G. Bruce Boyer et Marol : une collaboration exemplaire

Hugo JACOMET

G. Bruce Boyer et Marol : une collaboration exemplaire

S’il existe un nom qui fait l’unanimité dans le monde du style masculin classique, c’est bien celui de G. Bruce Boyer et je ne dis pas cela simplement parce que Bruce est un ami et qu’il m’a fait l’insigne honneur, en 2015, de rédiger la préface de mon livre The Parisian Gentleman.

Bruce fait en effet partie des rares journalistes/éditorialistes/écrivains à avoir prêché sans relâche en faveur de l’élégance classique à une époque pré-révolution technologique (les années 80 et 90) où le sujet n’intéressait franchement pas grand monde et où le prêt-à-porter de masse régnait sans partage sur la planète #menswear.

Aujourd’hui, avec le net regain d’intérêt pour la chose sartoriale et, plus globalement, pour tout ce qui touche à l’artisanat, il est devenu plus naturel d’écrire sur le sujet et de capter une audience de passionnés (j’ai bien dit naturel et pas facile…). Mais à l’époque où Bruce écrivait pour Town & Country (une institution aux USA pour laquelle il écrit toujours aujourd’hui), Esquire, Forbes ou The New York Times, c’est un doux euphémisme d’affirmer qu’il prêchait souvent dans le désert en tentant de faire survivre la voix sartoriale dans un monde pris d’assaut par les marques mondiales vendant du plastique (du thermocollé) au prix de l’or.

Durant toutes ces années, Bruce a ainsi livré plusieurs ouvrages (Elegance, Eminently Suitable et, plus récemment, True Style) qui restent des classiques et qui, signe des grands auteurs, n’ont pas pris une ride.

Plus récemment, au milieu des années 2000, le nom de Bruce Boyer a enfin reçu la reconnaissance qu’il méritait et s’est imposé, à juste titre, comme l’un des pères fondateurs du mouvement sartorial contemporain aux côtés d’Alan Flusser et de quelques autres comme Bernhard Roetzel (que nous avons la chance de compter parmi nos contributeurs réguliers sur PG).

Aujourd’hui, nous sommes heureux de vous informer que le chemisier Marol à Bologne s’est associé à « Bruce Almighty » pour concevoir une petite collection de chemises (très) haut de gamme qui sera disponible cet automne dans de nombreux points de vente de par le monde.

Le fait que Bruce Boyer accepte d’associer son nom et son image immaculée au désormais célèbre  chemisier de Bologne démontre, s’il en était encore besoin, que Marol fait aujourd’hui incontestablement partie des très grands noms de la chemise haut de gamme pour hommes (et d’ailleurs aussi pour femmes, mais c’est un autre sujet que Sonya abordera une autre fois dans ces colonnes).

« Town & Country »

La mode actuelle des collections « capsule » n’est pas ma tasse de thé car elle consiste souvent (pour ne pas dire la plupart du temps) à simplement « coller » (parfois au sens littéral) un nom célèbre sur un produit tout ce qu’il y a de plus normal afin de profiter de la célébrité ou de l’audience d’une personnalité pour vendre plus de produits grâce au marketing dit d’influence. Et le plus souvent, la personnalité en question ne participe absolument pas à la conception de la collection…

Pour autant, et pour bien connaître Bruce d’un côté et Marol de l’autre, je sais qu’en l’espèce il s’agit d’une vraie collaboration dans laquelle Boyer a su apporter avec bonheur son immense culture (pour ne pas dire sa « science ») sartoriale, ses goûts certes très classiques mais très sûrs et dans laquelle Marol a mis au service de Bruce son savoir-faire incontestable et son superbe atelier traditionnel (dans lequel travaillent chaque jour 25 couturières) intégralement dédié à l’art chemisier.

 

Il résulte de cette heureuse alliance une petite collection de six chemises : trois chemises habillées (pour la ville donc) et trois chemises plus décontractées (pour la campagne donc) : Town &  Country. Il était en effet difficile de passer à côté de cette belle idée et de ce nom si cher au coeur de Boyer.

Le modèle Boyer chez Marol

Les six modèles sont tous élaborés sur le même patronage dans lequel Bruce Boyer a injecté tout ce qu’il apprécie dans une chemise haut de gamme classique et intemporelle : confort, simplicité, respect des proportions et polyvalence.

Le corps de la chemise 

Comme on pouvait s’y attendre, le corps de ce modèle est classique : ni trop ajusté, ni trop large, avec des pinces dans le dos, des hirondelles de renfort et une gorge, évidemment, américaine.

Les manches 

Les emmanchures sont très hautes, les têtes de manche sont intégralement montées et cousues main pour un confort de mouvement optimal.

Les poignets sont simples et arrondis avec un seul bouton (comme je les aime à titre personnel). A noter le placement très intelligent du bouton sur le poignet : très haut afin de faciliter le port de montres de différentes tailles (l’extrémité du poignet restant très souple).

Le col

Toute sa vie Bruce a prôné l’élégance dans la modération et le respect des proportions. Le col qu’il a conçu avec Marol est donc l’expression de cette approche de l’élégance masculine classique : ouverture et longueur raisonnables (medium spread), montage en libre, baleines amovibles, pied de col arrondi et encolure pouvant recevoir un noeud de cravate de 1/2 inch (1,30 cm). Ni trop, ni trop peu. Juste parfait.

La construction

Une attention particulière a été portée aux « entrailles » (les parties non visibles) de la chemise avec des triplures extrêmement légères dans le col, les poignets et la gorge.

Les boutonnières de la collection « Town » sont intégralement ouvertes et cousues à la main alors que celles de la collection « Country » sont cousues machines pour garantir une solidité supérieure, ce qui prouve, une fois encore, la stérilité absolue du débat concernant les chemises intégralement cousues main, beaucoup moins solides et donc moins durables. Une chemise destinée à être portée sans veste ou dans des activités plus casual doit offrir des garanties de solidité au niveau des boutonnières.

Un coup de chapeau à Marol pour rester fidèle à ses convictions contre vents et marées et contre l’avalanche d’idées reçues circulant sur les forums concernant la supposée supériorité des chemises intégralement montées à la main : l’utilisation de la main ou de la machine est choisie en fonction de l’utilisation de la chemise.

Autre point (très) fort de ce modèle, de plus en plus rare sur les chemises d’aujourd’hui (même chez les meilleurs faiseurs) : les boutons sont sur-élevés et montés sur un pied « bobiné » (voir la photo ci-dessous). Ce petit détail en apparence anodin change, à mon avis, tout sur une chemise : le boutonnage est d’une facilité incroyable et les boutons sont solidement cousus au corps de la chemise. Attention : si vous goutez à ce détail (je le répète très rare, surtout en prêt-à-porter), il vous sera difficile de faire marche arrière. C’est à mon avis l’un des signes les plus évidents, et paradoxalement les moins connus, que vous êtes en présence d’une chemise vraiment haut de gamme (bien plus que la façon de coudre les boutons, puisqu’aujourd’hui le fameux point « Zampa di Gallina » n’est plus du tout synonyme de haut de gamme, nous y reviendrons dans un autre article).

Les boutons sont, bien évidemment, en perle de nacre de la plus belle qualité, tandis que la ligne de couture est placée à 5 mm du bord avec, en vedette, la célèbre ligne de couture Marol : 13 points de couture par cm (le plus grand nombre de point au cm au monde) pour une ligne de couture presque invisible.

Bref, Marol nous livre une fois de plus, avec cette fois-ci la complicité de notre camarade Bruce Boyer, un modèle de très haut vol qui sera disponible dans de nombreuses boutiques dans le monde entier dès cet automne en six versions (avec six différents tissus).

La liasse utilisée pour les six versions est la Silverline de chez Thomas Mason.

Les trois versions « Town »

Trois tissus pour la version ville de ce très beau modèle : un bleu à rayure, un blanc « piqué » et un magnifique bleu fil à fil (dans l’ordre ci-dessous. Cliquez sur les images pour les agrandir).

Les trois versions « Country »

Egalement trois tissus pour les versions « country » du modèle : deux motifs tattersall (rouge et bleu, bleu et vert) et une version en flanelle brossée de toute beauté (dans l’ordre ci-dessous. Cliquez sur les images pour les agrandir).

Ces six superbes chemises ne sont normalement pas destinées à être vendues directement au public (cette collection est en effet réservée aux magasins spécialisés). Toutefois, si vous êtes intéressé par l’un de ces modèles (ou par les six), vous pouvez écrire à marol@marol.it de la part de Parisian Gentleman.

Je profite également de l’occasion pour vous annoncer que la prochaine édition limitée Marol pour les lecteurs de PG sera lancée d’ici quelques semaines : un modèle exceptionnel « casual chic » en Jersey pour le printemps et l’été. Stay tuned Gentlemen!

Cheers, Hugo