Dans la cabine d’essayage (1)

Hugo JACOMET

Dans la cabine d’essayage (1)

Tiré des travaux d’Alan Flusser, auteur de « Dressing the Man« 

Gentlemen,

la photo ci-dessous est une illustration parfaite de la raison pour laquelle même les hommes intéressés par la mode, s’habillent aujourd’hui de plus en plus mal. En effet il n’est pas rare de trouver dans la presse masculine des désastres photographiques comme celui ci dessous, qui montre que même le plus classique des costumes peut être ruiné par un mauvais ajustement (« poor fit » ndt).

En effet, alors que cette prise de vue en noir et blanc a sans doute pour but de projeter une image élégante, l’ajustement catastrophique de la veste avec le col de la chemise, sans parler des poignets de la veste et de la chemise beaucoup trop grands, nous rappellent une règle d’or en matière de style personnel : l’auto-suffisance. Il vous faut, gentlemen, être autonomes dans tous les sujets touchant à votre élégance personnelle et particulièrement à l’ajustement de vos costumes. Vous devez vous entraîner à reconnaître tout de suite ce qui vous va ou pas.

Car une fois à l’intérieur de la cabine d’essayage, entourés de miroirs, de rubans et d’épingles, la plupart des hommes, étrangement, renoncent à poser leurs questions à propos de style et s’en remettent à l’expertise souvent plus que douteuse (voire la plupart du temps usurpée) des vendeurs en boutique.

Il y a longtemps, lorsque la mode masculine était moins volage et que les tailleurs en boutique étaient beaucoup mieux formés aux fondamentaux de l’élégance et aux codes vestimentaires, poser des questions sur l’ajustement d’un costume et les retouches à faire pour le faire correspondre parfaitement à votre morphologie, était un acte courant et normal.

Aujourd’hui, il est important de comprendre que la personne qui va retoucher votre costume le fera en se conformant aux instructions du vendeur de la boutique. Et ces instructions sont malheureusement, souvent les mêmes : dans un souci d’économie maximum (surtout pour les costumes bas de gamme), il s’agira, pour le vendeur, de vous faire croire que le costume vous va très bien (alors qu’il sera trop grand à 90% du temps) et ainsi d’effectuer le moins de retouches possible. Le vendeur de base en boutique n’étant désormais, qu’un rouage dans la chaîne de production du magasin, son obsession sera de vendre un maximum de costumes avec un minimum de retouches. Belle époque non ?

Heureusement, savoir choisir et savoir faire retoucher un costume n’est pas si compliqué que l’on veut bien nous le faire croire. Cela s’apprend, tout simplement.

Revenons aux fondamentaux : un costume en prêt-à-porter a été conçu et fabriqué pour convenir à une morphologie « standard ». Et comme il n’existe pas deux personnes parfaitement identiques, seul un homme sur cent pourra « sauter » dans un costume PAP et repartir directement avec, sans aucune retouche. Donc le plus vous serez cultivés sur la manière dont, par exemple, une veste de costume doit « tomber » pour respecter au mieux votre architecture personnelle, le plus vous aurez de chances de ressortir de la boutique avec un costume qui vous ira vraiment et qui valorisera votre silhouette.

Alors quels sont les fondamentaux à respecter et à utiliser dès à présent ?

Premièrement, lorsque vous enfilez un costume PAP afin d’en décider les retouches, assurez vous de mettre dans vos poches tous les objets que vous mettez habituellement dans celles-ci : portefeuille, porte-cartes, clés, téléphone etc… Cela vous évitera ces horribles renflements qui sont évitables lorsqu’ils sont prévus. Amener une chemise que vous portez habituellement avec ce type de costume est également une bonne idée, car cela fournira de précieux renseignements sur la longueur des manches et la hauteur du col. Cette même règle vaut pour les souliers : essayez votre costume avec des souliers représentatifs de ceux que vous possédez (notamment en termes de hauteur de talon). Cela sera très utile pour décider de la longueur du pantalon et de la largeur du bas de ce dernier.

Un bon ajustement peut faire énormément pour un costume de qualité modeste, alors qu’un mauvais ajustement peut ruiner le plus beau des costumes traditionnels fabriqué à la main. Si le col de votre costume à 3000 euros rebondit sur votre nuque, vous avez, non seulement,  jeté votre argent par la fenêtre, mais en outre, vous avez beaucoup plus compromis votre élégance que vous ne l’auriez fait avec un costume thermocollé à 200 euros, mais bien ajusté (sauf que ce dernier ne gardera sa forme que quelques semaines avant de progresser irrémédiablement vers l’accordéon ou, pire, le tire-bouchon, mais c’est un autre sujet).

Un col qui est éloigné de celui de la chemise (image de gauche) ou, au contraire, un col qui « grimpe » sur votre nuque (image de droite) sont les deux erreurs les plus communes en matière d’ajustement d’une veste. Et ces deux erreurs sont TOUJOURS de la faute du vendeur-retoucheur-tailleur qui s’est occupé de vous, à moins que vous ne vous soyez pas tenu de façon naturelle face au miroir. Donc, après avoir enfilé le pantalon et la veste, tenez vous naturellement devant le miroir et pas comme si vous veniez de recevoir votre diplôme de Harvard ou comme si vous anticipiez la perte de 10 kilos.

Une fois que vous avez choisi la veste car elle semble bien s’adapter à votre morphologie, vous devriez démarrer votre « inspection » par le haut de celle-ci. La largeur de la veste doit être suffisamment généreuse pour permettre au tissu de « tomber » en une ligne ininterrompue des épaules jusqu’au bas des manches. De la même manière, la veste doit être suffisamment large pour couvrir le dos et la poitrine afin que les revers restent bien plats sur cette dernière et ne « baillent » pas.

Cette partie de l’essayage d’une veste peut être la source de nombreux ennuis, car il y a de nombreux hommes qui pensent qu’une veste de costume, pour être parfaite, ne doit présenter aucun pli, comme si le tissu avait été peint sur leur corps. Ce « fantasme » est sans doute atteignable, mais uniquement en Grande Mesure chez les plus grands faiseurs à l’issue de 5 ou 6 essayages, de plusieurs mois d’attente et de plusieurs milliers (au minimum 4 ou 5) d’euros. Pour les autres, et surtout pour ceux qui démarrent leur quête d’élégance, il vaut mieux avoir un peu plus de tissu pour couvrir les omoplates et créer une légère « cassure », un léger « pli » qui relie le dos au bas des emmanchures (comme sur le dessin ci-dessous).

A moins que vous soyez prêts à enfiler une camisole de force, ces légers plis vous garantiront le minimum de liberté de mouvement et de confort.

50% des vestes PAP nécessitent des retouches au niveau du col afin de les ajuster à la nuque du client (ce sont les retouches les plus souvent « oubliées » voire « évitées » par les vendeurs). Donc soyez attentifs à ce que le col de votre veste ne soit JAMAIS décollé de votre nuque ou ne présente des plis horizontaux sous la base de celle-ci. Ce sont les signes d’un col de veste qui doit être abaissé en enlevant l’excès de tissu sous le col. Si des lignes de tension apparaissent entre les omoplates, cela veut dire que le dos est trop étroit et devrait être légèrement relâché.

Le col de votre veste devrait toujours laisser voir environ 1,5 cm de votre col de chemise (dessin du milieu). Si votre col monte plus haut (dessin de gauche), il frottera sur votre nuque et s’il est plus bas (photo de droite), il donnera l’impression que votre veste glisse vers le bas.

More to come – very – soon,