Du snobisme

Hugo JACOMET

Du snobisme

Gentlemen,

hier après-midi, j’ai été interviewé par téléphone par un journaliste du magazine GQ qui souhaitait recueillir mon témoignage sur la révolution de l’élégance masculine en cours pour l’inclure dans un dossier du magazine intitulé “Les nouveaux snobs, comment se démarquer”…

Sans déflorer le contenu de ce dossier (qui s’annonce plutôt intéressant) ainsi que la teneur de ma discussion avec le journaliste en question, vous pouvez d’ores et déjà vous imaginer ma réaction immédiate devant le titre et l’emploi de la notion de snobisme, une notion fortement teintée, dans mon esprit, de superficialité, pour décrire le regain d’intérêt actuel des hommes pour l’élégance classique et discrète.

En effet, comparer la petite révolution sartoriale en cours à une forme de snobisme – qui décrivait initialement l’imitation servile des comportements à la mode dans la classe supérieure ainsi qu’une attitude de mépris à l’endroit des classes populaires – me semble relever de la licence journalistique.

Comme l’explique si brillamment mon grand ami G. Bruce Boyer dans le livre «I Am Dandy, the Return of the Elegant Gentleman», le retour récent sur le devant de la scène du style masculin de figures des années 40 comme Fred Astaire, Gary Cooper et Cary Grant, témoigne plutôt d’un triomphe de la démocratie que de l’imitation servile et aveugle des comportements des élites dites “distinguées”.

“Au cinéma, quand j’étais un jeune garçon, j’étais intrigué par eux (Fred Astaire, Cary Grant, Gary Cooper), parce que je pensais qu’il venaient un peu du même milieu que moi. Ils n’étaient pas de descendances royales ou aristocratiques. Ils étaient de simples américains moyens ayant grandi dans des quartiers et des maisons ordinaires. Pourtant ils avaient une aisance et un style incroyables. Et ils finissaient toujours avec la plus belle femme de la soirée. Pour moi, c’était le triomphe de la démocratie…”

Et si toutefois il peut effectivement arriver à certains d’entre nous d’être un rien trop habillés de temps à autre (atteindre une vraie élégance naturelle étant un long apprentissage), cela témoigne plus d’une quête – parfois maladroite – d’excellence personnelle que d’une obsession à vouloir se démarquer.

Pour conclure cette petite réflexion dominicale intempestive, et en attendant avec impatience la publication de cet article dans GQ (nous vous tiendrons au courant), je vous renvois à la très belle préface de “I Am Dandy”, écrite par l’immense Glenn O’Brien (The Style Guy de GQ) et qui, selon moi, pourrait bien mettre tout le monde d’accord sur le sujet.

“S’il existe un péché cardinal dans notre monde, ce n’est pas celui consistant à se laisser absorber par sa propre personne, mais celui de se faire absorber par la masse : la dissolution de l’individu dans la masse. La majorité silencieuse. La foule vêtue de maillots de sport. La foule, la populace, le troupeau. Noyé dans dans cette foule uniforme, l’homme n’est plus un individu mais une simple cellule d’un gigantesque organisme dans lequel il est bringuebalé sans aucune volonté personnelle. Nous savons ce dont les foules, les gangs, mais aussi les entreprises ou les partis politiques, sont capables quand l’individualité cède la place à la pensée de masse. (…) Un homme qui refuse l’uniforme est un héros, à sa manière. Vous ne pouvez d’ailleurs être un héros qu’à votre manière. Se présenter aux autres de manière différente à dessein demande du courage. Et la forme la plus haute du courage consiste à se révéler complètement à autrui et à dire son for intérieur au monde avec éloquence. (…) (Les dandys) sont, pour moi, tous des héros qui expriment avec éloquence ce qui les intéresse dans la vie. Ils ont tous pour objectif de transcender l’ordinaire et de donner un sens à tous les aspects de la vie, là où la grande majorité des hommes s’en remettent à des coutumes jamais remises en question ou à la chance.”

Amen.

Cheer, HUGO