Mieux vaut un bon prêt-à-porter qu’un mauvais sur-mesure. Toujours.

Hugo JACOMET

Mieux vaut un bon prêt-à-porter qu’un mauvais sur-mesure. Toujours.

Depuis que l’élégance masculine a le vent en poupe et que les investissements sur ce marché particulièrement dynamique se multiplient – dont certains absolument stratosphériques, comme le rachat, fin 2013, de 80% des parts de Loro Piana par LVMH pour près de deux milliards d’euros ! – les services marketing et de communication des grands groupes de luxe comme ceux des petites maisons surfent sur la vague du soi-disant retour du gentleman élégant et en profitent pour multiplier les abus sémantiques en toute impunité.

Alors qu’avec Sonya, nous parcourons le monde pour les besoins de Parisian Gentleman, et que nous rencontrons, quotidiennement, les acteurs, grands ou petits, célèbres ou obscurs, riches ou fauchés, de notre domaine, je ressens aujourd’hui très fortement le besoin d’écrire ce court article pour remettre en place un concept fondamental que tout élégant chevronné (au propre comme au figuré), ou novice, devrait avoir en tête de façon permanente afin de ne pas se faire berner par les marchands de rêve et les faux artisans bonimenteurs.

Ce concept, de prime abord très simple, est le suivant : la notion de sur-mesure et celle de la qualité de fabrication d’un vêtement sont deux notions complètement séparées.

Ou, pour le dire autrement, il est tout à fait possible de nos jours d’acheter un vêtement « sur-mesure », mais fabriqué de façon totalement industrielle dans une usine en moins de 20 minutes, de même qu’il est tout à fait possible d’acheter un vêtement en prêt-à-porter (donc sans prise de mesures), mais fabriqué quasiment intégralement à la main par les meilleurs artisans au monde.

C’est un point-clé que vous devez toujours avoir en tête si votre but est de faire le meilleur achat possible (ce qui doit être le cas si vous lisez ces colonnes) : ne vous laissez JAMAIS berner par le mot « sur-mesure » qui recoupe (si j’ose dire) des réalités très différentes selon qu’il soit employé par une maison de Bespoke traditionnelle ou par un soi-disant tailleur faisant fabriquer ses costumes de manière tout ce qu’il y a de plus industrielle.

Les seuls endroits au monde où les deux notions sont indissociables, ce sont, évidemment, dans les salons de Bespoke traditionnels (Cifonelli, Camps de Luca à Paris, A.Caraceni, Mario Pecora à Milan, Mariano Rubinacci, Gennaro Solito à Naples, Joe Morgan, Dege & Skinner à Londres pour n’en citer que quelques uns) où les vêtements sont intégralement réalisés à la main (en moyenne 60 heures) et à vos mesures.

Dans tous les autres cas, la notion de « sur-mesure » ne vous garantira jamais un vêtement bien fabriqué et bien coupé, et encore moins un vêtement fabriqué (totalement ou partiellement) à la main.

A l’inverse, un vêtement réalisé à la main (partiellement ou totalement) par une vraie Sartoria Italienne (Belvest, Santandrea, Kiton, Attolini pour n’en citer que quatre, différentes, mais de très bonne réputation dans leurs segments de prix respectifs), sera toujours synonyme de qualité, même s’il est acheté, au moins au départ, en prêt-à-porter.

Chez Cesare Attolini, par exemple, chaque vêtement mis en vente en prêt-à-porter, a fait l’objet de près de 30 heures de travail à la main. Même chose chez Kiton où toutes les étapes cruciales du vêtement sont réalisées par des mains expertes et où le contrôle qualité est d’une extrême exigence.

En outre, dans ces grandes maisons, les patronages ont tous été conçus et réalisés par des maîtres tailleurs expérimentés et sont produits de manière tellement précise (1/32 ème de pouce voire 1/64ème de pouce) qu’il est quasiment impossible de ne pas trouver un vêtement qui ne vous aille pas parfaitement, avec, évidemment, une ou deux petites retouches généralement effectuées par les maisons elles-mêmes.

A l’inverse, un vêtement acheté en « sur-mesure » chez un soi-disant « tailleur » prenant vos mesures physiquement ou, hérésie !, en ligne, mais ne planifiant aucun essayage et faisant fabriquer votre costume dans une usine sera quasiment à tous les coups, une déception… Les mails que nous recevons de plus en plus souvent dans ce sens en constituent des témoignages indiscutables.

Pourtant les mauvais fabricants (ou les revendeurs peu scrupuleux) ont très bien compris l’attractivité de la notion de « sur-mesure » auprès du grand public qui a une fâcheuse tendance à la confondre avec « fabriqué artisanalement » ou, pire, avec « fait-main ».

Donc, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire dans l’article La Vérité sur le Sur-Mesure, gardez la tête bien froide, les yeux bien ouverts, les oreilles bien fermées et la main bien sensible lorsque vous choisissez votre nouveau costume (la « Poker Face » sartoriale).

La compétition faisant rage sur le marché, il devient en effet de plus en plus facile de faire l’acquisition d’un beau costume bien fabriqué pour un tarif raisonnable. Et dans ce registre, un beau prêt-à-porter fabriqué par une maison de bonne réputation sera toujours un investissement plus sûr qu’un mauvais sur-mesure fabriqué on-ne-sait-où par des tailleurs n’ayant jamais touché une craie ou une aiguille de leur vie.

« Mieux vaut compter sur son âne que sur la jument de son voisin. » Proverbe Auvergnat.

Voir également : La sélection PG de costumes en prêt-à-porter.