Dix ans de Parisian Gentleman en Dix Textes

Hugo JACOMET

Dix ans de Parisian Gentleman en Dix Textes

PG va avoir dix ans.

Je trouve que la décennie est un bon repère. Un vrai marqueur. Une balise sérieuse dans la vie d’un homme, assez longue pour faire l’objet, le cas échéant, d’un chapitre complet dans une biographie.

Pour l’instant je vais revenir sur dix années de PG en dix textes courts durant lesquels je vais laisser mon esprit et mes souvenirs vagabonder « en roue libre ». Celui-ci est le premier.

Il y a donc presque dix ans je me lançais de façon quasi fortuite dans l’aventure de Parisian Gentleman. Quand j’écris fortuite, il ne n’agit pas ici d’un effet de manche ni d’une figure de style. C’est la vérité : j’étais à l’époque à la tête d’une société de production audiovisuelle et dire que mon emploi du temps était (sur)chargé relève du doux euphémisme.

Mais, comme j’ai vite appris dans la vie que si vous souhaitiez que quelque chose soit fait il était préférable de le confier à quelqu’un de très occupé, j’ai finalement décidé, une nuit de Janvier 2009, de plonger dans le grand bain…

Pour vous donner un point de repère lorsque je publie mon premier texte (peu de temps après avoir passé commande de mon deuxième costume en Grande Mesure chez Cifonelli), Nicolas Sarkozy n’est Chef de l’Etat que depuis 18 mois.

HOMMAGE AUX PIONNIERS

A cette époque, la piscine dans laquelle je plonge n’est pas très fréquentée : Ask Andy About Clothes aux USA et The London Lounge au Royaume Uni se taillent la part du Lion en matière de forums (Style Forum n’est pas encore dans les radars). Et en matière de blogs, LA référence c’est A Suitable Wardrobe animé par un certain Will Boehlke de Caroline du Sud. Simon Crompton, quant à lui, est encore à cette époque en train de patauger dans le petit bain (je pense qu’il a créé son blog en 2008 mais qu’il n’a commencé à faire parler de lui qu’en 2009, en même temps que nous). Bref, pas la foule.

Côté presse, The Rake vient tout juste de faire son apparition à… Singapour (donc introuvable) et les grands magazines (GQ, Esquire and Co) ont déjà perdu une grande partie de leur verve (et de leur intérêt) à cause, en grande partie, de leurs business models intégralement fondé sur la vente de pages de pub. Rendons hommage ici à quelques titres hexagonaux (Monsieur, Dandy Magazine) qui, à l’époque, tiraient encore leur épingle du jeu et surtout apportaient un peu de contenu dans un désert éditorial en matière de style masculin classique. D’ailleurs, rendons à César ce qui est à César : c’est bien à l’époque grâce à un hors-série de Dandy Magazine (de 2007 je crois) que j’ai commencé à m’intéresser sérieusement à la Grande Mesure en général et à Cifonelli en particulier.

Dix ans c’est aussi un délai de prescription largement utilisé en droit. Donc comme il y a prescription, je peux me permettre de poser une question qui me « chiffonne » depuis des années et que je n’ai jamais osé poser: comment se fait-il qu’en 2009, les deux superstars du #menstyle étaient deux quinquagénaires américains qui n’étaient pas franchement des monstres d’élégance ? Est-ce un problème de correction de mes verres progressifs (pourtant issus de chez Zeiss et ajustés au millimètre sur des montures Bonnet en Grande Mesure) ou suis-je le seul également à voir qu’Andy est la plupart du temps franchement mal fagoté avec des vêtements de qualité discutable, tandis que le grand Will, s’il était indiscutablement un fin connaisseur de l’étiquette sartoriale, ne faisait pas vraiment impression par la qualité de la coupe de ses vestes croisées.

Notez que je n’ai rien, au contraire, contre Will et encore moins contre Andy et que je n’ai jamais prétendu moi-même être un modèle d’élégance. N’ayant eu, avec chacun d’entre eux, qu’un échange e-pistolaire, je ne me permettrai d’ailleurs pas de juger ces deux pionniers de notre domaine. La seule chose dont je peux témoigner c’est qu’Andy a toujours été adorable et sympathique avec moi (même avant PG) alors que Will a toujours été un tantinet arrogant et très distant dans ses réponses (du genre : allez jouer ailleurs jeune homme et revenez quand vous saurez faire la différence entre un Four in Hand et un Old Bertie).

Mais revenons à ma question et tentons (toujours sous la protection du délai de prescription) d’y répondre : pourquoi Andy et Will? Plusieurs réponses :

Tout d’abord en raison du vide sidéral à l’époque en matière de contenus consacrés au style masculin classique (mis à part les livres de Flusser, de Boyer et de Roetzel). Ensuite parce qu’Andy et Will, étant américains, ont été des « early-adopters » de l’internet et ont réussi à se faire une place (et un nom) avant le grand déferlement des années 2012/2013 où tout le monde s’est mis à écrire sur le sujet et où des centaines de blogs ont vu le jour (dont 95% ont aujourd’hui disparu). Enfin, parce que leur lectorat (majoritairement américain) parvenait à s’identifier à eux en termes de style et de morphologie, ce que nous, européens, avions beaucoup plus de mal à faire. Fermez les yeux et imaginez juste un instant une photo mettant en scène Lino Ieluzzi, Lorenzo Cifonelli, Andy Gilchrist et Will Boehlke, et vous comprendrez ce que j’essaie de dire à mots feutrés.

Bref, Andy, d’après ce que nous savons, est toujours « en activité » (même si son forum semble beaucoup moins peuplé qu’à l’époque) tandis que Will a rangé les stylos et les appareils photo pour d’abord transformer son célèbre ASW en e-shop avant de disparaître purement et simplement. Son nom apparaît toujours dans le « header » de « The Hanger Project » de notre camarade Kirby Allison (qui a même rendu public l’achat de ASW), mais le lien ne mène nulle part.

LA PLANETE PG ET SES SATELLITES

PG aurait très bien pu n’être lui aussi, à l’instar de centaines autres initiatives, qu’une étoile filante dans le firmament sartorial (surtout durant les deux premières années, qu’il est toujours très difficile de boucler).

Au lieu de cela je suis fier de ce qu’avec ma femme Sonya, mon fils Greg et quelques amis écrivains et photographes nous avons réussi, je crois, à accomplir. PG est devenu au fil des années une planète à part entière, avec sa tonalité, son style d’écriture, son modèle économique, sa communauté incroyablement disparate et extrêmement fidèle et désormais ses satellites : les pages Instagram et Facebook , les chaines DISCUSSIONS SARTORIALES et SARTORIAL TALKS sur YouTube (qui devraient atteindre, avant la fin de l’année, les 50 000 abonnés et les 2,5 millions de vues, en consolidation), les livres (ayant fait tous les deux l’objet de ré-impressions) et, bien sûr, les événements (pour lesquels 2019 a toutes les chances d’être un bon cru).

Je termine ce premier texte de la série « Dix ans de PG en dix textes » avec un visuel et une photo : le visuel de la deuxième soirée PG jamais organisée (en 2011) au feu le Curio Parlor et une photo inoubliable lors de la soirée avec Pierre Corthay, Massimo et Lorenzo  Cifonelli.  Belle brochette !

Cheers, Hugo