PG en 2017 : témoignages de lecteurs

Hugo JACOMET

PG en 2017 : témoignages de lecteurs

Gentlemen,

depuis l’origine de PG, nous recevons chaque année, et plus particulièrement durant la période de fêtes, de nombreux témoignages de sympathie ainsi que de nombreux messages nous expliquant l’impact que notre travail a pu avoir, durant toutes ces années, sur le mode de vie d’un grand nombre d’entre vous.

Inutile de vous dire la joie et la fierté que ces échanges épistolaires nous procurent, car ils nous montrent combien le sujet que nous traitons depuis bientôt dix ans dans ces colonnes – nous fêterons notre neuvième anniversaire le mois prochain et entrerons donc de plain pied dans notre dixième année d’existence – va bien au delà du vêtement et de l’élégance classique.

Comme je l’écrivais déjà en 2012 dans un article intitulé “de l’Esprit de Parisian Gentleman”, PG continue donc à tracer son sillon avec l’idée que l’élégance des hommes ne se résume pas à leurs vêtements et qu’un média comme le nôtre doit continuer de s’imposer à lui-même exigence, excellence, mais aussi consistance des propos et mise en perspective permanente du sujet qui nous passionne dans ces colonnes. Car si l’élégance masculine se résumait à la simple connaissance d’un catalogue plus ou moins raisonné de coupes et de tissus, cela ne serait que fort peu intéressant, avouons le.

Notre sujet, l’élégance masculine, n’est pas un sujet futile ni même accessoire et ne peut pas être correctement abordé sans un effort réel de mise en abyme avec le monde qui nous entoure.

Par malheur, pour qui veut éviter d’abord présomption et ironie, l’élégance apparaît vite comme un formidable objet paradoxal : elle signifie le soin mais aussi la désinvolture, le rigide mais aussi le gracieux, la justesse mais aussi le flou, le sobre mais aussi le fleuri, la pudeur mais aussi l’effet, l’attribut mais aussi l’acte.

Nous traitons donc dans ces colonnes, d’une catégorie apparemment bien hétérogène, où interfèrent l’agrément, la socialité, l’esthétique, la technique et, à certains égards, la morale.

Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, nous avons le plaisir de publier in extenso trois lettres reçues cette année de trois lecteurs aux profils très différents qui nous semblent particulièrement dignes d’attention et qui nous confortent dans l’idée que PG, ainsi que notre chaine YouTube “Discussions Sartoriales“, ont plus que jamais un rôle important à jouer dans le débat sartorial mais aussi, peut-être, dans un débat d’idées plus global au sein du monde dans lequel nous évoluons.

Si vous aussi avez un témoignage à partager en tant que lecteur de PG (ou abonné de notre chaine YouTube), n’hésitez surtout pas de le faire en commentaire de cet article.

LETTRE 1 (reçue le 19 Décembre 2017)

Très cher Hugo (j’espère que cela ne vous offusque pas que je vous appelle ainsi),

Si je prends aujourd’hui ma plume (numérique, j’aurais voulu sortir ma vraie plume et vous écrire une vraie lettre mais sans votre adresse, impossible), c’est pour vous adresser un message de remerciements et de reconnaissance.

Il y a quelques années de cela, encore un peu jeune j’imagine pour m’intéresser à la chose sartoriale et surtout pour avoir une crédibilité vestimentaire de gentleman, j’ai rencontré celui qui allait devenir un ami très cher et qui très rapidement, voyant tout de même ma sensibilité sartoriale m’a chuchoté le nom de Parisian Gentleman.

C’est ce jour précisément que ma vie a changé et croyez moi cher Hugo je pèse mes mots en disant cela (si vous avez le courage de lire cette lettre jusqu’au bout vous comprendrez pourquoi).

Depuis ce jour, je suis un lecteur assidu et passionné de tous vos contenus. Cela a commencé par le magique film « La beauté du geste » (déclencheur de beaucoup de choses chez moi), puis c’est passé à la lecture quotidienne de Parisian Gentleman (quand il n’y a pas de nouvel article, il y a toujours les anciens), et enfin tout récemment, je suis venu avec cet ami cher dont je vous parlais à la soirée de lancement de votre dernier ouvrage, The Italian Gentleman, que j’ai bien entendu dévoré, en compagnie de son grand frère Parisian Gentleman que je me suis empressé de dénicher le lendemain de la soirée au Printemps.

Entre temps, j’ai découvert aussi les joies d’Instagram et si j’avoue me délecter des photos du Pitti ou des immaculés souliers de Yohei Fukuda, c’est vos publications que je guette toujours d’un œil attentif (je vous suis bien évidemment ainsi que votre épouse et votre ami Lyle).

Enfin, votre dernier projet Sartorial Talks que je trouve vraiment unique et que je vous encourage, comme tous vos lecteurs je pense, à poursuivre tant le monde a besoin d’éducation de ce genre. Amen d’ailleurs à votre dernière vidéo dissertant de la notion de Gentleman aujourd’hui …

Pourquoi alors ma vie a t’elle changé me direz vous ?

Tout simplement parce que depuis le jour où mon ami m’a fait découvrir votre site internet, j’ai décidé de changer de vie littéralement.

Vous voyez, je travaille depuis 7 ans maintenant dans une Organisation des Nations Unies et je viens d’avoir 31 ans. Je sais depuis des années que la vie ne vaut d’être vécue que si l’on est épanoui au quotidien et de ce fait que si l’on arrive à rendre heureux ceux qui nous entoure.

Mais il me fallait un coup de pied au cul pour me réveiller et me sortir de ma bulle confortable, cette bulle illusoire dans laquelle tant de personnes sont enfermées. Ce coup de pied au cul, c’est vous, c’est les témoignages à travers tous vos articles passionnés de ces artisans tout autant passionnés, de ces gens qui ont eu le courage envers et contre tout de vivre de leur passion, même si tout indiquait que c’était une folie. Ces Corthay, Vilalta, Cuberta, Fukuda, Jimenez, Delos…

Ma folie à moi, c’est de quitter les ors de l’ONU et son confort quotidien pour une vie qui me correspond enfin, au milieu de gens passionnés comme moi d’une chose : de l’artisanat et des valeurs qui vont avec.

Ma folie à moi, elle devrait prendre forme je l’espère à l’aube de l’année 2019 dans une petite rue de Florence, à l’académie Stefano Bemer. A moins que ce ne soit chez un autre bottier, si j’arrive à réunir un peu plus de courage pour présenter mon chemin et ma démarche à d’autres bottiers qui accepteront de m’apprendre leur métier si cher à mes yeux.

Alors très cher Hugo, pour avoir été ce déclic dans ma vie, je vous remercie du fond du cœur et vous souhaite plein de réussite dans tout ce que vous entreprendrez de nouveau.

Je m’excuse par avance si je vous ai importuné avec cette lettre.

Cheers,

ML

LETTRE 2 (reçue le 20 Septembre 2017)

Cher Hugo,

Je réagis à brûle-pourpoint à l’épisode 2 de Sartorial Talks, à la fois pour vous remercier, et répondre à votre appel concernant les idées de contenu pour ce formidable média – lorsqu’il est bien usité – qu’est Youtube. J’ignore si mon parcours sur PG diffère de nombre de témoignages que vous avez dû recevoir, mais enfin je ne peux m’empêcher, pour une fois, de parler de moi.

J’ai commencé à lire PG vers 2010, la date est incertaine. J’étais donc à ce moment un petit collégien de 12 ans, soucieux d’exister, de me construire, et très insensible aux standards de la mode, ou plutôt des stratégies commerciales de l’habillement, dont mes amis étaient de parfaits représentants.

Très lentement, j’ai d’abord découvert le monde de l’art tailleur, que je croyais inexistant, disparu. J’ai appris, consciencieusement, les règles basiques distillées dans les premiers articles devenus maintenant « l’académie », pour ensuite entrevoir la subversion que ces règles autorisaient, grâce à la distance que le contenu de votre blog a toujours su mettre entre ce qui devenait une nouvelle mode sartoriale, et un véritable art de vivre – et je dirais même, moyen de vivre.

Dans l’un de vos articles, l’un des plus emblématiques à mes yeux (« Une bonne éducation sartoriale peut changer votre vie ») vous évoquiez l’impact de ce savoir, de la manière qu’il a de changer notre place et notre vision de la société. Rien n’est plus vrai en ce qui me concerne.

Du premier saut que j’ai fait, en achetant dans une célèbre boutique parisienne louée chez PG mon premier noeud papillon avec mon petit pécule, collégien encore, à ma vie d’étudiant aujourd’hui, je me suis construit avec ce qu’offre de protection, et plus tard de force, une mise réfléchie, et me reflétant.

C’est, dans un premier temps, les moqueries caractéristiques des gens de cet âge, très vite suivies, en vérité, d’une curiosité attentive, d’un dialogue, bref, de rencontres puis d’un respect, parfois de la part de ceux à qui on ne s’attendrait pas. Enfin, ce sont des opportunités, parce que l’on interpelle – c’est ainsi que je suis entré, après avoir été invité dans la rue, dans le monde du cinéma pour finir dans un film indépendant.

L’assurance que j’avais déjà n’a pu que grandir depuis ce moment, parce que se vêtir différemment (non pas pour le fait même de se distinguer de la masse -nouvelle idée du Be Yourself présente dans toutes les publicités, mais bien parce que l’on explore d’autres voies que celles qui nous sont imposées) c’est être audacieux. C’est aussi, plus que jamais, un acte politique. Résistance humble et assumée, discrète et naturelle, à une société orthonormée s’effondrant d’elle-même sous le poids d’une information de l’anecdote, irréfléchie et futile, autant que d’un consumérisme débordant et d’une quête essoufflée et biaisée de sa propre identité, chez les jeunes comme, il semblerait, chez ceux qui sont plus âgés. Parlant ainsi, je ne veux pas m’ériger en critique impartial et négatif de cet état de fait. Bien au contraire, je crois bien que mon regard est positif.

A bientôt 20 ans, je me retrouve étudiant en classe préparatoire littéraire. Je ne peux pas dépenser, en tant que tel, des sommes incroyables dans mes costumes. Vous avez toujours insisté, avec toute votre modestie, sur le fait que s’habiller bien n’était pas question d’argent. Assurément : à force d’adresse et de sagacité, je suis parvenu à me constituer en sept ans une garde-robe dans laquelle je « trouve mon compte », qui n’a de cesse de s’étoffer, où apparaissent maintenant des chemises sur-mesure, et je continue à rêver de Cifonelli chez qui j’irai, je le sais, un jour. Toucher un tissu revient pour moi de plus en plus à tourner les pages d’un livre.

Enfin, on le sait, la pression dans mon parcours d’étude est énorme, et certains matins, ce qui m’a donné l’énergie de me lever et tenir une journée de plus, c’est l’extrême force qu’il y a enfiler sa veste et ses souliers; les siens, et ceux de personne d’autre. J’ignore comment vous percevez ces messages – vous demeurez, dans votre discrétion qui vous fait honneur, bien mystérieux sur votre parcours humain – mais pour tout cela, je ne peux que vous remercier infiniment. 

En lisant ce message déjà long qui arrivera je l’espère sous vos yeux, je crois avoir soulevé un enjeu important du média vidéo : PG suit une ligne éditoriale subversive face aux contenus standards des autres médias touchant un public aussi vaste. 

A ce titre, je songe à deux opportunités de discussion. La première, vous l’avez compris, concerne les jeunes voire très jeunes hommes soucieux d’élégance. Bonnegueule évoque cela, d’une autre manière. Mais il y a peut-être matière à parler des solutions pour les petits budgets, et à faire connaître, pour ceux qui n’ont jamais vu le blog, sur un média qui leur correspond plus et dans une vidéo qui leur serait destinée, l’existence de ce monde sartorial. 

La deuxième est un autre point essentiel. Il y a, je crois, des Parisian Ladies, et je ne parle pas seulement de ma compagne. Une femme ne peut pas, à ma connaissance, trouver une chemise sur-mesure pour 80€. Je suis convaincu de l’existence d’un public et sur un plan plus prosaïque d’une clientèle. La mode féminine est encore cantonnée aux productions de grandes chaînes, elle oblige à piocher dans les collections dictées par les magazines féminins quelques pièces, à la fabrication et au rendu aléatoire, pour trouver le vêtement qui correspond. L’article de Sonya Glynn Nicholson « Women who wear suits », qui n’est d’ailleurs pas traduit en français je crois, et centré sur le bespoke, est une première pierre d’un édifice à construire. Sartorial Talks est peut-être, ou bien le moment de partager des adresses (après tout, Suitsupply a lancé sa gamme féminine avec Suistudio) ou bien de lancer un appel !

Je m’arrête ici, cette série Youtube est déjà passionnante, et j’espère qu’elle se prolongera encore longtemps, tant l’excellence de l’équipe de PG s’y retrouve. Je vous souhaite d’aller toujours plus loin, et vous remercie à nouveau.

Cheers,

BM

LETTRE 3 (reçue le 7 Juillet 2017)

Chère équipe rédactionnelle de PG,

A 33 ans, portant le triste costume droit deux pièces premier prix mal coupé comme “bleu de travail” depuis près de 10 ans maintenant, j’ai, de manière aussi soudaine que passionnée, aspiré à devenir un homme plus élégant.

Ayant toujours été attiré par les beaux objets (instruments d’écritures, montres anciennes…), c’est tout naturellement que mes recherches m’ont conduit à votre blog, dont j’ai dévoré les articles lors de mes déplacements quotidiens en transport en commun, pour faire dans un premier temps, puis parfaire mon éducation vestimentaire.

Un embonpoint marqué m’empêcha dans les premiers temps de réaliser un vieux fantasme: le costume trois pièces, qui, par frustration surement, m’a toujours attiré tout autant qu’il m’éffrayait, sachant pertinemment que la seule chose qu’il mettrait en valeur serait mon tour de taille (fort ou peu -selon le point de vue) avantageux.

Six mois plus tard, je passais d’une taille 46 à une taille 40, et l’aventure du trois pièces s’ouvrait à moi.

Fort de vos guides, et de l’expérience comptée par Monsieur Jacomet sur son article éponyme, j’ai redémarré un socle de vestiaire basé sur deux costumes trois pièces de chez Boggi, (l’un bleu marine, l’autre anthracite par précaution), maison découverte grâce à vous, chaussé par de magnifiques richelieu de chez Carmina. Cependant, frustré de ne pas nécessairement trouver ma taille ou un tissu me plaisant, j’ai très rapidement “sauté le pas” et ai pris rendez-vous chez Julien Scavini afin d’ajouter un nouveau trois pièces à ma garde robe. Je sais d’ores et déjà qu’un retour dans le monde du prêt à porter, aussi qualitatif soit-il, me sera impossible.

Je ne saurais que trop vous remercier des conseils apportés sur votre site, que je parcours désormais quotidiennement. J’ai l’impression d’être un homme nouveau, je ne saurais dire si mon ramage se rapport à mon nouveau plumage, mais cette joie immense ressentie tous les matins en choisissant ma tenue, en pliant ma pochette, en lassant mes Richelieu, je vous la dois.

Je n’aurais pu penser prendre autant de plaisir à porter de beaux costumes, faits de beaux tissus, à la coupe superbe et aux finitions impeccables.

Pour ces petits moments de bonheur de la journée, je tenais à écrire ce modeste email, et vous remercier pour votre contribution à l’élégance masculine au quotidien.

Avec ma profonde reconnaissance,

RA