonne chose ; comme dans un restaurant, c’est le signe que nous avons à faire à du produit frais. Les quelques costumes et accessoires proposés bouillonnent de personnalité, et certains ne sont pas sans rappeler ce qui pouvait se faire dans les ateliers du regretté Tommy Nutter dans les années 70. Les coupes sont à la fois délicieusement désuètes et intemporelles, classiques with a twist, et globalement très pertinentes.

Toutes les pièces ne sont cependant pas forcément évidentes à porter sans un minimum d’audace : le « pop-suit » très années 60 peut en effet surprendre par la coupe de sa veste, légèrement plus courte que la moyenne. Le trois-pièces en lin blanc cassé / crème pourrait rebuter ceux ne jurant que par les nuances de noir/bleu marine, même en été. Néanmoins, ceux cherchant à apporter un peu de glamour à leur garde-robe seraient fort avisés d’y jeter un oeil.

Le costume croisé y est sobre et la coupe très ajustée,  le trois pièces avec ses poches en biais est d’une grande allure.

Le costume deux boutons est proposé avec un pantalon taille haute (comme le trois pièces et le croisé par ailleurs), chose rare en prêt-à-porter. Le tout avec quelques petits détails fort appréciables et de belle facture  : travettas sur les poches poitrines et sur le haut des boutonnières des manches, et jolies milanaises, entre autres. Tous les costumes, fabriqués dans un petit atelier italien, sont bien entendu intégralement entoilés et le tout témoigne d’une vraie belle qualité de fabrication et, surtout, d’une sélection de tissus absolument irréprochable.

L’homme derrière Husbands, Nicolas Gabard, ancien avocat reconverti par passion pour le style masculin, est également un individu très intéressant. Je ne peux d’ailleurs que vous encourager à aller discuter avec l’homme en personne dans sa petite boutique, car je sais qu’il se fera un plaisir de vous expliquer la philosophie derrière Husbands.

Car ce qui m’a frappé par dessus tout chez Husbands, c’est la cohérence du propos. Il n’est point question ici de prétendre, les ambitions sont clairement affichées, et la qualité est indéniablement présente : nous avons à faire ici à ce que le prêt-à-porter de qualité supérieure a de meilleur à proposer. Et pour une fois, les tarifs sont extrêmement bien placés, eu égard au sérieux des pièces. D’ailleurs, un Lorenzo Cifonelli de visite dans la petite boutique de la rue Manuel aurait lui-même été impressionné par ce qu’il a vu… et notamment par la sélection de tissus, « vraiment au dessus du lot », selon les propres termes du Maestro parisien.

Il est alors légitime de se poser la question ; sommes-nous en train d’assister à la naissance d’un futur acteur de l’élégance à la Française ? Nous ne pouvons que l’espérer car Husbands est une belle initiative, d’une grande pertinence, et proposant des costumes de qualité dans un secteur étouffant sous le poids des offres douteuses qui ne cessent de fleurir.

Le défi du fondateur sera désormais de savoir grandir en conservant ces qualités…

« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». Nous n’aurions pas dit mieux, Mr. Corneille.

Pour les curieux, vous trouverez le site ici.

Greg Jacomet.