Enzo Bonafè : un grand nom, méconnu, du soulier masculin

Hugo JACOMET

Enzo Bonafè : un grand nom, méconnu, du soulier masculin

La semaine dernière, nous avons rendu visite à Enzo Bonafè et à son équipe à Bologne pour les besoins de mon livre « The Italian Gentleman », dans lequel je prévois de consacrer un chapitre à cette petite maison artisanale de fabrication de beaux souliers, dirigée par un artisan hors pair et injustement méconnu du grand public.

Et il se trouve que visiter l’atelier Bonafè pour un passionné de souliers comme votre serviteur, ce n’est pas seulement voir une énième manufacture de beaux souliers (et Dieu sait si je commence à en avoir visité quelques-unes parmi les plus belles et les plus respectées au monde). Ce n’est pas non plus « simplement » admirer de beaux gestes techniques comme le cousu-trépointe ou le cousu norvégien effectués, chez Bonafè, par des artisans maîtrisant, à l’évidence, leur discipline à la perfection.

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Visiter Bonafè est une expérience différente et, à bien des égards, étonnante pour ne pas dire émouvante. Le type d’expérience que l’on oublie pas et qui vous donne à réfléchir sur le monde qui vous entoure et surtout sur son évolution.

Lors de mes conférences, ou de mes prises de parole en public, j’ai pris l’habitude depuis quelques années de toujours commencer ou terminer mon propos en expliquant que dans ce 21ème siècle de plus en plus dématérialisé et périssable, je fais partie de ceux qui croient encore à un futur « fabriqué à la main ». Ou, pour le dire autrement, que je pense que l’artisanat, le vrai, apporte à l’humain moderne cette épaisseur temporelle , cette recherche de substance et cette tentative, vaine mais tellement importante, de conjuration de l’obsolescence des choses…

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Dans l’avant-propos de mon livre « The Parisian Gentleman » (à paraître mi-octobre en version anglaise chez Thames and Hudson et début novembre en version française chez Intervalles), mon ami G. Bruce Boyer écrit : « Si la technologie nous pousse vers un monde que nous ne pouvons même pas encore imaginer, le monde de l’artisanat, lui, nous apporte une sorte de refuge, un espace de repos et de sérénité où l’on peut se ressourcer. »

L’atelier Bonafè à Bologne, c’est exactement ce que Bruce décrit : un refuge, un espace littéralement « hors du temps » dans lequel il fait bon vivre, au moins pour quelques heures, malgré le bruit, la sueur et la poussière ambiants. Car ici, si l’on fait abstraction de quelques ordinateurs dans le bureau situé à l’entrée de l’entreprise, je ne pense pas que beaucoup de choses aient vraiment changées depuis 1963, la date de création de l’atelier. Les gestes, l’ambiance, les odeurs, les bruits et l’impression visuelle générale sont sans doute à peu près les mêmes que dans les années 60.

Bonafè est donc l’un de ces rares endroits où la technologie n’est donc, en somme, pas encore tout à fait entrée (malgré quelques Iphones aperçus ici et là dans quelques poches) et où la notion « d’artisanat » n’est pas galvaudée comme elle l’est si souvent de nos jours par le marketing moderne ou par des entreprises mettant littéralement en scène leur soi-disant artisanat pour vendre du plastique au prix de l’or fin.

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Et pour parfaire le tableau, chez Bonafè on est en Italie. Et en Italie tout est une affaire de famille (pour le meilleur et pour le pire).

Aux commandes de l’entreprise l’on trouve donc Enzo, l’âme de la maison et l’un des grands maîtres de la profession, sa femme Guerrina, en charge des patronages (pas de modéliste chez Bonafè donc), ses enfants Silvia et Massimo, et le gendre d’Enzo, Roberto. Dans la maison l’on trouve également une fratrie, des cousins, des beaux frères et des oncles. Tout le monde chez Bonafè possède donc un membre de sa famille, proche ou éloignée, ce donne à la maison une identité très particulière.

Lors de notre « review » récente de Bonafè dans notre sélection PG des souliers 2015-2016 (voir ICI) nous déplorions la qualité moyenne du site internet et surtout des photos qui ne rendaient en aucun cas grâce au magnifique travail réalisé dans l’atelier de Bologne.

Lors de notre entretien avec Enzo et Massimo, ils nous ont montré le tout premier montage d’un joli petit film qui allait devenir l’épine dorsale du nouveau site internet de la maison, qui est donc, et c’est heureux, en cours de rénovation.

Lorsque nous avons visionné ce film, nous avons immédiatement demandé aux Bonafè de nous faire une faveur en nous permettant de le diffuser sur PG en premier, avant même la mise en ligne de leur nouveau site.

Pour tout vous dire, je ne suis pas un grand amateur des films de « gestes  » (qui pullulent sur le marché) et j’ai souvent tendance à m’ennuyer fermement devant des images ralenties de gestes artisanaux plus ou moins authentiques et devant des sourires d’artisans souvent artificiels (les sourires, pas les artisans, c’est bien là le problème).

Mais pour une fois non seulement je ne me suis pas ennuyé devant cet agréable petit film de 5 minutes, mais en outre j’ai trouvé qu’il rendait vraiment bien l’ambiance maison (les t-shirts mis à part) et la qualité ahurissante du travail réalisé par cet atelier que, chez PG, nous adorons.

Nous sommes donc fiers et heureux de vous faire découvrir, en exclusivité sur Parisian Gentleman, le nouveau film de la maison Bonafè, un grand nom du soulier masculin.

 

Jean Cocteau avait pour habitude de dire que les Français étaient des Italiens tristes. En sortant de chez Bonafè, la semaine dernière, j’étais un Français joyeux.

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 Toutes les photos de cet article © Skoaktiebolaget

Voir les adresses des revendeurs Bonafè ICI

Adresse : Enzo Bonafè s.r.l., Via Pollastri, 4. 40138 Bologna (BO)

Téléphone : +39 051 6012992