Paraboot
une histoire française

Dr John SLAMSON

Paraboot une histoire française

La marque Paraboot naît à Izeaux, village de l’Isère doté d’une vingtaine de manufactures de chaussures (pour un aperçu historique sur le village, voir ici).

Rémy-Alexis Richard, issu d’une famille paysanne, est ouvrier-coupeur chez Chevron, manufacture fondée en 1876 et qui sera la première du village à organiser la production en combinant atelier et travail à domicile, étendant ainsi son activité à plus de cinquante employés.

En 1908, Rémy Richard prend la décision de se mettre à son compte en devenant agent commercial pour proposer à la ville les souliers fabriqués dans son village. Son alliance par mariage avec la famille Ponvert lui procure des moyens financiers qui vont permettre le développement de son entreprise sous le nom Richard-Ponvert à partir de 1910.

La production tente de répondre à la fois à la demande parisienne de souliers raffinés et de brodequins de travail cloutés à semelles en bois ou en cuir (ce sera la marque Galibier, déposée en 1922). Quand Rémy Richard s’embarque pour les Etats-Unis en 1926, il découvre les boots faites en caoutchouc. Il a alors l’idée d’allier cuir et gomme pour réaliser des souliers les plus résistants possibles à destination des travailleurs et habitants de la campagne.

Para, au nord du Brésil, dans l’estuaire de l’Amazone, est le lieu de la fabrication et de l’exportation du latex. Para-boot : tout est dans le nom et dès l’origine, l’identité workwear et outdoor de la marque est bien établie. En développant l’alliance d’une tige en cuir dotée d’une semelle gomme (semelle fine cousue puis augmentée d’une épaisseur de gomme supplémentaire), l’identité technique de la marque s’est imposée même si la production de souliers à semelles de cuir continue.

C’est à partir de 1945 que sont créés les modèles Michael et Morzine qui font encore partie du catalogue maison (voir ci-dessous). La marque Galibier, quant à elle, se développe autour du soulier de montagne, de ski et de randonnée.

Paraboot Morzine

Paraboot Michael

Après une période dorée, la période 1979-1983 est celle des restructurations et du dépôt de bilan… Paraboot est sauvé in extremis par des commandes italiennes et le renouveau de la marque s’organise autour de son modèle emblématique, la Michael. À partir de 1987, Paraboot ouvre ses propres points de vente et retrouve une santé économique qui lui permet d’aborder sereinement le renouveau d’intérêt pour la fabrication et la tradition artisanale françaises.

La collection de Paraboot pour homme s’articule essentiellement autour de deux lignes très différentes.

Il existe d’une part, les modèles emblématiques de l’histoire de la maison, comme les nombreuses bottines et les modèles Michael, Avignon, Rousseau, Sévigné, Chambord, Morzine qui illustrent la tradition privilégiant le travail du cuir et la solidité rustique.

Paraboot Avignon

Paraboot Chambord Cordovan

Paraboot outdoor boots

Ces modèles reposent essentiellement sur des semelles gommes, du cousu norvégien et des patronages solides, agrémentés de variations (cuir grainé, vernis, boucles, etc.). Les modèles Michael et Morzine se caractérisent par un cousu norvégien, c’est-à-dire une trépointe en double piqûre garantissant une étanchéité et une robustesse maximales, surtout augmentée d’un garnissage en liège pour le confort. C’est évidemment une couture ultra-résistante mais voyante et qui ne prétend pas à la finesse.

D’autre part, il existe une collection plus urbaine avec les modèles Vivaldi (double boucle et bout droit lisse), Brahms (richelieu avec perforations), Oscar (richelieu à bout droit lisse), Harmonie (richelieu one-cut), Schubert (derby à bout droit lisse) qui sont dotés de semelles cuirs et font partie des souliers classiques.

Paraboot Vivaldi

 

Paraboot Brahms

Paraboot Oscar

Paraboot symphonie

Certains patronages manquent parfois, à notre avis, d’un tout petit peu de finesse mais ils témoignent tout de même d’une légère inflexion de la marque vers des souliers plus habillés et un certain goût pour un travail de la couleur.

De fait, nous avons testé les Vivaldi en couleur chêne et elles s’avèrent tout à fait adaptées à des costumes et tenues chics, surtout avec un glaçage sur le bout droit lisse. La rigidité du cuir nécessite de les porter suffisamment pour en casser la raideur mais c’est un gage de durabilité et d’aptitude à se patiner naturellement.

John Vivaldi Paraboot

John Slamson Paraboot : Dalcuore

La qualité des cuirs est de toute évidence au cœur de l’identité de Paraboot qui propose désormais des modèles en shell cordovan (voir l’image en-tête de cet article) qui s’ajoutent à la palette de cuirs gras, grainé, veau velours, etc. On remarque d’ailleurs de nouveaux modèles en cordovan, en particulier une bottine aux lignes plus affinées. On a également vu apparaître un derby à bout golf fleuri doté d’un joli bout légèrement carré — même si les garants descendent un peu bas à notre avis. La collection d’été propose aussi des mocassins en veau-velours assez discrets.

Bottine Paraboot

Richelieu Paraboot

Avec le développement d’une nouvelle boutique à Osaka et d’une nouvelle usine pour rassembler les deux anciennes, on ne peut qu’appeler de nos voeux un dynamisme accru de Paraboot vers des modèles plus contemporains.

C’est toute la problématique, complexe, du renouvellement d’une image qui se pose de manière d’autant plus aigüe pour une marque à l’identité aussi bien définie.

Entretien avec Pierre Colin, directeur marketing et communication

Paraboot possède une image associée à des modèles robustes, comme le célèbre Michael ou la Avignon…

Nous sommes une vieille maison et notre image est associée à certains modèles, notamment avec semelle gomme et cousu norvégien. Pourtant, j’ai pu vérifier que nous produisons des semelles cuir depuis les années 1920… Selon la légende, ce serait lors d’un dîner entre Eugène Blanchard de Weston et Rémy Richard de Paraboot qu’ils auraient décidé de se partager le soulier français : semelle cuir pour l’un, semelle gomme pour l’autre !

On ne modifie pas son image en un claquement de doigt. Nous avons des produits plus légers et plus casual, mais aussi des modèles habillés. Malheureusement, nous ne sommes pas encore reconnu sur ce créneau. Nous aimerions parfois nous démarquer de ces modèles qui font pourtant notre image de marque… Et en même temps, la gomme est inscrite dans notre nom et l’histoire de notre entreprise.

Quelle est l’évolution actuelle de Paraboot?

Nous essayons de diversifier notre offre avec des modèles habillés, comme le Brahms, le Oscar, et avec des nouveaux produits en cuir cordovan. Nous essayons aussi de conserver notre identité sur ces souliers. Nous proposons du cousu Goodyear, et même maintenant du Blake, des patines… Sur certains modèles, au lieu de travailler sur du cuir fini, on repatine sur forme comme pour le modèle Oscar.

Nous n’en sommes cependant pas encore au stade d’une personnalisation ou un service de patine : c’est un travail de bottier et si tout cela est l’objet d’une réflexion, nous ne voulons pas, pour l’instant, nous précipiter et proposer des services mal maîtrisés. Nous préférons nous appliquer à faire ce que nous faisons le mieux, c’est-à-dire le travail d’un beau cuir. Et puis nous travaillons sur les patronages, avec des lisses plus fines, des semelles mixtes… Il y a un vrai renouveau de la marque autour de modèles plus habillés et plus fins.

Quelle est la part du fait-main dans vos souliers?

Il y a 150 opérations manuelles sur chaque paire de souliers Parabbot. En même temps, nous sommes en quelque sorte des artisans industrialisés : c’est un ouvrier qui guide la machine, nous ne piquons pas nos trépointes à la main… Mais nous avons plus de 100 ouvriers qui travaillent dans notre usine de l’Isère.

Paraboot-atelier

Paraboot atelier 2

La qualité des cuirs est la point fort de Paraboot : quels types de cuirs utilisez-vous?

A plus de 80%, ce sont des cuirs français. Nous avons un peu de cuir italien plus fin pour les souliers féminins. Une faible part est importée : essentiellement le cordovan de chez Horween. Il est utilisé sur le modèle Symphonie, sur notre bottine à bout droit en cousu norvégien (avec semelle mixte, gomme et cuir) et sur un mocassin à barrette classique. C’est un cuir pour public averti. Techniquement, il ne se monte pas sur toutes les formes sous peine de se fendre. Il faut savoir l’utiliser.

Qualitativement, comment vous situez-vous par rapport à des marques comme J.M. Weston ou Heschung ?

Par rapport à Weston, techniquement, je pense que nous sommes au même niveau. La qualité des cuirs est comparable. Heschung fabriquait pour Paraboot dans les années 1970-80, donc là aussi, nous sommes sur la même qualité et la même technicité. La différence se fait sur les finitions, l’emballage, la présentation. Chez Paraboot, nous privilégions le prix et la qualité. Il est vrai que nous pourrions davantage soigner l’écrin, l’enrobage et plus mettre en valeur nos souliers. C’est du reste l’objet de notre travail actuel qui comprend un renouvellement des emballages, de la décoration et de l’image en général.

Quels mariages sartoriaux imaginez vous pour votre ligne la plus robuste (semelles gomme, double semelle) ?

On fait un peu le grand écart. Vous avez bien sûr le look du bon père de famille en velours et en tweed, quelque chose de très gentleman farmer… et puis, depuis quelques temps, les hipsters se sont mis à renouveler les possibilités vestimentaires. C’est venu du Japon et de l’Italie — le Pitti, évidemment — et vous voyez maintenant nos modèles portés sans chaussettes, avec des ourlets très haut, etc.

Paraboot est une entreprise fondée sur le made in France

Oui, mais ce n’est pas le fer de lance de notre communication.

Ce n’est pas toujours facile de travailler en France. On essaie de préserver cela mais c’est la qualité qui prime, pas la localisation. Un sondage d’il y a une dizaine d’années montrait que le made in France n’était pas un facteur très important pour la clientèle, mais il est vrai que c’était avant que ce thème ne devienne un argument aux tonalités politiques.

A ce sujet, je tiens à signaler que nous avons ouvert une nouvelle usine, plus moderne, ergonomique et efficace qui nous a permis de regrouper notre activité sur un seul site à Saint-Jean-de-Moirans en Isère.

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Voir le site officiel de Paraboot

John Slamson Tumblr

Voir également le site de notre ami Quentin Planchenault, responsable de la boutique Paraboot 129bis rue de la Pompe (ça ne s’invente pas) à Paris et – de loin – le meilleur ambassadeur de la marque en France. Nous vous conseillons d’ailleurs vivement d’aller lui rendre visite car c’est un jeune homme très passionné et très accueillant avec qui vous aurez sans doute beaucoup de choses à partager.

Voir aussi :

Des souliers et des hommes