La sélection Parisian Gentleman de souliers 2015/2016 (partie 2/2)

Hugo JACOMET

La sélection Parisian Gentleman de souliers 2015/2016 (partie 2/2)

Voici la deuxième partie de la sélection Parisian Gentleman de souliers 2015/2016 (voir la première partie ICI).

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ANTONIO MECCARIELLO

Un grand talent du soulier masculin contemporain

Prix moyen : 600 euros

Meccariello-calzoleria.tumblr.com

Antonio Meccariello - PG Selection

Antonio Meccariello fait partie de cette nouvelle génération de bottiers transalpins (comme Bestetti), qui a été découverte sur l’internet par les blogs et les forums et qui, depuis, font l’objet d’un vraie engouement pour la qualité et l’originalité de leur travail.

Antonio Meccariello, installé à une heure de Naples, a en effet littéralement déboulé – il n’y a pas d’autre mot – sur le Style Forum mi-septembre 2012 avec une centaine (!) de photos de souliers complètement ahurissants (voir ICI) qui ont immédiatement attiré l’attention des passionnés sur son travail.

Il faut dire que dans cette avalanche de photos se côtoyaient des modèles vraiment époustouflants avec des patines jamais vues, des débordants surdimensionnés, des cousus norvégiens admirables, mais aussi des modèles plus fins terriblement séduisants et élégants. Un vrai choc visuel qui eut pour effet quasi immédiat de faire sortir Meccariello de l’anonymat et de déclencher une belle série de commandes venues du monde entier.

Depuis, Meccariello est devenu l’une des coqueluches des calcéophiles avec ses souliers cousus trépointe (handwelted) proposés de quatre façons : un prêt-à-porter (Argentum RTW) tarifé à 500 euros, un MTO (Argentum) à 650 euros (avec un choix de 7 modèles, 3 formes, différents cuirs et embauchoirs compris, s’il vous plait !), un Made-to-Measure (Argentum) sur formes existantes à vos mesures intégralement fait main à 750 euros (avec choix parmi toutes les formes, tous les cuirs – hors exotiques – et tous les modèles !) et sa gamme supérieure baptisée Aurum, avec des nouvelles formes, des cuirs de qualité premium et un niveau de finitions excellent pour 1150 euros. Voir quelques exemples de ces superbes souliers sur les Tumblr et Instagram maison.

Antonio offre également la possibilité, d’une modification de forme et d’une toile d’essayage (chaussure test montée en Goodyear machine) pour les deux dernières gammes citées ci-dessus pour un supplément de 350 euros (vous gardez les deux paires évidemment). Quant au bespoke (avec forme unique pour vous et toile d’essayage à porter plusieurs semaines), il démarre à 2400 euros.

Evidemment comme tout doit encore se faire par mail (pas de site web à proprement parler), ne vous attendez pas à une « expérience client » moderne. Tout est fait à la main chez Antonio, même les commandes ! Pour les plus mordus d’entre vous, une visite à Naples est d’ailleurs vivement conseillée pour la première commande. Mais vous ne serez pas déçu du voyage, dans tous les sens du terme.

++ : L’un des bottiers / chausseurs les plus excitants et originaux du moment, un rapport qualité/prix/style fantastique.

— : Une expérience client que certains jugeront très rustique, à réserver à ceux d’entre vous qui aiment passer du temps à choisir (et attendre) leurs souliers. Mais quel talent !

 

CHURCH’S

Un timide retour aux sources ?

Prix moyen : 650 euros

Church-footwear.com

Chruch's - PG Selection

Absent de nos colonnes depuis quelques années, nous avons décidé de réintégrer dans cette sélection la maison Church’s qui, comme vous le savez sans doute si vous vous intéressez à ce marché, est le plus gros producteur de souliers à Northampton avec près de 5000 paires fabriquées par semaine.

Cette marque faisait l’objet d’une véritable adoration dans les années 80 et 90 et la concurrence entre Church’s l’Anglais et Weston le Français alimentait les discussions des passionnés de souliers (comme votre serviteur). Le fabuleux derby brogue « Grafton » (ci-dessus) fut d’ailleurs la deuxième paire de « vraie chaussure » de ma collection d’étudiant fauché, juste après une paire de Weston triple semelle elle-même payée en quatre fois !

Depuis son rachat par le groupe Prada, la marque avait quelque peu disparu des radars des amateurs de souliers classiques pour s’orienter vers des terrains (et des designs) nettement plus « fashion » avec, notamment, une production de plus en plus « industrielle » et des prestations (cuirs « bookbinded »/finitions) faisant l’effet d’être plus dirigées par des cost-controllers que par des bottiers.

Cependant, après avoir eu l’occasion, récemment, de (re)mettre les pieds dans une boutique Church’s, j’ai de nouveau pu apprécier l’esthétique massive de la gamme triple semelle avec l’immortel (et increvable) derby Grafton (sans soute la nostalgie) ou le Richelieu Burwood mais également de certains jolis modèles de la Gamme Classique comme l’Oxford brogue Chetwynd que je trouve très réussi.

Et au toucher les cuirs ne me semblaient pas « bookbinded » (technique, très prisée par les Prada, Gucci et autres Dolce Gabbana, consistant à enduire un cuir de qualité moyenne d’un produit visant à lui donner plus de lustre, mais qui, évidemment, craque très vite).

L’icône du soulier masculin serait-elle en train de faire un timide retour aux sources ? Rien n’est moins sûr, mais en tant qu’inconditionnel du Grafton (version années 80), je me dois de re-considérer la marque. Question de principes.

++ : Des modèles immortels (comme le Grafton), des belles formes et des collections récentes qui semblent revenir à l’esthétique que nous avons tous tant aimée.

— : Des modèles affreux (la gamme Shanghai) et une pente digne du Col du Tourmalet à remonter dans les esprits des calcéophiles.

 

SANTONI

Difficile de s’y retrouver, mais quelques très belles collections

Prix moyen : 680 euros

Santonishoes.com

Santoni - PG Selection

Santoni est, indiscutablement, l’un des grands noms du beau soulier Italien. Le seul problème c’est qu’avec cette maison, il est souvent difficile de s’y retrouver tant les gammes et les tarifs varient et tant le style peut être parfois superbe et parfois vraiment dispensable.

C’est sans doute la rançon de la gloire pour cette maison qui semble avoir encore quelque peu le « cul entre deux chaises » comme on dit vulgairement chez nous : entre le monde du soulier « fashion » et celui du beau soulier classique.

Pour autant, il est possible de trouver chez Santoni de très belles choses, bien faites et bien finies. Par exemple dans la gamme montée Goodyear, cet Oxford à bout droit (à la très jolie patine) ou encore ce monk strap sont particulièrement réussis.

A noter également quelques séries limitées aux tarifs particulièrement déraisonnables (1500 à 1900 euros), mais avec des formes et des couleurs assez spectaculaires comme cet étonnant derby V front trois oeillets ou encore ce modèle chez Shoes and Shirts aux Pays-Bas.

Bref chez Santoni on trouve de tout, du Blake le plus dispensable au cousu trépointe le plus sublime. Santoni, c’est donc l’Italie dans toute sa splendeur mais aussi dans tous ses excès. Une marque à ne jamais négliger cependant, car de très beaux souliers à très forte personnalité peuvent parfois vous passer devant les yeux, surtout chez certains revendeurs compétents et exigeants.

++ : Des souliers qui, dans certaines collections, peuvent être sublimes à tous points de vue.

— : Des souliers qui, dans d’autres collections, peuvent être dispensables à tous points de vue.

 

J.M. WESTON

Un trésor national

Prix moyen : 715 euros

Jmweston.fr

J.M Weston - PG Selection

J.M. Weston est un trésor national. Il s’agit en effet de l’une des seules manufactures de souliers traditionnels sur la planète à posséder, outre sa formidable manufacture de Limoges, deux tanneries que le monde entier nous envie, l’une pour les tiges (le Puy en Velay, dont le principal actionnaire est le groupe Descours, propriétaire de Weston) et l’autre pour les semelles (Bastin).

J.M. Weston est donc une institution de la chaussure masculine haut de gamme et l’un des tous derniers représentants de l’excellence « Made in France », la vraie, pas celle claironnée ad nauseam par des politiques qui sont les seuls à croire encore à l’existence d’un patriotisme industriel dans le monde d’aujourd’hui.

Car si les souliers Weston se vendent toujours bien et ont su fidéliser une belle clientèle d’inconditionnels en France et à l’étranger, c’est simplement parce que les souliers fabriqués à Limoges sont beaux, bien réalisés, super solides et, pour la plupart d’entre eux, indémodables.

Les grands classiques maisons – le célèbre mocassin 180 ou le fantastique derby Chasse (toujours intégralement réalisé à la main), côtoient aujourd’hui des modèles plus contemporains comme le Richelieu Conti ou le derby Flore par exemple.

Tout amateur de beaux souliers devrait posséder, un jour ou l’autre, une paire de Weston pour expérimenter la qualité de construction de ces derniers, le chaussant très près du pied et le confort ferme mais réel.

++ : De beaux souliers, une manufacture exemplaire, une vraie solidité et l’un des derniers vrais bastions du « Made in France » de qualité.

— : Une inflation des tarifs depuis quelques années (sans doute le prix à payer pour continuer à tout faire en France, même le cousu Blake).

 

FRECCIA BESTETTI

Le prêt-à-porter de Bestetti, enfin !

Prix moyen : 750 euros

Frecciabestetti.com

Bestetti - PG Selection

Nous avons récemment consacré un long article à Riccardo Freccia Bestetti dans lequel nous passons en revue, en détails, les différentes gammes de ce bottier / chausseur que nous apprécions particulièrement chez PG. Reportez vous à cet article pour obtenir tous les détails sur Bestetti en termes de gammes, de tarifs et d’actualité.

Pour résumer, Freccia Bestetti propose deux qualités de prêt-à-porter : un Blake bien réalisé (voir ci-dessus) à 600 euros et un « cousu-trépointe » (handwelted) à 900 euros de grande qualité. Cette gamme est complétée par un MTO cousu-trépointe (1200 euros) et par la fameuse gamme Novecento, entièrement montée main à vos mesures sur formes modifiables (1650 euros).

Depuis le temps que nous attendions le prêt-à-porter de Bestetti, nous ne pouvons que nous réjouir de l’arrivée sur le marché de ce bottier au style si particulier. La distribution reste encore limitée, mais Bestetti est désormais accessible dans des enseignes de belle renommée comme, par exemple, Sir Max à Amsterdam.

++ : Des formes superbes, un prêt-à-porter de grande qualité réalisé dans l’atelier du bottier, un style vraiment distinctif.

— : Une disponibilité encore limité, mais cela devrait s’améliorer au fil du temps.

 

ZONKEY BOOT

De beaux souliers, bien faits et différents

Prix moyen : 750 euros

Zonkeyboot.com

Zonkey Boots - PG Selection

Chez PG nous aimons beaucoup Zonkey Boot, petite maison Autrichienne créée par le couple Alexandra Diaconu and Michael Rollig (qui fonda, dans une autre vie, Saint Crispin’s) et qui propose, depuis 2011, une petite gamme de souliers conçue avec beaucoup de goût et réalisée avec beaucoup de soin.

Ce que nous aimons particulièrement chez ZB, c’est que cette maison ait réussi, contrairement à bon nombre d’autres, à se forger un vrai style en très peu de temps et à proposer des produits immédiatement reconnaissables par toute personne s’intéressant, ne serait-ce qu’un peu, aux belles chaussures pour hommes.

Le modèle en tête de cet article est d’ailleurs typique du style Zonkey Boot : un style hybride, à la fois chic et décontracté et qui respire la vraie qualité sans toutefois en faire trop.

Toutes les bottes de Zonkey Boot possèdent d’ailleurs un « je-ne-sais-quoi » qui en font des souliers vraiment séduisants comme ces Derby Boots bi-matière montées sur la jolie forme « Sailor » ou encore ces magnifiques Whole Cut Boots en cuir souple (tannerie végétale).

La marque commence d’ailleurs à prendre son envol et est distribuée dans de très belles enseignes comme Brogue à Genève, B & Tailor à Séoul ou Michael Jondral à Hanovre.La boutique en ligne est également très agréable, tout comme le service client, simple, courtois et honnête.

++ : Un vrai style maison, une belle fabrication (en Vénétie), de très beaux souliers (surtout les boots).

— : Peu de points faibles si ce n’est une absence de revendeurs dans certains pays, comme la France par exemple.

 

JAN KIELMAN

Le plus célèbre bottier de Pologne

Prix moyen : 750 euros

Kielman.pl

Kielman - Selection PG

Jan Kielman est le plus célèbre bottier de Pologne dont la création de l’atelier remonte à la fin du 19ème siècle (1883 pour être précis) et qui a connu des jours glorieux dans les années 20, avec des clients célèbres comme, notamment, un certain Charles de Gaulle, alors jeune capitaine et instructeur à l’école d’infanterie de Rembertow située dans un quartier de Varsovie (1921).

Aujourd’hui dirigée par Maciej Kielman, petit fils du fondateur, la maison Kielman connait, depuis quelques années, une véritable deuxième vie et un succès grandissant grâce, évidemment, à des tarifs absolument époustouflants pour des souliers sur-mesure réalisés intégralement à la main par une équipe de 15 personnes installée dans l’atelier maison.

Les collections, qui n’en sont pas à proprement parler puisque Kielman ne réalise en théorie que des souliers sur-mesures et à la commande, sont très convaincantes esthétiquement et proposent des modèles plutôt très fins pour des souliers réalisés en Europe de l’Est (où les formes sont, traditionnellement, plus massives).

Le site web, récemment amélioré, présente une galerie très fournie de souliers réalisés pour des clients et classés par types de couleur comme vous pouvez le voir ICI.

La maison est très réputée pour ses boots et ses modèles « wholecut » réalisés dans une seule pièce de cuir sans aucune couture. Il est, bien sûr, fortement conseillé de se rendre sur place pour une prise de mesures même si Kielman propose, sur son site web, une prise de mesure « autonome » à distance (qui nous laisse sceptique cependant)…

++ : Des souliers mesure, faits-main et de bonne facture à des tarifs imbattables, de beaux modèles fins et bien finis.

— : Obligation, selon nous, de se rendre sur place – au moins pour la première commande.

 

MARIO BEMER

Des débuts très prometteurs

Prix moyen : 780 euros

Mariobemer.com

 

Mario Bemer - PG Selection

 

Mario Bemer est le frère du regretté Stefano Bemer, qui restera dans les mémoires de beaucoup d’amateurs comme l’un des bottiers en grande mesure les plus doués de sa génération.

Après le décès soudain de ce dernier en 2012, la maison et la marque Bemer fut rachetée par la famille propriétaire de l’entreprise Scuola del Cuoio, une belle maison Florentine spécialisée dans la fabrication de maroquinerie haut de gamme (nous y reviendrons). A cette époque, Mario Bemer faisait partie de la nouvelle équipe avant de décider, dès la fin de 2013, de quitter la nouvelle entreprise et de voler de ses propres ailes en lançant sa maison de souliers, avec son prénom.

Organisée autour d’un atelier bespoke traditionnel situé dans le centre de Florence et animé par l’un des bottiers qui fut le compagnon d’armes de Stefano, la maison Mario Bemer propose également une ligne de prêt-à-porter intéressante et créative tant en termes de design que de qualité de fabrication.

Mario conçoit personnellement les souliers de sa maison, dessine et coupe les tiges lui-même dans son atelier/boutique de la jolie Via Maggio. Les tiges sont ensuite confiées à un petit atelier situé juste en dehors de Florence qui assemble les tiges et les semelles à la main (en cousu trépointe donc sur toutes les gammes). Tous les cuirs sont Italiens.

La gamme Mario Bemer en prêt-à-porter aime particulièrement jouer avec les couleurs et les matières et apporte quelques jolies innovations comme des éclats de gomme injectés depuis l’intérieur de la semelle conférant aux souliers une souplesse vraiment impressionnante ! (Il est en effet possible de plier les semelles en deux sans forcer, alors qu’il s’agit d’un montage en Goodyear).

Pour l’instant, trois formes assez classiques sont utilisées en prêt-à-porter. Nous avons eu, au Pitti Uomo, l’occasion de découvrir quelques modèles de la future collection 2016 dont certains modèles sont assez audacieux (comme le modèle en toile et en box calf jaune et blanc cassé…). Le bespoke, quant à lui, est de toute beauté (2400 euros + 350 euros pour la forme) et est réalisé par le grand Seiji Miyagawa, formé à Tokyo et qui fut le frère d’armes de Stefano pendant des années.

++ : Une belle gamme très créative et bien réalisée, des modèles très audacieux et à forte personnalité.

— : Un seul point de vente à ce jour (à Florence).

 

NORMAN VILALTA

Le chef de file des bottiers Catalans

Prix moyen : 850 euros

Normanvilalta.com

Norman Vilalta - PG Selection

Argentin d’origine et ayant fait ses classes à Florence, Norman Vilalta est LE bottier en grande mesure le plus réputé de Barcelone et l’une des étoiles montantes de la profession au niveau international depuis quelques années maintenant.

Cette réputation en plein essor n’est d’ailleurs pas, à notre sens, usurpée car Norman, au delà d’être évidemment un excellent bottier traditionnel, est aussi, et c’est plus rare, un formidable designer qui apporte incontestablement quelque chose de nouveau sur le marché.

Il fait partie, selon nous, de cette catégorie de bottiers rares qui, au delà de leur savoir-faire indéniable, ont su apporter une « patte », un style, un vent nouveau comme on su le faire avant lui, et dans des styles très différents, Pierre Corthay, Tony Gaziano ou Anthony Delos.

Ayant récemment enfin lancé deux lignes de prêt-à-porter, Vilalta séduit et surprend avec ses patronages originaux comme l’étonnante boot derby deux oeillets en tête de cette review qui fait partie de la collection « Savile Row Meets Rock’n Roll ». Dans cette même collection l’on trouve quelques OVNIS, comme ces derbys en cuir grainé montés sur d’épaisses semelles de gomme qui sont, par exemple, disponibles chez l’inévitable Leffot à New York ou chez Parlour à Séoul.

Chez PG nous aimons (vraiment) beaucoup le travail de Norman et prédisons un bel avenir à son prêt-à-porter fabriqué, comme il se doit, à Almansa (Albacete) et fini à la main dans son atelier de Barcelone. Les formes sont toutes issues des formes bespoke maison et les cuirs sont Français (Le Puy et Annonay). Pour un MTO, compter un surcoût d’environ 200 euros.

A noter l’ouverture prochaine (courant septembre) de la nouvelle boutique de la maison au coeur même de l’atelier à Barcelone. Un lieu qui devrait valoir le déplacement.

Il reste maintenant à Norman Vilalta à trouver les bons partenaires et les bons canaux de distribution, ce que nous lui souhaitons ardemment car son travail le mérite.

++ : Des souliers aux designs vraiment uniques, un mix « casual-chic » très réussi, une très belle qualité globale.

— : Une distribution encore confidentielle. Mais cela devrait vite s’améliorer.

 

PAOLO SCAFORA

Une belle maison Napolitaine, encore trop méconnue

Prix moyen : 900 euros

Paoloscaforanapoli.it

Paolo Scafora - PG Selection

Paolo Scafora est l’un de nos gros coups de coeur de l’année dernière mais aussi l’une de nos grosses frustrations car il reste toujours aussi difficile de trouver les produits de cette maison, dont tout le monde parle mais que peu de gens savent dénicher, nous y compris (sauf à aller sur place évidemment).

Pourtant nous avons eu la chance, l’année dernière, de dîner avec Paolo Scafora à Florence durant le Pitti et  avons eu de longues discussions avec lui à propos de son produit, de sa petite manufacture installée en banlieue de Naples (voir reportage sur le Style Forum ICI) et de sa vision du métier de bottier / chausseur.

Le seul « flou » concernait la distribution et comment il voyait le développement de sa marque. L’homme restait en effet plutôt évasif sur le sujet (ce qui est, au passage, une attitude typiquement napolitaine. Les napolitains adorent l’exclusivité et l’idée de ne pas être facile à dénicher).

Depuis, nous n’avons pas eu de nouvelles de Scafora et nous n’avons toujours pas vraiment compris la stratégie de cette maison. Ce n’est en effet pas avec les quelques commandes des membres des forums, les quelques voyages de Paolo à New York pour prendre les mesures de quelques clients et les quelques paires vendues chez Crossword à Bruxelles qu’une telle marque pourra se développer.

Mon avis est que Scafora dessine et fabrique des collections pour des maisons de luxe (j’ai souvenir d’avoir vu une « Scafora pour Gianfranco Ferré »), et que le développement de sa marque n’est pas une question prioritaire.

Les produits quant à eux, sont superbes avec, notamment, une magnifique maîtrise du cousu norvégien comme vous pouvez le constater ICI sur l’un des rares sites en ligne distribuant la marque. Une maison qui fait objectivement de très beaux souliers en bespoke, en MTO et en prêt-à-chausser et qui va, un jour ou l’autre, émerger avec une distribution digne de ce nom. Nous allons suivre cela de très près.

++ : Des souliers superbes en termes de design, de cuir et de finitions.

— : Une distribution quasi inexistante à ce jour.

 

SCARPE DI BIANCO

De très beaux souliers distribués principalement aux USA

Prix moyen : 900 euros

Scarpedibianco.com

Scarpe Di Bianco - PG Selection

Scarpe Di Bianco a été fondée en 2009 par Bill White, qui fut le patron du célèbre chausseur Sutor Mantellassi aux USA jusqu’en 2007, date à laquelle l’auguste maison de souliers italiens de luxe (fondée en 1912) fut cédée au fond d’investissement coréen E-Land.

Les produits Di Bianco sont fabriqués en Toscane, également par des anciens bottiers de Sutor.  Ceci étant clarifié, force est de constater que les collections maison sont absolument magnifiques et que Di Bianco a réussi à très vite s’imposer sur le marché américain avec une quarantaine de revendeurs et un site de vente en ligne très efficace.

Les  formes sont d’une belle élégance, très fines mais pas exagérément, les patronages sont très travaillés (et même un peu trop perforés par moments), les cuirs de belle qualité (surtout les grainés très réussis comme le brogue en tête de cet review) et les patines subtiles.

Le tout est proposé dans tous les types de construction : Blake rapid, Goodyear et Norvégien.

++ : Les formes, les patronages, le style. Des souliers objectivement splendides. Une utilisation des cuirs grainés à tomber !

— : Des chaussures quasi exclusivement destinées au marché Américain (que le fondateur connait évidemment très bien). Peut-être un développement en Europe dans le futur ?

 

AUBERCY

Le plus parisien des chausseurs de luxe

Prix moyen : 970 euros

Aubercy.com

Aubercy - Selection PG

Aubercy fait partie de ces maisons dont la notoriété et la réputation (mondiales) sont inversement proportionnelles à la taille de l’entreprise. Car cette célèbre maison qui est, à notre sens, l’un des plus dignes représentants du style parisien (ce mélange subtil de discrétion et de flamboyance), ne produit en réalité que quelques centaines de souliers chaque année. Mais quels souliers !

La force d’Aubercy, dont les souliers sont tous réalisés dans un atelier à Bologne dans lequel Aubercy possède sa propre ligne de production, son propre parc de formes et ses propres peausseries, c’est la variété de ses gammes allant des souliers les plus classiques (comme le formidable James, certainement l’un des Oxford les plus élégants sur le marché) aux plus audacieux (comme cet étonnant Crazy Lace, un wholecut au laçage en zig-zag ou ce Wallace, un ghillies deux oeillets).

La force d’Aubercy, c’est aussi la passion et la gentillesse communicatives de Xavier Aubercy, petit-fils du fondateur, qui représente à bien des égards, l’idée que l’on se fait chez PG du commerce de détail à l’ancienne : une vraie qualité d’écoute, une énergie débordante et surtout une passion évidente pour son métier.

A noter que les prix d’Aubercy n’ont pas augmenté depuis près de deux ans, avec un prêt-à-porter à partir de 950 euros, un MTO (où tout est, littéralement, possible) à 1450 euros et, évidemment, un bespoke traditionnel réalisé par le bottier maison à partir de 4600 euros.

Une belle maison, typiquement parisienne comme on n’en fait (presque) plus.

++ : Des souliers magnifiques, des gammes très complètes, un magasin principal bourré de charme, des prix stables depuis deux ans.

— : Peu de points faibles objectifs, peut-être des patronages parfois extrêmes (mais c’est très subjectif).

 

BONTONI

De beaux souliers de caractère, introuvables en Europe

Prix moyen : 980 euros

Bontoni.com

Bontoni - Selection PG

Quand je pense à Bontoni, je pense à des souliers vraiment à part. Je pense à des teintes vraiment étonnantes, rarement vues, même chez les « patineurs artistiques » les plus expérimentés.

Je pense à des patines d’équilibriste, qui savent rester discrètes avec un brin d’exubérance, je pense à des cuirs qui sentent bon et qui, d’ailleurs, ressemblent parfois à de la crème brulée ou à des croissants encore chauds. En fait j’ai du voir, en tout et pour tout, moins de cinq paires de Bontoni dans ma vie, car ces souliers si désirables sont en fait quasi uniquement destinés au marché américain (comme Scarpe Di Bianco).

Bontoni n’est donc pas distribué en Europe, sauf sur le site de la petite maison Shoes and Shirts aux Pays-Bas mais avec, sous chaque modèle, un bouton indiquant « request availability » (ce qui veut dire que même si Shoes and Shirt – dont la boutique physique est située à Maastricht, donc plus près de la Belgique que d’Amsterdam –  a le droit de vendre la marque, la disponibilité des modèles n’est pas garantie.)

Encore une marque Italienne quasiment introuvable et qui semble adorer se faire désirer. Mais qui est Bontoni ?

Créée en 2004 par un certain Franco Gazzani (dont le grand-père fut le patron de Valentini, l’un des plus importants chausseurs italiens des années 50), Bontoni est un tout petit atelier situé dans le sous-sol de la propre maison du fondateur, située à Montegranaro dans la région des Marches, et dans lequel officient sept ouvriers et le père de Franco.

L’un des secrets de fabrication de Bontoni, au delà de sa parfaite maîtrise, par exemple, du cousu norvégien, réside dans son approche de la couleur et des patines.

Là où certaines maisons se contentent en effet d’ajouter une teinte à un cuir déjà beige ou marron d’origine, Bontoni va (beaucoup) plus loin en créant ses couleurs en démarrant de zéro. Pour cela les artisans de Bontoni utilisent un fer chaud pour ouvrir les pores des cuirs blancs, peignent les souliers au pinceau, puis appliquent des couches successives d’un mélange de cires et de crèmes diverses tout au long d’un processus pouvant prendre jusqu’à deux semaines.

Et pour avoir eu la chance de voir quelque paires terminées, je peux vous garantir qu’il ne s’agit ni de folklore, ni de marketing tapageur… mais d’un splendide travail réalisé par des artisans vraiment différents.

Pour le reste il s’agit d’un très beau produit. Très Italien évidemment, mais avec un caractère unique. Chez PG on adore.

++ : Des souliers au caractère unique, des patines hallucinantes, un produit à part.

— : Quasiment introuvable sauf aux USA.

 

EDWARD GREEN

L’icône du soulier Anglais de luxe

Prix moyen : 1000 euros

Edwardgreen.com

Edward Green Malvern - Selection PG

Edward Green est une maison qui possède l’une des « fan-bases » les plus fidèles au monde. La marque est en effet adorée, voire adulée par certains qui n’hésitent pas à affirmer que EG est ce qui se fait de mieux au monde en prêt-à-porter en matière de qualité de construction, de propreté des finitions, et de sophistication en général.

Même si nous trouvons cette assertion, évidemment, un peu exagérée, nous sommes chez PG de grands fans d’EG, la maison de Northampton créée en 1890, relancée avec classe et brio par le célèbre (et regretté) John Hlustik dans les années 80 et brillamment dirigée depuis sa disparition en 2000, par sa compagne Hilary Freeman qui a su rester fidèle aux principes de qualité et d’intransigeance qui rendirent célèbre son mari et qui redonnèrent à Edward Green ses lettres de noblesse.

Pour la petite histoire, c’est Tony Gaziano, à l’époque transfuge de George Cleverley, qui dirigea le bespoke d’EG avant de créer sa propre maison.

Edward Green ne manque donc pas d’arguments pour satisfaire les clients les plus exigeants (et les plus anglophiles en termes de souliers)  : un parc de formes magnifique (dont certaines formes « pincées » particulièrement élégantes), une qualité de fabrication sans faille, des cuirs absolument irréprochables, des finitions impeccables (roulette, lisses rondes) et des méthodes de travail incluant beaucoup plus d’opérations manuelles que certaines maisons jouant « dans la même cour » (en termes de tarifs s’entend).

Fabriqués dans la banlieue de Northampton dans la « nouvelle » usine de la marque (l’ancienne ayant été rachetée par John Lobb en 1994) à raison de 350 paires par semaine, certains modèles EG sont ainsi devenus des classiques du soulier masculin haut de gamme comme le Chelsea, un Oxford d’un grand raffinement, le Malvern, le British brogue par excellence ou encore le discret Beaulieu, dont les coutures à double aiguille sont très appréciés des amateurs « d’understatement » britannique.

++ : Indiscutablement l’une des toutes meilleures maisons de souliers Britanniques, un choix très sûr.

— : Pas de points faibles, si vous aimez le soulier Anglais discret et raffiné.

 

STEFANO BEMER

Pour que la légende continue

Prix moyen : 1100 euros

Stefanobemersrl.com

Stefano Bemer - Selection PG

Après le décès du célèbre bottier éponyme durant l’été de 2012, et les tracasseries administratives qui accompagnent ce genre d’événement tragique (surtout en Italie), tout est revenu dans l’ordre chez Bemer, si tant est que cela soit possible après la disparition d’une telle personnalité.

Pour mémoire, Stefano, en dehors d’être un excellent bottier, était connu pour son légendaire franc-parler,  pour sa grande générosité et surtout pour sa passion à transmettre son métier à d’autres (Norman Vilalta, Justin Fitzpatrick et même l’acteur Daniel Day-Lewis).

La première bonne nouvelle c’est que les nouveaux propriétaires de Bemer, la très respectable maison Florentine d’articles en cuir et de maroquinerie Scuola Del Cuoio, ont décidé de prolonger l’oeuvre de Stefano dans ce domaine avec l’ouverture d’une école de bottiers, située au troisième étage du magnifique édifice (une ancienne église) qui abrite désormais toute l’entreprise Stefano Bemer (la boutique, l’atelier à proprement parler, le salon bespoke et les bureaux) dirigée par Tommaso Melani.

La deuxième bonne nouvelle c’est que le bespoke a été confié à l’un des bottiers japonais qui travaillait aux cotés de Stefano et est réalisé dans l’atelier maison.  Le prêt-à-porter et le MTO sont, quant à eux, désormais montés dans une petite usine de Ferrara (pas loin de la nouvelle usine de Berluti) et finis à la main chez Bemer à Florence.

Il s ‘agit donc d’une évolution significative pour la petite maison Florentine visant à se doter d’une capacité de production plus importante afin de faire passer la marque à la vitesse supérieure en termes de notoriété et de développement.

Le produit en prêt-à-porter reste un très beau produit, parfaitement réalisé (bench made Goodyear), méticuleusement fini et les designs sont, à ce jour, particulièrement fidèles au legs du grand Stefano dont notamment la gamme de Saddle Oxfords que nous aimons tant (surtout sur les belles formes J et JS).

Nous avons également un gros coup de coeur pour la collection de Monk Straps  simple boucle, qui est sans doute l’une des plus belles sur le marché.

++ : Des modèles magnifiques et raffinés, un belle cohérence esthétique.

— : Une inflation des tarifs assez conséquente.

 

GAZIANO & GIRLING

Une ascension irrésistible et méritée

Prix moyen : 1170 euros

Gazianogirling.com

Gaziano and Girling - Selection PG

Depuis sa création par Tony Gaziano and Dean Girling en 2006, deux bottiers-formiers ayant fait leurs armes chez les plus grands, la maison G&G est devenue, au fil des années, l’une des quelques maisons « stars » du marché du soulier très haut de gamme.

L’ouverture, l’année dernière, d’une toute nouvelle manufacture conçue « à la main » des deux bottiers ainsi que de leur première boutique à Londres au 39 Savile Row (excusez du peu), ont marqué le début d’une nouvelle ère pour la maison de Kettering : celle du développement et de la reconnaissance internationale pour une entreprise dont l’objectif initial était de donner un nouveau souffle au soulier Anglais avec des produits fabriqués dans les règles de l’art mais avec un « flair » incontestablement plus continental et plus sophistiqué.

Un pari que Gaziano and Girling a su gagner haut la main sans renier ses racines Britanniques mais en développant un style qui lui est propre.

Les collections sont toujours aussi belles dont, évidemment, la « fameuse » collection Deco que nous affectionnons particulièrement chez PG pour ses formes pincées très années 20 et ses lisses collées, ainsi que pour la gamme d’Oxfords « benchmade », l’une des plus belles et des plus diversifiées du marché.

Voir notre reportage complet sur l’usine G&G publié il y a quelques mois dans ces colonnes : La visite de Parisian Gentleman chez Gaziano and Girling.

Une belle maison, avec un potentiel de développement, à notre sens, encore énorme.

++ : Des souliers superbes, une belle personnalité, une fabrication excellente.

— : Pas vraiment de défauts à se mettre sous la dent ni sous la roulette…

 

JOHN LOBB

Une institution du beau soulier masculin

Prix moyen : 1200 euros

Johnlobb.com

John Lobb - Selection PG

John Lobb est la maison de souliers masculins de tous les superlatifs. C’est aussi l’une des seules maisons du domaine faisant vraiment l’unanimité parmi les amateurs et les connaisseurs ce qui, croyez-le bien, est une performance…

Créée en 1866 à Londres, installée à Paris depuis 1903 et rachetée par le Groupe Hermès en 1976, la maison Lobb introduit le prêt-à-chausser dès 1982 avant d’ouvrir sa manufacture en rachetant l’usine d’Edward Green à Northampton en 1994, où sont désormais fabriquées – à la main – les magnifiques collections Lobb dont de nombreux modèles sont directement inspirés des créations Bespoke de l’atelier de la Rue Mogador, sans doute le plus bel atelier de souliers sur mesure au monde.

Les collections regorgent de modèles classiques emblématiques – le double-boucle William, le Mocassin Lopez – ainsi que de créations plus contemporaines, comme le superbe modèle John Lobb 2014 (en tête de cet article), qui est la version  2014 du soulier que John Lobb fabrique traditionnellement chaque année pour fêter la Saint Crépin, le saint patron des bottiers et cordonniers (le 25 Octobre).

Les cuirs sont sans doute parmi les plus beaux et les plus qualitatifs du marché (merci Hermès) et la fabrication ne souffre d’aucun bémol.

La concrétisation de la notion « d’élégance intemporelle ». Un sommet du soulier masculin classique.

++ : Des souliers de grande classe, les plus beaux cuirs du marché, une vraie culture bottière.
— : Une inflation des prix.

 

CORTHAY

Un développement mondial et une nouvelle manufacture en France

Prix moyen : 1250 euros

Corthay.com

Corthay - Selection PGDire que Corthay connait, depuis quelques années maintenant, un développement mondial et que la marque est désormais entrée au Panthéon des « grandes » marques de souliers masculins de luxe relève désormais du doux euphémisme.

Sous l’impulsion de Xavier de Royère, ayant sauvé Corthay de la noyade en 2010, et de son équipe, la maison de la rue Volney n’en finit pas de progresser et d’affirmer, année après année, son style si particulier (et si reconnaissable) tout en délivrant chaque saison quelques nouveautés toujours bien senties et, surtout, toujours originales, dans la grande tradition de la maison et de son designer en chef, Pierre Corthay.

La nouvelle manufacture ouverte en 2014 à Beaupréau à côté de Cholet dans le Maine et Loire (avec, à la clé, plus de 25 emplois créés dans notre beau pays, il faut le souligner) a été une étape capitale pour Corthay qui délivre aujourd’hui des produits très constants en matière de qualité avec un niveau d’exigence désormais digne d’une marque de ce calibre.

Evidemment les souliers restent, esthétiquement, uniques au monde, comme la superbe version boucle de l’Arca (voir en tête de cet article) qui reste, et de loin, le soulier star de la maison ou comme les diverses variations autour du splendide Wilfrid ou du Vendôme, l’un des brogues les plus élégants du marché avec un wing tip placé très en avant de l’empeigne.

A noter également quelques nouveautés très audacieuses que Corthay aime appeler « expérimentations » comme l’utilisation du lin dans les collections d’été ou encore comme cet audacieux loafer, le Brighton présentant un languette arrière verticale.

Corthay va bien, c’est une évidence. Les ouvertures de boutiques en propre continuent à un rythme raisonnable mais constant (Pékin étant la dernière en date) et la marque est désormais distribuée dans tous les multi-marques « qui comptent » sur la planète souliers : Leffot, Isetan, Degand, Saks, Neiman Marcus, Brogue etc.

Une belle réussite « Made in France » et une marque qui devient un solide représentant du style et du savoir-faire français dans le monde entier.

++ : Des souliers à la personnalité unique, une qualité irréprochable, une belle manufacture en France.

— : Une inflation des tarifs (sans doute le prix à payer pour conserver un vrai « Made in France).

 

SAINT CRISPIN’S

Des souliers et une progression spectaculaires

Prix moyen : 1400 euros

Saintcrispins.com

Saint Crispin's - Selection PG

Une fois n’est pas coutume, la paire de Saint Crispin’s présentée en tête de cet article m’appartient et reste, à ce jour, l’une des plus belles paires de souliers de ma collection personnelle.

Entièrement fabriqués à la main dans une petite manufacture roumaine, les souliers Saint Crispin’s démontrent, s’il en était encore besoin, que la provenance d’un produit et son lieu de fabrication, ne constitue plus, de nos jours, un critère fiable pour juger de sa qualité.

Au vu du succès désormais mondial de la marque auprès d’un public de connaisseurs, par définition très exigeant, Saint Crispin’s est l’exemple éclatant de l’obsolescence de telles croyances dans un monde de plus en plus globalisé et dans lequel on trouve de bons artisans et d’excellents savoir-faire sur la planète entière.

En ce sens, Saint Crispin’s, et son infatigable patron Phillip Car, auront été des pionniers pour montrer que la qualité d’un produit fabriqué en Europe de l’Est pouvait, très largement, concurrencer celle d’un produit fabriqué en Italie (et a fortiori en France) et pour prouver que le patriotisme industriel n’existe que dans les rêves de certains politiques et quasiment pas dans la tête des consommateurs.

C’est sans doute regrettable pour nos industries, mais il en est ainsi (une maison comme Corthay prouvant, par ailleurs, qu’avec beaucoup de détermination, il reste possible de réussir en France, mais c’est un autre sujet).

Depuis quelques années Saint Crispin’s connait un gros succès et son offre s’est considérablement élargie avec, désormais,  :

– Un prêt-à-porter distribué dans d’excellents points de vente de souliers dans le monde entier et un MTO (toujours offert sans supplément de prix !),

– Un Made-to-Measure (MTM) sur formes existantes modifiables : vous choisissez votre forme et Saint Crispin’s ajoute des morceaux de liège pour l’adapter à vos pieds, c’est le coeur de l’offre maison. Si votre pied demande que la forme soit également creusée par endroits  (et pas seulement augmentée), un petit supplément de prix vous sera demandé.

– Un bespoke traditionnel avec forme personnelle.

Les modèles sortant de cette maison sont tous généralement magnifiques avec une mention spéciale pour la gamme d’Oxfords, dont les modèles avec wing tips courbes et bien sûr pour les gammes de boots, toujours aussi spectaculaires.

++ : Du très beau travail, des souliers intégralement fait-main et un style maison en pleine progression.

— : Des prix qui ont tendance à augmenter assez vite, mais c’est la loi du marché…

 

BOCACHE E SALVUCCI

Le sur-mesure (presque) accessible

Prix moyen : 1500 euros

Bocachesalvucci.com

Bocache e Salvucci - Selection PG

Bocache et Salvucci est une petite maison Romaine qui s’est donné pour objectif de proposer de vrais souliers sur-mesure à des tarifs « accessibles » (pour ce type de prestation haut de gamme). Fondée par Gianluca Bocache, cette maison s’est fait connaître dans le sillage de la maison Ripense à Rome avec laquelle elle a collaboré à une époque.

Nous avons eu l’occasion de voir bon nombre de souliers B&S portés par certains de nos amis, et le jugement semble unanime : au delà de l’esthétique indéniable de ces souliers fabriqués à Rome, le confort est, de l’avis de tous, excellent et la construction très honorable (tous les types de montage sont utilisés, Goodyear, Blake et Bolognais).

Nous allons consacrer un article plus complet à cette maison atypique (dont notre contributeur Paul-Lux est un fidèle client) dans les mois qui viennent, mais si vous êtes des passionnés de souliers et que vous avez l’occasion de passer par Rome, il semblerait qu’il s’agisse d’une adresse à ne pas manquer…

A noter que Gianluca Bocache se déplace très souvent à l’étranger pour prendre les mesures de ses clients. Tenez vous donc au courant de ses voyages, cela pourra vous éviter un déplacement en Italie.

++ : De beaux designs, des souliers sur-mesure à des tarifs accessibles.

— : Une distribution, par définition, très limitée.

 

BERLUTI

Je t’aime, moi non plus

Prix moyen : 1600 euros

Berluti.com

Berluti - Selection PG

Comme nous l’écrivions en 2014, Berluti est, sans aucune contestation possible, la marque de souliers déchainant le plus les passions, les commentaires, les diatribes autant que les panégyriques et les débats, souvent houleux, entre supporters et détracteurs de la maison dont le fabuleux quartier général se situe désormais rue de Sèvres (en lieu et place de l’ancienne boutique Arnys).

Les souliers Berluti, qu’on le veuille ou non, génèrent et véhiculent en effet une dimension émotionnelle que l’on ne retrouve nulle part ailleurs et qui, pour beaucoup, transcendent leurs éventuels problèmes de fragilité.

Devenue célèbre sous l’impulsion de l’inénarrable Olga qui a littéralement ré-inventé le marché du soulier masculin haut de gamme avec l’introduction, dans les années 80, de formes, de patronages et de patines jamais vus à l’époque, la maison Berluti offre une gamme de souliers, fabriquée dans la nouvelle usine maison située à Ferrara dans le nord de l’Italie, à la personnalité unique (et immédiatement reconnaissable), aux patronages superbes et au style extrêmement raffiné.

Depuis quelques saisons, le directeur artistique maison, Alessandro Sartori s’est clairement fixé pour mission de faire bouger les lignes de la marque vers un univers de plus en plus « casual-chic » avec la mise en avant de collections clairement décontractées (voir les gammes dites « informelles en pleine expansion).

En dehors de toute autre considération, le loafer Warhol (en tête de cet article) et le one-cut Alessandro devraient faire partie de la collection de n’importe quel amateur de beaux souliers.

++ : Une personnalité unique, des patronages et des patines exceptionnels.

— : Des souliers qui ne se portent pas n’importe quand ni n’importe comment, des tarifs qui s’envolent.

— — —

Deux autres maisons sont en cours d’évaluation pour intégrer cette sélection et feront, normalement, l’objet d’une mise à jour : il s’agit de Sutor Mantellassi et de Ducal.

– Sutor Mantellassi, propriété du groupe coréen E-Land, s’est en effet lancée dans une gigantesque entreprise de reconquête de son lustre d’antan (dont Scarpe Di Bianco à su profiter, mais c’est un autre sujet) avec un marketing vantant ad nauseam l’héritage de la maison et faisant appel à des « créateurs » pour ses nouveaux modèles (comme Scott Schuman, dont nous savions qu’il était un excellent photographe mais pas un designer de chaussures).

Dans cette véritable orgie marketing, il nous reste à séparer le bon grain de l’ivraie et surtout tenter d’y voir plus clair sur la qualité actuelle et le rapport qualité-prix des chaussures de cette maison que nous avons tant aimée.

sutor_mantellassi_1

– Quant à Ducal, (à ne surtout pas confondre avec Doucal’s) cette petite maison Florentine dont les produits ont tapé dans l’oeil de tous les visiteurs lors de l’avant-dernier Pitti Uomo, votre serviteur y compris, nous manquons à ce jour d’informations précises quant aux tarifs et à la distribution. Nous sommes en train d’enquêter sur le sujet. Mais quels souliers !

Ducal-Firenze

Et pour être tout à fait complets, nous souhaitons saluer ici trois initiatives sur lesquelles nous gardons un oeil attentif :

– Notre ami Paulus Bolten, l’un des patineurs artistiques les plus célèbres de Paris qui s’est lancé dans l’entreprise un peu folle de concevoir et de distribuer une (toute) petite collection de souliers eux aussi un peu fous, mais dont certains méritent vraiment le coup d’oeil.

Paulus Bolten

– Le jeune français Allan Baudoin, qui commence à faire parler de lui à Londres avec ses très beaux souliers sur mesure et surtout cette formidable petite gamme de Slippers que tout le monde devrait s’arracher !

Sagan+Tri-Pack

– La toute jeune marque française Mauban, fondée par un ex-futur haut fonctionnaire, Edouard Quinchon (ayant, selon ses propres termes « quitté la voie royale des cabinets ministériels ») et qui s’est fixée pour ambition de proposer un produit de grande qualité 100% français. Sa bottine Balmoral est, déjà,  très réussie.

Mauban - PG