Découverte Parisian Gentleman : Adriano Bari, tailleur à Paris

Dr John SLAMSON

Découverte Parisian Gentleman : Adriano Bari, tailleur à Paris

Il y a la mode et il y a l’art tailleur.

Il y a la vitrine et il y a l’atelier.

Il y a le savoir-faire et la notoriété.

Il y a le vêtement et sa simple mise en scène.

Ce sont des univers différents. Le monde du sartorialisme contemporain, qui se croit souvent immunisé des retapes du marketing, cède malgré tout souvent aux mirages du made in quelque part, à la pression grégaire de détails présentés comme napolitains, de tissus d’entrée de gamme exhibés comme de saintes reliques, de complications techniques que même les machines savent désormais imiter — et si elles le font, c’est bien parce qu’on sait que cela séduit.

Un savoir-faire tailleur ne se résume pas à un nombre de followers ou à des belles photos. La vérité du vêtement et de sa construction sont sans commune mesure avec les idées de mises en scène marketing masquant les approximations et autres simplifications dans la réalisation.

Adriano Bari appartient à la catégorie des artisans nés avec un aiguille dans la main. Sa connaissance technique et son expérience en font un authentique homme de terrain. Formé familialement auprès d’une grand-mère professeur de couture dont le mari était tailleur, il a suivi une formation de perfectionnement en Italie, dans les Pouilles.

Son travail est remarqué par le célèbre Pierre Duboin (chemisier de chez Lanvin) qui lui a même consacré un reportage très détaillé sur son blog.

Après avoir exercé comme maitre tailleur à Toulouse — où il retourne régulièrement pour prendre soin de sa clientèle fidèle — Adriano s’est installé à Paris où sa petite boutique est également son atelier.

Adriano Bari est un véritable artisan et ses finitions révèlent l’âme d’un perfectionniste. Ses convictions signent l’homme sûr de son art : « Les Italiens ne sont pas toujours bon techniquement, mais la légèreté est essentielle et c’est dans cette tradition que j’ai fait mes premiers pas. Les Français sont meilleurs dans les finitions techniques mais la construction est souvent très lourde, avec des couches de tissus abondantes. Les Anglais se concentrent sur la coupe : les détails techniques leur importent peu du moment que l’allure est bonne. »

Fervent avocat d’un style léger mais précis, il est une sorte de synthèse de la décontraction italienne et de la précision technique française… avec un œil pour la coupe à l’anglaise.

Sa prise de mesure est d’une redoutable exactitude. Il possède un œil anatomique acéré et un avis stylistique sur l’effet envisagé qui en fait un homme de très bon conseil pour le rapport morphologie / style. Il prend des mesures très complètes — je n’avais jamais rien vécu d’équivalent dans aucune offre en sur-mesure. Il anticipe chaque détail morphologique sur le plan technique et sait répondre à de nombreux défis.

Sa grande-mesure dépasse les bornes de l’exigence. Entièrement réalisées à la main, ses pièces en grande mesure sont minutieusement confectionnées avec un entoilage et une canapina de qualité et un souci du détail remarquable (surpiqûres intégrales, ourlet de pantalon boutonné, raccords d’une netteté soignée sur les pièces à carreaux, etc.) Mais outre ces aspects techniques et l’ingéniosité qu’il met en œuvre, il possède un style personnel, avec des revers de veston légèrement incurvés qui donnent beaucoup de cachet à ses costumes.

C’est en effet dans la coupe qu’Adriano Bari excelle.

Les pièces qu’il réalise en pur bespoke en font sans doute l’une des futures grandes découvertes parmi les rarissimes artisans restant en activité à Paris. Nous en reparlerons, ainsi que de ses chemises en grande mesure et de ses cravates sept plis réalisées à la main. En attendant, pour avoir une idée de son exigence technique et de son savoir-faire réel, vous pouvez trouver ici des exemples de son artisanat.

J’ai commencé par tester la demi-mesure d’Adriano Bari, pour laquelle il fait appel à un atelier italien très rigoureux. S’il ne promet pas toutes les options que d’autres maisons offrent sans broncher (quitte pour le client à découvrir, plus tard, que tout ne s’est pas passé comme prévu…), le résultat comporte de nombreuses finitions faites à la main à l’atelier et qui seront augmentées de celles d’Adriano. En effet, les pièces à manches arrivent non finies : Adriano coud toutes les boutonnières lui-même à la main. C’est un niveau de finition que la demi-mesure industrielle à grande échelle ne connaît guère. La boutonnière milanaise est par exemple comprise dans la réalisation du costume.

L’un des intérêts majeurs de la demi-mesure d’Adriano Bari est que l’entoilage complet est d’une grande souplesse. Non seulement il s’agit d’une toile de qualité — ce qui est loin d’être toujours le cas dans certains premiers prix si attirants — mais elle est travaillée dans l’esprit italien, avec beaucoup de légèreté. Plutôt qu’un effet d’armure, c’est un plastron qui sert véritablement à envelopper le torse pour un meilleur tombé.

Sur un tissu Drago léger, le mille righe marine, nous avons décidé de réaliser un costume droit sans fioritures. Pas de poche ticket, pas de pince, pas d’épaule fantaisiste : le but était de tester uniquement la qualité du « fit » et de la coupe. Padding léger sur l’épaule et cigarette réduite afin d’éviter les effets superflus. Le tissu à rayures est en soi une complication suffisante pour ne pas alourdir le costume d’options qui finissent par attirer l’œil au détriment de la qualité de la silhouette (je parle de celle du costume, pas de la mienne, qui est déplorable).

Il s’agit d’une demi-mesure exigeante puisqu’elle passe par un essayage intermédiaire. La longueur des manches était d’emblée parfaite ; l’emboitement du col impeccable. Une légère retouche aux épaules a suffi pour aboutir à un costume d’une grande précision.

L’atelier effectue de nombreuses opérations à la main (doublure des manches, couture du bas de la veste, montage du col…) et, contrairement à beaucoup de maisons de « sur-mesure » industriel, Bari n’utilise pas de thermocollé aux endroits invisibles : l’épaule, le bas de la veste comportent des coutures avec des doublures en percaline cousue là où d’autres se contentent de coller les différentes parties.

Les différents éléments (ouatine, percaline, toile, feutrine…) sont vraiment cousus comme le démontage d’une veste en cours de retouchage pour un client nous a permis de nous en assurer. Par ailleurs, la ceinture utilise une doublure de qualité qui nous semble capable de ne pas faiblir.

Avec un supplément de prix, Adriano peut fournir diverses finitions complémentaires. Pour ce costume, Adriano a ajouté des points de renfort très élégants sur chaque point critique (poches, passants, braguette, etc.), les surpiqûres, une amélioration de l’épaule (avec cigarette remontée à la main, d’où les gouttelettes sur l’épaule), etc. Pour la légère reprise de la taille, il a même tenu à aligner les rayures… Il a également ajouté un pli d’aisance au niveau du fessier.

Le cintrage de la taille, l’enveloppement du torse, l’aisance et le tombé du pantalon (avec ceinture « sartoriale » excellemment réalisée) en font un costume de pur plaisir, de ces costumes que l’on met presque « par défaut » — parce qu’il est tellement simple de porter des vêtements qui ne présentent aucun défaut !

La légèreté et le confort semblent les maîtres-mots de sa façon. Il faut ajouter la rigueur et l’inventivité.

Serait-ce l’adresse parfaite pour s’initier à la petite mesure et faire la transition vers la grande ?

Prix : à partir de 1000€ en demi-mesure. La milanaise est incluse, ainsi que les retouches. De nombreuses options supplémentaires sont évidemment envisageables. Mais à ce tarif, et à ce niveau de qualité, je n’ai rien vu de comparable à ce jour sur le marché.

La grande mesure est accessible à partir de 3900€.

Une vraie découverte comme on les aime chez PG et une maison à aller visiter de toute urgence si vous avez envie de faire vos premiers pas en toute sécurité dans le labyrinthe parfois si complexe de le petite et de la grande mesure.

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Adriano Bari, 5 rue Salneuve 75017 Paris. (M° Villiers).

Téléphone : 09 81 07 59 73

Site Web : https://www.adrianobari.com

En dépôt vente dans la boutique d’Adriano : les souliers faits main de Riccardo Borella qui vient régulièrement rencontrer ses clients pour des souliers sur mesure.