Anatomie d’une chemise de qualité

Hugo JACOMET

Anatomie d’une chemise de qualité

Gentlemen,

en prolongement de nos recommandations concernant les chemises, voici un bref résumé « pratique » des détails qui, lors d’un achat, vous permettront de juger au premier coup d’oeil de la qualité de la chemise en question et, en cas d’hésitation, de préférer un produit plutôt qu’un autre.

Attention cependant, l’absence d’un ou de plusieurs détails listés ici sur un produit, ne veut pas dire que la chemise est forcément à proscrire (exemple , les baleines de col non amovibles chez Figaret qui reste cependant une maison honorable en terme de rapport qualité/prix). Inversement, un détail présent sur un produit ne suffit pas non plus à vous garantir un achat de qualité (les mêmes baleines amovibles étant par ailleurs assez fréquemment présentes sur des produits de petite qualité).

En outre, qu’il s’agisse de chemises, de souliers ou de costumes, les fabricants s’étant récemment aperçus que les hommes s’intéressaient de plus en plus à la culture sartoriale, ils mettent un point d’honneur à équiper leurs produits, à dessein, de détails précis afin de « signer » leurs produits d’éléments faisant partie d’une catégorie supérieure : le célèbre exemple des boutonnières actives sur les manches d’un costume n’est plus du tout, en effet, le signe d’une veste de qualité, puisque de nombreuses maisons proposant des purs produits de confection thermocollés, n’hésitent plus à proposer ce détail en standard…

Toutefois, on peut raisonnablement dire que lorsqu’au moins DEUX des détails listés ci-dessous sont présents sur un produit, il y a de grandes chances pour que vous soyez en présence d’un vêtement dont la fabrication est soignée et réalisée dans les règles de l’art.

Sans entrer dans tous les détails, voici donc les quelques points de repères qui pourront vous être utiles et qui ne nécessitent pas un oeil expert pour juger de la qualité d’une chemise.

– Les coutures anglaises.

– Les hirondelles de renfort

– Le décalage à l’enmanchure

– Le col monté en libre

– La qualité et la couture des boutons

– La dernière boutonnière à l’horizontale

Les coutures anglaises

On trouve aujourd’hui deux types de coutures sur les chemises : anglaise (étrangement appelée « French Seam » chez les anglo-saxons) et double aiguille. On les observe sur les côtés du corps de la chemise, à l’intérieur des manches et à l’enmanchure et elles permettent de se faire au premier coup d’oeil une idée très sure du soin apporté à la fabrication de l’objet.

Pour faire simple, la couture double-aiguille (la plus répandue car la plus facile à exécuter) est réalisée avec deux aiguilles passées simultanément sur les deux pièces de tissu superposées. Elle donne une couture plate sur laquelle on distingue nettement les deux fils. C’est la couture la plus « économique » (à 90% du temps réalisée à la machine) et la moins raffinée.

Inversement, la couture anglaise, plus sophistiquée, ne présente qu’un seul fil, le second étant à l’intérieur de la chemise. Pour parvenir à ce résultat, le fabricant effectue un premier rang de piqûres à l’intérieur de la chemise (à l’envers) puis replie celle-ci afin d’effectuer le second rang à l’extérieur. La couture anglaise donne ainsi un montage très fin, caractérisé (et aisément repérable) par la formation d’un minuscule bourrelet au bord du tissu. Ce type de couture étant de plus en plus rare (même chez les « grands » chemisiers anglais), elle signe de manière quasi certaine la qualité de fabrication du produit. On la trouve à coup sûr chez les grands chemisiers italiens (Borelli en tête) et chez quelques maisons particulièrement attentives à la qualité irréprochable de leurs produits (Marc Guyot en France).

Les hirondelles de renfort

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Ces petits triangles de tissu relient les pans avant et arrière de la chemise et renforcent ainsi la solidité de la jointure. Hier réservé à la mesure, ce détail se rencontre désormais fréquemment en PAP, à partir des produits de qualité supérieure (et pas uniquement sur les chemises très haut de gamme).

Le décalage à l’enmanchure

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Cette technique de montage est de plus en plus rare. Elle consiste à décaler légèrement la symétrie de la manche et permet d’éviter la formation d’un bourrelet au point de jonction des différentes coutures sous l’aisselle. Ce type de montage facilite grandement le repassage et ajoute un supplément d’aisance non négligeable.

Le col monté en libre

Le thermocollé représentant aujourd’hui quasiment 90% du marché, même les grandes maisons l’utilisent majoritairement (avec des triplures de qualité) notamment en raison de la facilité de repassage qu’il procure par rapport au montage en libre qui donne lieu, lors du même repassage, à la formation d’un petit pli  créé par le surplus de tissu  repoussé au bord de la surpiqûre. Les esthètes y voient la signature d’une chemise de grande qualité, tandis que le néophyte y voit un défaut. En cas de forte chaleur, le montage en libre permet à la peau de mieux respirer et s’avère beaucoup plus confortable.

La qualité et la couture des boutons

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En plastique sur les chemises bas de gamme, ils sont en nacre sur les bons produits. Le haut de gamme est le nacre d’Australie et le nec plus ultra la qualité « Mother of Pearl », particulièrement flamboyante. La manière dont les boutons sont cousus est également un excellent point de repère pour juger de la qualité d’une chemise. Cela va de la couture classique (deux rangs parallèles), en passant par la couture « a croce » (en croix) pour aller jusqu’à la couture « zampa di gallina » (patte de poule, voir illustration ci-dessus) chère aux meilleurs faiseurs italiens.

La dernière boutonnière à l’horizontale

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Ultime détail de puriste : la dernière boutonnière est horizontale (voir ci dessus) afin d’éviter la tension sur les coutures à l’intérieur du pantalon.

Pour plus de détails, consulter l’excellent site La chemise en grande mesure, dont certaines illustrations sont extraites et qui est selon moi LE site de
référence sur le sujet.

Cheers, HUGO