Les dix commandements de la pochette selon Dirnelli

Parisian Gentleman

Les dix commandements de la pochette selon Dirnelli

Comme l’a récemment écrit l’inimitable Réginald-Jérôme de Mans, nous serions en train d’assister à un « pic de la pochette », de la même manière que les économistes parlent de « pic pétrolier ».

Ce phénomène mondial autour du mouchoir et de la pochette soulève évidemment de plus en plus de questions, surtout de la part des nouveaux venus dans le monde du style masculin qui souhaitent apprendre comment utiliser cet accessoire.

J’ai ainsi reçu il y a peu de temps une requête d’un lecteur me demandant d’écrire quelques chose de fondamental sur le sujet. Voici donc ce que je considère comme les dix commandements de la pochette…

I – Trop d’argent jamais tu ne dépenseras

De toutes les pièces de la garde-robe masculine, la pochette est, à mon avis, celle qui nécessite le moins d’investissement par rapport aux dividendes que vous allez pouvoir en retirer.

En effet, entre mes pochettes Ralph Lauren en soie à 150 euros la pièce et toutes celles que j’ai pu chiner pour à peine 3 euros (sans compter les chutes de tissus – gratuits – recyclés en pochettes), il n’y a finalement que peu de différence en termes d’utilisation, d’impact visuel et de plaisir.

A titre personnel, j’ai donc décidé de ne plus faire de folies dans mes pochettes car j’ai finalement appris la leçon : quel que soit le prix du mouchoir, personne ne sera capable de faire la différence, pas même celui qui le porte.

II – Toujours tu t’amuseras

Utiliser du tissu inapproprié est la partie la plus amusante du sujet.

Le vieux carré de soie de votre grand-mère ou même le string d’une strip-teaseuse peuvent en effet se révéler être d’excellentes pochettes car personne, en réalité, ne s’apercevra du subterfuge.

Un peu de créativité dans le domaine vous apportera donc une forme de jouissance intérieure (être le seul à savoir ce que vous portez dans votre poche-poitrine est assez rigolo). Et si vous aimez votre pochette, il y a de grandes chances pour que les autres l’aiment aussi.

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III – Avant de choisir, à deux fois tu y réfléchiras

Gardez bien à l’esprit que lorsque vous enfilez une pochette dans votre poche poitrine, seule une infime partie de celle-ci sera visible.

Ainsi, lors de vos achats, ne vous laissez pas trop influencer par les étalages des boutiques qui ne vous donneront aucune indication sur ce à quoi la pochette ressemblera finalement sur vous.

Acheter une pochette en se fiant au présentoir est donc un acte particulièrement contre-intuitif et très différent de celui consistant à acheter un vêtement pour lequel nous nous fions, précisément, à notre intuition et notre instinct.

Je ne compte plus le nombre de fois où la pochette que je préférais sur le présentoir s’est révélée être affreuse lors de l’essayage. A l’inverse, les pochettes qui ne me plaisaient pas sur ce même étalage se sont souvent révélées être les plus payantes une fois insérées.

Il est donc indispensable de faire des essais avant d’acheter : c’est la seule façon de savoir ce qui fonctionne ou pas. Donc n’hésitez surtout pas à tester votre sélection sur toutes les vestes qui vous plaisent dans le magasin afin d’évaluer en situation le tissu et la couleur.

IV – Avec du lin blanc tu débuteras

Vous vous rendrez vite compte que vous n’utiliserez en réalité qu’un nombre très limité des pochettes, et que vous reviendrez sans arrêt sur les mêmes modèles, tout comme vous reviendrez toujours à votre cravate en grenadine de soie bleu marine.

La pochette blanche en lin (simplement pliée en rectangle) pourrait donc bien être la seule pochette vraiment indispensable pour tout gentleman qui se respecte.

Il existe cependant, au delà du mouchoir blanc en lin, quelques autres pochettes multi-fonctions. Il est d’ailleurs étrange de constater que les pochettes que je porte le plus sont souvent celles qui me semblaient les plus risquées voire les plus aberrantes de prime abord.

Prenons l’exemple d’une série de quatre mouchoirs Drakes of London qui font partie de ma collection : un bleue marine, un bleu moyen, un rouge profond et un jaune. Contre toute attente, c’est bien le mouchoir jaune que je porte le plus, et de loin, alors que les trois autres couleurs sont celles que les hommes sélectionnent pourtant le plus fréquemment pour leurs cravates.

Cette domination de la pochette jaune parmi ces quatre modèles illustre d’ailleurs à merveille le prochain commandement qui a été une découverte pour moi : la pochette doit venir compléter votre tenue au lieu de tenter d’imiter ou de rappeler votre cravate.

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V – Trop de coordination à tout prix tu éviteras

Comme dans beaucoup d’autres domaines du style masculin, le choix de la couleur et du design de votre pochette devrait être dicté par l’association de matières, de couleurs et de motifs de votre ensemble.

Vous devez donc choisir votre pochette pour finir votre tenue. Cela peut impliquer de choisir des couleurs qui se complètent bien, mais cela n’est même pas toujours vrai.

Cependant la seule chose à éviter à tout prix est de choisir une pochette identique à votre cravate. C’est le meilleur moyen de faire « cheap ».

D’ailleurs décider d’une tenue le matin en partant d’un choix de pochette est quasiment impossible. J’ai moi-même tenté l’expérience de partir d’une pochette et de composer une tenue complète sur cette base, et je n’ai pas bien sûr pas réussi. La pochette est un complément, pas une base.

VI – Courageux tu seras

Si avant d’enfiler une pochette vous devez vous poser la question « est ce que je peux vraiment porter cela ? », alors la réponse est surement « non ».

La pochette est potentiellement l’accessoire qui ajoute le plus de flamboyance et de panache à vos tenues. Il est donc important que vous soyez conscients du fait qu’avec votre pochette vous allez inévitablement attirer l’attention d’autrui. Et bien sûr, il vous faut absolument éviter d’être vous même embarrassé par cette dernière et d’avoir envie de l’enlever à l’heure du déjeuner afin de ne pas ruiner votre journée.

Porter une pochette requiert une certaine dose de confiance en vous et de nonchalance. Il vous faudra donc trouver le Rubinacci qui sommeille en vous…

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VII – T’abstenir parfois tu sauras

Ne pas porter de pochette est parfois le meilleur choix. Mais bien que ce principe soit exact, je ne trouve pas de règle stricte sur le sujet pouvant servir de « guideline » sauf bien sûr dans le cas d’une surabondance d’accessoires. Servez vous donc de votre instinct et de vos tripes.

Ce qui vous semble correct à titre personnel est donc ce qui importe le plus car c’est bien la projection de vous-même qui donne de la vie à un ensemble. Une pochette mal utilisée sera en effet toujours pire que pas de pochette. En effet cette dernière a le double pouvoir potentiel de réhausser une tenue mais aussi de la ruiner, même si tout le reste est parfait. La pochette doit donc être utilisée avec discernement et éducation.

VIII – Ta personne plutôt que tes vêtements en valeur tu mettras

Voici une autre règle non-écrite de l’élégance masculine : faites en sorte que les gens se souviennent de vous et pas uniquement de vos vêtements.

C’est donc la manière dont vous vous comportez et l’assurance dont vous faites preuve qui feront que votre ensemble sera, finalement, mémorable.

En d’autres termes, et même si je souscrit à l’idée, peu populaire au demeurant, que l’habit fait parfois quand même (un peu) le moine, il convient cependant de ne jamais oublier que c’est vous qui êtes le centre du tableau, pas vos vêtements. Un homme n’est élégant que lorsqu’il projette quelque chose qui va beaucoup plus loin que sa seule tenue.

D’ailleurs un homme portant un costume en grande mesure ne sera mémorable que s’il se comporte de façon adéquate. Fort heureusement, ce qui est fantastique avec un costume bespoke c’est que ce dernier vous incite en réalité à vous comporter d’une certaine manière car il vous chuchote à l’oreille en permanence « mon Dieu, je porte un costume Bespoke aujourd’hui ! »

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IX – Le pliage à ton humeur tu adapteras

Alors que pour moi le seul noeud de cravate important à connaître et à maîtriser reste le noeud simple (« four in hand »), il n’existe pas de façon universelle de plier une pochette. La façon dont vous allez la plier doit donc être influencée par le look général de votre tenue mais aussi, et surtout, par votre humeur du jour.

Pour le dire simplement, les jours où vous aurez envie de faire le paon vous opterez pour un pliage plus exubérant alors que vous opterez pour un pliage plus neutre les jours où vous aurez envie de vous faire plus discret. A titre personnel j’ai l’impression que mon humeur en matière de pochette fluctue aussi en fonction du temps, de la même manière que mes choix de couleurs et d’épaisseur de tissu fluctuent en fonction des saisons.

X – Fier de ta pochette tu seras

Pour finir, vous devez comprendre que porter une pochette c’est comme donner une sorte de poignée de main secrète : il s’agit d’un code, d’un signe de reconnaissance entre les amateurs d’élégance classique.

En portant fièrement une pochette, vous entrez dans la fraternité des hommes qui aiment être élégants et qui portent cet accessoire comme un signe distinctif.

Et une fois que vous y avez gouté, il est difficile de faire demi-tour.

Dirnelli (dirnelli.tumblr.com)