Seriez-vous atteint
du syndrome
de l'obsession
sartoriale ?

Dr John SLAMSON

Seriez-vous atteint du syndrome de l’obsession sartoriale ?

Ça a commencé avec les revers.

Tout allait bien. Vous aviez des revers de 8cm de large et cela vous convenait. Sauf que, tout d’un coup, cela ne va plus du tout. Il vous faut des revers de 9,5 cm. Vous vous méprisez pour votre péché d’étroitesse, pour vous être contenté de si peu. Quand il vous arrive de mettre votre vieux costume bleu (acheté il a six mois), celui avec les revers qui ne sont certes pas étroits mais pas non plus vraiment assez larges, vous avez honte. Il est semi-entoilé, marine, avec une jolie coupe, juste comme il faut à la taille, mais franchement, ces revers…

Et puis, la contagion s’étend.

La trépointe de vos souliers devient vitale. Déjà, vous savez ce qu’est une trépointe. Et vous dites « soulier » au lieu de « chaussure ». Vous n’avez jamais pratiqué la semelle collée et les bouts pointus, mais cela ne suffit pas : il vous faut éliminer radicalement de votre réserve toutes les paires dont la construction ne respecte pas vos exigences désormais britanniques. Lyman Reed Blake devient l’objet d’un profond mépris proportionnel à votre dévotion envers Charles Goodyear, Jr.

Il vous devient impossible de sortir avec vos double-boucles en veau velours dont le seul défaut est une construction en Blake (ce qui, au passage, n’est pas forcément un défaut car le très bon Blake existe aussi, mais c’est un autre sujet à part entière). Vous ressentez presque le besoin de vous excuser auprès des gens dans la rue. Mais eux, ils s’en moquent profondément, bien sûr, car ils ne savent même pas de quoi vous parlez…

Il va sans dire que vous avez toujours laissé dépasser un centimètres ou deux de votre chemise au bout de votre manche. Mais il vous faut désormais une boutonnière fonctionnelle. C’est quand même le moins qu’on puisse demander à une boutonnière.  Quel mépris vous avez pour vos propres manches avec une fausse boutonnière.

Et les épaules… Si elles se contentent d’être propres et nettes, c’est parfaitement insuffisant. Elles peuvent même être élégantes que vous n’en serez pas satisfait pour autant. Ce que vous voulez, c’est qu’elles possèdent une carte d’identité et un livret de famille napolitain en bonne et due forme — les petites vaguelettes verticales, l’enveloppement a camicia de vos acromions et deltoïdes. Une autre épaule est impensable, banale, médiocre, conservatrice même. Peu importe, votre choix est fait.

Radicalisation sartoriale

L’examen de votre garde-robe s’approfondit, votre œil perçant ne cesse d’en repérer les défauts. Qui sont nombreux. Vous êtes attristé par tout ce qui n’est pas fait main. Un lourd soupçon pèse sur tout ce qui n’est pas Made in France, Italy, Savile Row ou Northampton.

Et vous savez parfaitement ce qui vous attend au tournant. Bientôt, il vous faudra du vintage. Attention, pas du vintage qui ressemble à ce qui se faisait avant, non, non, non. Du vrai. Du vintage qui a été porté par quelqu’un d’autre il y a soixante ans. Et vous savez que ce sera un smoking. Et puis des pantalons à taille très très haute avec des largeurs de jambe éléphantesques qui auront besoin des rafistolages de retoucheurs de talent.

Votre désarroi atteint désormais un point critique. Vous devenez savant sur des questions dont la plupart des gens ne connaissent même pas l’existence. Essayez d’exprimer une opinion en public sur ces sujets et les gens qui ne garderont pas la bouche ouverte et l’œil atone échangeront des regards aussi subreptices qu’éloquents. Vous n’êtes plus le même. Vous êtes devenu maniaque.

diagnostic sartorial

Seriez-vous snob ? Addict au luxe ? Pire. Vous voulez la perfection. Vous savez qu’elle existe. Le point de non retour est atteint.

Ne parlons pas de vos tenues décontractées… elles sont devenues aussi exigeantes que le reste. Du denim selvedge brut ! Du lin surchoix ! Il vous faudrait des vacances vestimentaires, mon cher — sur une plage, presque tout nu !! Peut-être des vacances mentales, aussi.

Vous pensiez que cela ne pouvait pas vous arriver. Pas avec votre esprit rationnel.

La main tremblante, vous passez en revue les rangées de vestes aux motifs les plus fous, vous compulsez les liasses de tissus comme s’il s’agissait de volumes de la Pléiade, vous cliquez sur tous les blogs qui partagent vos obsessions. Soudain, le poids du coton vous importe. Une pulsion irrésistible s’est emparé de vous. Oui, B.B. King a raison : « It’s not a good life, but it’s my life ».

croquis sartoriaux

Vous n’êtes pas bon à enfermer, mais quand même, le diagnostic est sévère : vous souffrez d’obsessions concernant la finesse des fils de coton, les revers de pantalons et les revers de veste. C’est déjà assez lourd.

Bref, vous êtes entrés dans le monde de l’obsession sartoriale. Welcome home, gentlemen.

Voir aussi :

Une bonne éducation sartoriale peut changer votre vie

— — —

Image d’ouverture : Ricky Carlo Instagram

Tous les dessins (hilarants) : Croquis Sartoriaux

John Slamson Tumblr