Conseils pour construire sa garde robe

Hugo JACOMET

Conseils pour construire sa garde robe

Gentlemen,

vous êtes de plus en plus nombreux à lire ces colonnes et à vous passionner, quel que soit votre âge, pour l’élégance masculine classique.

Pour beaucoup d’entre vous, comme ce fut le cas pour votre serviteur, cette découverte du monde de l’élégance masculine fut un véritable “choc” : la découverte que quelques notions simples d’élégance et qu’un peu d’éducation en la matière pouvaient avoir un impact considérable sur votre façon d’être, votre confiance en vous et, finalement, votre existence.

Mais passé le “choc” de la révélation sartoriale et les premiers émois liés au port d’un costume bien coupé, vous êtes également de plus en plus nombreux à vous trouver très vite confrontés à l’épineuse question de la constitution d’une garde-robe digne de ce nom, c’est à dire à la hauteur de votre éducation et de vos ambitions nouvelles en la matière.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que cette question concerne tout le monde – du jeune homme de 20 ans songeant tout juste à son premier costume “d’homme” au quinquagénaire déjà à la tête d’une garde-robe business consistante (mais achetée sans aucune éducation dans le domaine) – et que bien souvent la seule réponse consistera, quel que soit votre âge, à … (re)démarrer de zéro.

C’est malheureusement le prix à payer, si j’ose dire,  pour les gentlemen s’intéressant nouvellement, mais passionnément, à leur élégance personnelle et découvrant bien souvent avec effroi que la grande majorité des costumes constituant leur garde-robe “de marque” (achetée deux fois sur trois par leur épouse) est thermocollée, trop grande et mal coupée…

Mais pas de panique cependant, car si se constituer une garde-robe de qualité peut mobiliser un peu de temps (et d’argent), cela ne représente pas non plus une épreuve insurmontable, surtout pour celui qui prendra le temps de s’éduquer à la chose vestimentaire, dans ces colonnes ou dans d’autres.

Bien entendu, la notion de garde-robe idéale générique n’existe pas puisque qu’elle dépendra en grande partie de votre style de vie, de votre profession ainsi que de quelques données climatiques (selon que vous résidiez à St Pétersbourg  ou à Miami).

Cependant, afin de commencer à débroussailler le sujet et de tenter de vous donner quelques premières directions de qualité dans cette entreprise complexe, je vais prendre l’exemple que je connais le mieux : le mien. Je pense en effet que, d’une part, il illustre bien le propos et que, d’autre part,  j’ai suffisamment étudié le sujet pour pouvoir prétendre en extraire quelques principes gagnants.

Contrairement à ce que vous pourriez imaginer, ma garde-robe personnelle n’est pas constituée d’une profusion de costumes mais d’une “petite” quinzaine d’ensembles, tous de haut niveau et méticuleusement choisis, dont huit costumes en grande mesure.

Ces huit pièces Bespoke, toutes issues de la Maison Cifonelli, m’ont demandé cinq années de travail (et de patience) et constituent le socle de ma garde-robe. Le choix de chaque costume ayant fait l’objet d’une longue réflexion et de discussions avec mon tailleur, je pense donc qu’il peut être intéressant pour vous de vous inspirer des quelques grands principes qui ont guidé mes choix, notamment en termes de chronologie d’achat.

Bien entendu, comme il sera question ici de type de costume (couleur, coupe) et pas de qualité de fabrication, les principes énoncés ci-après sont également parfaitement valables en prêt-à-porter.

La partie “Bespoke” de ma garde robe est aujourd’hui constituée de six costumes de ville, d’une veste sport et d’un costume formel (en cours de réalisation). J’ai pour projet d’y ajouter cette année un costume d’été en laine fine ainsi qu’une seconde veste sport, toujours en grande mesure évidemment.

Huit costumes (dont un formel et un d’été) et deux vestes sport me semblent d’ailleurs constituer un excellent objectif à atteindre pour qui souhaite se construire une garde-robe solide, c’est à dire élégante, adaptable et durable. Dix ensembles est, par ailleurs, un nombre raisonnable  pour qui souhaite s’habiller en Bespoke au quotidien.

J’ai démarré ma quête d’élégance personnelle en 2008 en prenant la décision, après de longs mois d’étude du sujet, de tenter l’aventure du Bespoke tailoring et donc de miser immédiatement sur l’extrême qualité plutôt que sur la quantité.

A l’époque de ma révolution sartoriale personnelle je possédais une garde robe classique, composée de nombreux costumes thermocollés issus de grandes marques. Après avoir longuement étudié le sujet, je décide à l’époque de ne conserver qu’un seul costume en prêt-à-porter et de mettre tous les autres, dont certains issus de marques mondialement réputées – au rebut.

Le seul costume qui me reste quand je démarre la construction de ma nouvelle garde-robe de gentleman éduqué est un costume de la maison Smalto. Un joli costume de la gamme Francesco Smalto (à l’époque le haut de gamme du prêt-à-porter maison) bleu navy , semi entoilé dont la coupe et le tenue restent aujourd’hui encore, tout à fait honorables.

 COSTUME BESPOKE NUMERO 1 (Octobre 2008) : COSTUME DROIT GRIS MOYEN

Après de longues discussions avec Lorenzo Cifonelli, je décide à l’époque de commencer… par le commencement, c’est à dire par la quintessence du costume classique  : un costume gris moyen, droit, deux boutons, dans un joli mélange laine Super 110s et cachemire.

Je choisis un gris moyen uni car c’est la couleur la plus pratique qui existe : pas trop foncée pour ne pas être trop formelle, pas trop claire pour ne pas être trop casual.

Le résultat est une pièce tailleur par essence intemporelle qui vient de fêter son cinquième anniversaire et qui reste l’un des costumes que j’utilise le plus dans l’année.

Ce costume est, selon moi, le premier à posséder dans toute garde-robe.

COSTUME BESPOKE NUMERO 2 (Mai 2009) : COSTUME CROISE BLEU NAVY

Pour mon deuxième costume, je choisis un deuxième grand classique du vestiaire masculin : le costume croisé bleu foncé.

Réalisé dans une version classique 6 on 2 (six boutons dont deux actifs), dans une laine Super 110s assez épaisse (pour un drapé impeccable), ce costume apporte incontestablement un degré supplémentaire de formalité par rapport à mon premier costume.

Je pousse d’ailleurs à l’époque l’idée un petit peu plus loin en évitant les poches à rabats pour opter pour des poches passe-poilées, ce qui est assez inhabituel pour un costume croisé.

Le résultat est un costume immaculé, à la simplicité extrême, aux revers en pointe très généreux et au tombé exceptionnel.

A moins de souffrir d’un embonpoint certain, le costume croisé est un must dans toute garde robe et devrait être envisagé comme une pièce essentielle de votre vestiaire à posséder absolument.

Avec ces deux premiers costumes, je couvre déjà la grande majorité des situations et des occasions de la vie professionnelle ou personnelle avec une élégance discrète et classique. Je décide alors, maintenant que ce socle solide est constitué, de démarrer un costume légèrement plus typé…

COSTUME BESPOKE NUMERO 3 (Février 2010) : COSTUME TROIS PIECES AVEC GILET CROISE, PIED DE POULE

Avec ce costume, je commence à faire des choix stylistiques plus sophistiqués et plus personnels : j’opte donc pour un costume droit, trois pièces un bouton avec gilet croisé 6 boutons, dans une laine super 120s à motif pied de poule.

J’opte également pour des revers en pointe (moins fréquents que les revers à cran sur les costumes droits) afin de conférer à l’ensemble un supplément d’âme indéniable.

Le résultat est un costume très typé, aux revers interminables et à la poitrine minuscule que je porterai par la suite indifféremment avec ou sans gilet. Mon premier costume vraiment “personnel”.

Avec ces trois costumes, je suis désormais “paré” pour quasiment toutes les situations de la vie et le nombre de combinaisons possibles est déjà très important (à fortiori avec un trois pièces qui offre deux options de port, avec ou sans gilet).

Il est désormais temps d’explorer, en toute logique, le domaine des vestes dépareillées pour ajouter encore plus de possibilités à ma garde-robe naissante…

VESTE BESPOKE NUMERO 4 (Mai 2010) : VESTE SPORT GRISE, REVERS CONTRASTES ET GANSES

Désormais à la tête de 3 costumes de haut niveau, couvrant d’ores et déjà les trois grandes figures de style masculines – le droit, le croisé et le trois pièces – je décide alors de m’aventurer sur les terres beaucoup moins codifiées de la veste sport ou dépareillée.

Etant conscient que je ne serai en mesure de m’offrir un vrai costume “black tie” que beaucoup plus tard (après au moins deux autres costumes de ville), je décide alors d’opter pour une veste particulièrement typée et originale  pouvant faire office, de temps à autre, de veste formelle : une veste gris claire demi-doublée, un seul bouton, aux larges revers gansés contrastés gris foncé (dans le même tissu que la veste), aux poignets gansés sans boutons et aux poches plaquées.

Un vêtement résolument typé qui s’avèrera finalement d’une fabuleuse utilité puisque je le porterai, indifféremment, sur un jean selvedge, sur un pantalon de flanelle grise à poche cargo et même sur pantalon noir lors de soirées black tie.

J’arrive maintenant au stade où je peux affiner mes goûts et affirmer mes préférences. Ma première expérience du costume croisé ayant été très convaincante et très valorisante, je décide alors de continuer sur la voie royale du double-breasted.

COSTUME BESPOKE NUMERO 5 (Février 2011) : COSTUME CROISE, GRIS CLAIR, PRINCE DE GALLES

Afin d’équilibrer ma garde-robe en termes de saisons, j’opte cette fois pour un costume résolument plus léger, tant dans la couleur que dans le tissu, un super 130s Target à motif Prince de Galles très “fondu”. Mon idée est de faire un costume de printemps, pouvant même tutoyer les périodes estivales.

De construction très classique, ce costume croisé affiche des revers en pointe très généreux, une petite poitrine dans le plus pur style Cifonelli et des poches à rabats coupées légèrement en biais.

Un choix qui s’avèrera gagnant puisqu’en l’absence de vrai costume d’été (en coton seersucker ou en solaro), ce croisé très léger s’avèrera très utile pour mes voyages dans les pays chauds (Dubai, Hong Kong).

Possédant désormais deux costumes droits (dont un avec gilet croisé), deux costumes croisés et une veste sport droite, je décide encore une fois d’équilibrer ma garde-robe en ajoutant un deuxième trois pièces à ma collection.

COSTUME BESPOKE NUMERO 6 (FEVRIER 2012) : COSTUME TROIS PIECES AVEC GILET CROISE, CHEVRONS BLEUS

Ayant remarqué l’impact très positif des versions “un bouton” de mes deux dernières vestes sur ma silhouette, je décide de continuer sur cette voie avec ce costume un bouton avec gilet croisé.

Réalisé dans un superbe mélange laine super 120s et cachemire bleu avec motif chevrons, ce costume est monté avec des revers à crans placés très haut sur la poitrine, quasiment sur l’épaule. Mesurant un tout petit peu moins d’un mètre quatre-vingts, j’ai très vite appris, à mon avantage, toutes les méthodes pour étirer la silhouette dont celle, particulièrement efficace, du cran de revers placé le plus haut possible.

Un costume très pointu, à la brillance naturelle, que je réserve plutôt aux occasions très habillées même si la version sans gilet est plus discrète.

J’arrive désormais à la marche symbolique du 7ème ensemble, celle qui vous permet, virtuellement, de porter un costume en grande mesure différent chaque jour de la semaine et je choisis, maintenant que les fondamentaux sont couverts, d’affirmer encore plus mon style et mes goûts personnels avec un troisième costume croisé “with a twist”.

COSTUME BESPOKE NUMERO 7 (Juin 2013) : COSTUME CROISE, GRIS CLAIR, FIL A FIL

Ce septième costume constitue un costume charnière sur mon chemin personnel dans la grande mesure, puisqu’il me semble parfaitement résumer mes goûts et mes parti-pris stylistiques personnels. Il m’aura donc fallu presque cinq années et sept projets en Bespoke traditionnel (attention, activité hautement addictive) pour parvenir à ce stade lumineux où chaque costume devient une émanation directe de votre personnalité ainsi qu’un formidable terrain d’expression.

Pour ce septième projet, j’ai choisi un costume très “racé”, le premier de ma collection monté en 6 on 1 (6 boutons mais un seul actif), avec des revers très larges légèrement arrondis couvrant la quasi intégralité de la poitrine !

Comme à mon habitude et pour préserver la ligne impeccable de la veste, je choisis des poches passe-poilées sans rabats.

J’aime particulièrement la version 6 on 1 de la Maison Cifonelli, car le bouton actif est placé assez haut afin de respecter l’équilibre de la veste et de son ouverture.

Avec ce septième costume très personnel, j’ai enfin l’impression d’atteindre un niveau de garde robe en grande mesure susceptible de couvrir toutes les occasions de vie de manière correcte avec un bon équilibre entre les costumes droits, les trois pièces et les croisés.

Je peux donc désormais passer à l’étape suivante, consistant à s’équiper de pièces à usage spécifique, comme le costume formel (black tie) ou le costume d’été.

COSTUME BESPOKE NUMERO 8 (Décembre 2013, en cours de réalisation) : COSTUME CROISE FORMEL, BLEU NUIT

Ce projet à pour but de venir parfaire ma garde robe avec l’ajout d’une pièce devenue, à ce stade de mon évolution sartoriale, indispensable : un costume black tie.

Pour ce projet, que je viens de mettre en route avec Lorenzo Cifonelli, j’ai choisi de ré-interprêter mon dernier costume croisé (ci-dessus) en version formelle avec un sublime tissu Barathéa bleu nuit de la Maison Vitale Barberis Canonico, des revers en soie et des poches passe-poilées. Livraison prévue en février/mars 2014.

EPILOGUE

Bien entendu, les choix expliqués ci-dessus restent éminemment subjectifs et ne vous sont proposés qu’à titre d’inspiration. Par exemple, je sais qu’il manque dans ma garde-robe à ce jour, un joli costume à rayures craie ainsi qu’une belle pièce à carreaux fenêtres.

Ils pourront cependant, je l’espère, vous servir de source d’inspiration dans votre quête d’élégance et d’excellence personnelles.

Joyeuses fêtes à tous,

Cheers, HUGO