L'élégance masculine se lève
(doucement)
à l'Est :
Les 24 heures de l'élégance à Belgrade

Hugo JACOMET

L’élégance masculine se lève (doucement) à l’Est : Les 24 heures de l’élégance à Belgrade

Gentlemen,

le mois dernier, l’un de nos multiples voyages sur la planète sartoriale nous a conduit, Greg et moi-même, vers une destination pour le moins inhabituelle : Belgrade en République de Serbie où se déroulait la deuxième édition des « 24 Heures de l’Elégance », une manifestation mixant plutôt habilement dîners officiels de charité, conférences-débats, trunk-shows, concours de voitures classiques et défilés en tous genres.

Le programme mettait à l’honneur cette année le Royaume-Uni et plus particulièrement le Bespoke Tailoring anglais avec l’auguste Maison Kilgour, le savoir-faire Autrichien en matière de souliers masculins haut de gamme fabriqués à la main avec l’étonnante Maison Saint Crispin’s, mais aussi la maestria Italienne en matière de création de tissus de luxe avec la superbe maison Vitale Barberis Canonico qui présentait, à cette occasion, un joli film célébrant ses 350 ans d’existence, réalisé par le génial réalisateur de O’Mast, Gianluca Migliarotti.

Si l’on ajoute à ce « plateau » pour le moins alléchant, la présence de notre ami James Sherwood, venu parler de son « Perfect Gentleman » à l’occasion d’une conférence rassemblant les maisons sus-nommées ainsi que les maisons Rolls-Royce et Penhaligon’s, il devenait donc naturel pour nous de répondre favorablement à l’invitation d’Alexander Djordjevic, l’omniprésent et hyperactif fondateur de l’événement, et de nous rendre, pour la première fois de notre vie en République de Serbie.

Alors bien sûr, l’objectif d’un tel événement n’est guère difficile à deviner : il s’agit d’ouvrir les portes (si possible en grand), aux maisons de luxe d’un pays en pleine mutation et dont l’économie, si elle vient de traverser une période très difficile de récession en 2012, semble offrir de nouvelles perspectives.

La situation économique des ex-pays de l’Est (et singulièrement des pays de l’ex-yougoslavie) est un sujet d’une complexité inouïe que nous nous garderons bien d’aborder ici. Mais si nous nous en tenons au seul secteur qui nous intéresse dans ces colonnes, l’élégance des hommes, la démarche d’Alex Djordjevic avec les « 24H de l’élégance », mérite d’être saluée et soutenue.

En effet, et quelles que soient les imperfections et la jeunesse (dans tous les sens du terme) du format, cet événement a le grand mérite de proposer de vrais moment d’éducation et de rencontres pour qui sait regarder au delà des belles voitures classiques, des jolies filles et de l’habituelle foire aux logos dominée, comme à l’accoutumée, par la même marque de Whisky, omniprésente dans le monde entier, mais récemment affublée d’un « Brothers » du meilleur effet. Tradition-washing masters !

Et le premier de ces moments de rencontres (et de surprises)  fut le superbe premier diner organisé dans le Palais Royal Blanc, en présence de SAS le Prince Alexandre de Serbie et de son épouse SAS la Princesse Katherine. Un dîner dans lequel, en parfait gentleman habitué aux ambiances (et aux tables) royales et princières, notre cher ami James Sherwood s’est visiblement senti comme un poisson dans l’eau et qu’il relate avec la grâce, le charme et l’intransigeance qu’on lui connait dans son désormais célèbre journal « Letters from Bloomsburry Square » : A Balkan Rhapsody.

Nous n’avons évidemment  pas grand chose à ajouter à ce brillant effort épistolaire, si ce n’est confirmer la qualité de la compagnie de la Princesse Katherine, une Dame d’une gentillesse et d’une serviabilité exemplaires et qui, à elle seule, va sans doute m’amener à reconsidérer l’idée que je me faisais de l’action et  de la posture d’une famille royale au 21ème siècle, à fortiori dans un pays en pleine mutation comme la Serbie. Mais c’est un autre sujet.

Ce dîner de charité était donc en grande partie dédié à la mise en vente de certains objets (offerts par les maisons partenaires dont une jolie montre Tag-Heuer ayant été portée à Hollywood par une actrice Serbe ainsi qu’une – très – belle paire de souliers Saint-Crispin’s…) au profit de la fondation de la Princesse Katherine oeuvrant dans le domaine de la santé d’urgence (avec, notamment, tout un programme de fourniture gracieuse de véhicules médicalisés) et également dans le domaine de la petite enfance (équipements pour prématurés) et de l’autisme.

La seconde journée était, quant à elle, consacrée au concours de voitures classiques ainsi qu’à une série de petites conférences-débats intitulée « Luxury Salon », durant laquelle les représentants des maisons partenaires de l’événement avaient l’occasion de présenter leur entreprise, à la faveur de « talk-shows » ou de présentation plus formelles.

N’étant pas un grand connaisseur en matière d’automobiles d’exception (qu’elles soient anciennes ou contemporaines), je me contenterai donc de partager avec vous quelques photos de ce concours d’élégance, sans entrer dans le détail du plateau – visiblement de grande qualité – réuni pour l’occasion.

Dans la grande tradition « Cars and Girls »…

La partie « Luxury Salon »  proposait, quant à elle, un format plutôt attractif : une suite de mini-conférences de 30 minutes, permettant aux Maisons partenaires de l’événement de se présenter et de parler de leur travail devant un public pour le moins hétéroclite et d’ailleurs très diversement intéressé par les différents propos.


Cette petite remarque mise à part, cette après-midi fut, pour nous, très riche en rencontres et en discussions passionnantes, car les Maisons en question ne manquaient pas d’allure.

Ainsi, outre la Maison Kilgour, nous avons pu enfin rencontrer l’affable et passionné bottier Autrichien Phillip Car, dont la marque de souliers Saint Crispin’s (des souliers entièrement fabriqués à la main par 19 artisans dans leur atelier situé en Roumanie), n’en finit pas de faire parler d’elle, tant l’approche est originale et la qualité des produits vraiment irréprochable.

Nous allons consacrer très bientôt une reportage complet à cette Maison (très) différente et (très) intéressante, mais dont l’offre a encore besoin, à notre sens, d’être clarifiée (et peut-être simplifiée) afin d’obtenir la reconnaissance mondiale qu’elle mérite. Car accéder à Saint Crispin’s demande, aujourd’hui encore, un minimum d’éducation et de culture en matière de beaux souliers afin de profiter au mieux des possibilités inouïes que propose la marque sur la base d’un petit parc de formes plutôt conservateur mais indéniablement élégant.

Nous avons également pu partager de longs moments avec notre ami Simone Ubertino Rosso, l’impeccable représentant de l’impeccable maison Vitale Barberis Canonico qui présentait, à l’occasion de son 350ème anniversaire – ce qui fait de VBC  la plus vieille entreprise de tissus au monde – un film réalisé par le non moins impeccable et génial, Gianluca Migliarotti, le réalisateur ayant commis coup sur coup, « O’Mast » et « I Colori di Antonio », deux pépites consacrées à l’art tailleur de Naples, sa ville natale, et de Florence (Antonio Liverano).

Le film consacré à VBC est, évidemment, beaucoup plus formel que les deux premiers, mais l’oeil redoutable et le style affirmé de Migliarotti permet de rendre hommage au parcours exemplaire de la famille Barberis Canonico et de se faire plaisir avec de très belles images, tout en évitant, au moins la plupart du temps,  les discours convenus à la gloire des valeurs de tradition et de modernité de la Maison. Vitale Barberis Canonico est à coup sûr une très belle entreprise (dont les tissus méritent d’ailleurs, à mon sens,d’être beaucoup plus largement reconnus et utilisés dans les maisons de Grande Mesure) et Migliarotti est un réalisateur brillant et très éduqué en matière de style masculin. Rien que pour ces deux raisons, le film – en version complète de 15 minutes – vaut largement le détour. En voici le lien :

VITALE BARBERIS CANONICO by MIGLIAROTTI (full length 15mn)

Au total ces deux journées à Belgrade auront été, pour nous, deux journées fructueuses et très riches en rencontres et en échanges avec des personnalités qui comptent dans notre (petit) milieu. Et rien que pour cela, je ne peux que saluer le courage voire l’obstination d’Alex Djordjevic à faire avancer et grandir ses « 24 heures de l’élégance »  dans un pays qui devait ressembler peu ou prou à un désert en la matière, il y a encore quelques années.

Une belle initiative dont la troisième édition (à priori autour de l’excellence à la Française) est déjà en cours de préparation.

A suivre donc,

Cheers, HUGO