La sélection PG de souliers 2015 (introduction)

Hugo JACOMET

La sélection PG de souliers 2015 (introduction)

Durant le mois d’Aout, soit au creux de l’été, nous aurons la joie de publier l’un des articles les plus attendus chaque année sur PG : l’édition 2015 de notre sélection de souliers.

Il s’agira donc de notre quatrième sélection du genre après celle de 2009, celle de 2013 et bien sûr, celle de l’année dernière qui restera dans les annales de PG comme l’un des posts les plus consultés de notre (encore jeune) histoire avec plus de 230 000 consultations uniques venues du monde entier pour cette seule publication.

A vrai dire, les chiffres sur l’internet deviennent tellement énormes (et souvent sur-évalués par les plateformes de micro-blogging elles-mêmes) que nous avions parfois, et jusqu’en 2014, beaucoup de mal à juger de notre impact réel sur le rayonnement et la réputation des maisons sur lesquelles nous écrivions, surtout les plus jeunes d’entre elles.

Ou, pour le dire autrement, à bien mesurer l’influence que pouvait avoir une recommandation dans ces colonnes, ou dans celles de nos quelques collègues et amis de l’autre côté des Alpes, de la Manche ou de l’Atlantique, sur l’évolution d’une marque, sa notoriété et, in fine, son développement.

Certains mails reçus directement de la part de ces maisons nous ont donné les meilleures réponses possibles : celles du terrain et du business. J’ai, par exemple, en mémoire un mail reçu à la fin de l’année dernière de la part de Daniel Porcelli, le fondateur de la formidable boutique en ligne Cobbler Union qui nous remerciait pour l’avoir cité dans notre sélection 2014 et nous avouait que cette simple citation avait représenté pour sa jeune marque, qui n’existait à l’époque littéralement que depuis quelques semaines, un booster important en termes de notoriété et de crédibilité.

Cobbler Union Signature Spectator shoes

Depuis, l’offre de Cobbler Union s’est considérablement étoffée (et représente peut-être à ce jour l’une des mieux placées de l’autre côté de l’Atlantique, tant en termes de prix, de qualité que de service) et Daniel et son équipe viennent d’ouvrir leur première boutique en propre à Atlanta aux Etats-Unis. Nous y reviendrons.

Cobbler Union 2

Cet exemple, choisi parmi tant d’autres, au delà de la fierté qu’il nous apporte, de l’énergie qu’il nous procure et de l’envie qu’il nous donne de faire encore mieux, a cependant des implications très fortes sur le travail de notre équipe, notamment pour les sélections PG, qu’il s’agisse de souliers ou de costumes :

Premièrement, cela nous conforte dans notre ligne éditoriale fondatrice consistant, a contrario des forums, à ne parler que des maisons et des produits que nous apprécions. Pas question de faire du mal à qui que ce soit dans ces colonnes. A chacun son « marché » : celui de la polémique et des débats sans fin (ni gagnant d’ailleurs) n’est pas le nôtre.

Deuxièmement cela nous incite à couvrir encore mieux nos domaines avec des sélections de plus en plus larges, tout en restant les plus précises et les plus documentées possible, ce qui représente, dans le marché du soulier masculin actuel un énorme challenge.Pour vous donner une petite idée de ce qui vous attend dans notre sélection de souliers 2015, voici quelques chiffres : en 2009, notre sélection comportait 18 marques. Elle en comportait 22 en 2013 et 36 en 2014 (tous budgets confondus de 150 à 1500 euros pour le prêt-à-porter).

La sélection 2015 comportera, quant à elle, plus de 60 marques. Et quand nous parlons de « marques » nous ne parlons ici que de vrais chausseurs ou bottiers, c’est à dire de maisons faisant uniquement (ou principalement) des souliers et pas de maisons de mode globales.

Car si parfois nous avons encore du mal à remarquer dans la rue les effets concrets de la petite révolution sartoriale que nous prêchons ici depuis maintenant plus de 6 ans, force est de constater que le marché du soulier masculin est, quant à lui, en pleine révolution.

Antonio Meccariello

Alexandru Maftei

Rozsnyai-handmade-shoes

Spigola Koji Suzuki

Le nombre de bottiers en grande mesure est, par exemple, en pleine explosion avec la montée en puissance de noms que nous connaissions à peine (voire pas du tout), lorsque nous avons démarré PG : peu de gens, à part peut-être quelques vrais amateurs,  avaient à l’époque, en effet, entendu parler d’Antonio Meccariello près de Naples, d’Alexandru Maftei à Vienne, de Rozsnyai Sándor à Budapest, de Koji Suzuki à Kobé (voir les photos, dans l’ordre, ci-dessus) et personne, évidemment, de Valentin Frunza en Moldavie ou de Ramon Cuberta à Barcelone, pour ne citer que quelques exemples (voir les photos, dans l’ordre, ci-dessous).

Valentin Frunza

Ramon-Cuberta11-1024x768

La montée en puissance du e-commerce est en train lui aussi de révolutionner le secteur tout entier en permettant à de nombreuses maisons de proposer des produits de bonne qualité vendus directement au consommateur comme, par exemple,  Jack Erwin aux Etats-Unis qui propose désormais des produits vraiment honnêtes à moins de 200 dollars.

Bien entendu, nous faisons, chez PG,  partie de ceux qui croient encore dur comme fer au « retail » de proximité, mais le marché nous démontre également qu’il existe désormais une vraie place pour les approches mixant vente physique (avec deux ou trois petites boutiques) et vente en ligne.

Cette approche « mixte » (couplée avec une politique de retours efficace et une expérience client de bonne qualité) a d’ailleurs fait le succès de maisons comme, en vrac,  Velasca, J.Fitzpatrick, Altan Bottier (voir photos ci-dessous), Meermin ou Vass pour parler de maisons de tailles, de cultures et de qualités différentes.

Velasca belgian loafers

j-fitzpatrick-footwear-

Altan BottierAutre grande « tendance » de notre sélection 2015 : le grand retour des Italiens. Autant nous déplorions, dans nos dernières sélections, le manque criant de maisons italiennes (mis à part Santoni et Bontoni), autant nous assistons actuellement au réveil de l’Italie dans le domaine avec de nombreuses maisons qui, si elles continuent à fabriquer pour les autres (notamment pour les grandes maisons de luxe), proposent désormais leurs propres gammes.

C’est le cas, par exemple, de la belle maison Enzo Bonafé à Bologne. Ces dernières années ont aussi marqué l’avènement de nouvelles offres comme la prometteuse et créative maison Barbanera ou le (re)découverte de joyaux du beau soulier transalpin comme Mario Bemer à Florence.

Enzo-Bonafe

Barbanera

Mario Bemer FirenzeEnfin, et c’est sans doute l’événement marquant de ces dernières années : l’Espagne est bel et bien devenue le leader mondial en ce qui concerne la production de souliers masculins et fabrique désormais pour le terre entière avec une qualité en progression constante et quelques maisons, comme Carmina, qui offrent un rapport qualité-prix absolument irréprochable.

Et la France dans tout cela ?

Malgré une industrie du soulier globalement sinistrée (si on la compare au dynamisme des voisins espagnols, italiens, voire portugais), quelques beaux succès, quelques belles initiatives et quelques belles confirmations viennent nous redonner un peu de baume au coeur :

Le succès mondial grandissant de Corthay avec une ouverture très réussie à Pékin et, surtout, la mise en route de sa belle manufacture dans la région de Cholet dans le Maine et Loire, le (re)lancement d’une formidable offre bespoke chez Aubercy avec l’excellent bottier japonais Yasuhiro Shiota, la confirmation du succès de Caulaincourt (avec, notamment, l’ouverture d’une jolie boutique en ligne) et la développement international de Septième Largeur avec des ouvertures à Singapour et à Taiwan.

Bref la sélection 2015 Parisian Gentleman des souliers sera un très (très) grand cru. Indéniablement le meilleur depuis notre création.

La seule question étant désormais de savoir, au rythme où vont les choses, s’il y aura de la place pour tout le monde sur un marché formidablement dynamique mais qui arrivera, un jour ou l’autre, à saturation, surtout si, dans le segment (très) haut de gamme, le ralentissement des marchés russes et maintenant asiatiques se confirment.

En attendant ne boudons pas notre plaisir car l’offre en la matière n’a jamais été aussi pléthorique, la créativité n’a jamais été aussi débridée (si j’ose dire) et les rapports qualité-prix n’ont jamais été aussi bons.

Donc si vous ne trouvez pas chaussure à votre pied cette année, c’est que vous n’êtes pas vraiment motivés !

Voici le lien vers la première partie de la sélection (33 maisons) : La sélection Parisian Gentleman 2015 / 2016 (Part 1/2).

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Image d’ouverture : Barbanera Shoes

A consulter absolument : Claymoor’s List et The Shoe Snob