Les essentiels de PG : Les règles pour choisir un costume

Hugo JACOMET

Les essentiels de PG : Les règles pour choisir un costume

Le fonds éditorial de PG représentant aujourd’hui près de 2000 articles, il peut s’avérer complexe, surtout pour les nouveaux-venus dans notre univers, de s’y retrouver rapidement.

Il s’agit en effet de leur permettre de faire leurs premiers pas dans le monde de l’élégance personnelle dans de bonnes conditions, sans se sentir submergé par l’avalanche d’informations à digérer et par l’ampleur – apparente – de la tâche.

C’est la raison pour laquelle nous entamons ce jour, dans toutes les langues, une petite série d’articles intitulés les essentiels de PG qui s’adresseront prioritairement aux débutants mais dont la (re)lecture pourra sans doute s’avérer également utile même aux plus chevronnés (si j’ose dire) d’entre vous.

Et pour bien (re)commencer, (re)commençons par le début : les règles pour choisir un costume.

Costume croisé, droit ou trois pièces ?

Alors que le costume droit deux pièces a régné presque sans partage pendant quasiment trois décennies, nous assistons depuis quelques années à une belle renaissance stylistique dans le monde du costume masculin haut de gamme.

Le costume croisé fait ainsi l’objet d’un intérêt nouveau et pérenne, tandis que le gilet revient en force dans les garde-robes des hommes.

Depuis le début des années 2010, les possibilités offertes dans le choix d’un costume n’ont jamais été aussi grandes et demandent, plus que jamais, de maîtriser quelques notions fondamentales afin de ne pas vous tromper dans vos choix.

Le costume croisé

Le costume croisé est en pleine renaissance et représente pour beaucoup, la quintessence du costume masculin élégant : il apporte une indéniable prestance à celui qui le porte grâce à un rendu visuel, par définition, très structuré et très net.

Il se porte classiquement en version 6 sur 2 (6 boutons dont deux actifs) ou en version 6 sur 1 (6 boutons dont un actif) et est toujours monté avec des revers larges en pointe (peak lapels).

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Il s’agit d’une pièce par essence plus formelle que le costume droit,  qui se porte théoriquement (donc sauf en Italie)  toujours fermé (même assis) et jamais avec un gilet.

C’est une pièce du vestiaire masculin d’une élégance et d’une flamboyance incontestables, mais qui ne souffre d’aucune approximation dans la coupe et dans le tombé. Elle doit donc toujours être minutieusement choisie en respectant certaines règles de morphologie.

Si vous êtes grand et mince, le costume croisé est un excellent choix, car il a un effet très avantageux sur le plan horizontal (du à la structure créée par les 6 boutons) et a tendance à élargir les épaules.

Si vous êtes petit et enveloppé, porter le croisé peut, en revanche, s’avérer délicat car l’excédent de tissu sur le devant ainsi que les lignes horizontales auront tendance à accentuer l’impression d’épaisseur.

Un must de l’élégance masculine mais à manier avec éducation et discernement.

Le costume droit

C’est la coupe la plus classique et la plus répandue. Elle a cependant elle aussi bénéficié du regain d’intérêt actuel des hommes pour leur style personnel, avec de nouvelles propositions stylistiques comme l’apparition de revers en pointe (hier plutôt réservés aux croisés) ou le retour en force du gilet, droit ou croisé.

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Un beau costume droit bien coupé est toujours un bon choix pour allonger les silhouettes et affiner les tailles. Il est d’ailleurs très conseillé, en cas d’embonpoint, de le choisir bien ajusté et surtout pas trop grand, ce qui aurait pour conséquence d’accentuer encore l’impression d’embonpoint. En outre, en termes de confort et de liberté de mouvement, plus un costume droit sera ajusté, plus il « bougera » naturellement avec le corps.

Il se porte en ville généralement avec deux boutons et en soirée avec un seul bouton. La version trois boutons a, quant à elle, quasiment disparu tandis que la version 3 en 2 (3 roll 2), où le premier bouton est inséré dans le roulé du revers, fait actuellement l’objet d’un engouement certain, surtout parmi les aficionados du style italien.

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Le costume droit est donc le plus adaptable des modèles car il possède en outre l’énorme avantage de pouvoir se porter ouvert, en intérieur ou lorsqu’il fait chaud.

Le costume trois pièces

Longtemps réservé aux cérémonies et aux occasions très formelles, le port du gilet revient en force dans la garde-robe des hommes. Il se porte toujours boutonné (sauf le dernier bouton) et toujours sous un costume droit.

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Croisés ou droits, ils peuvent être proposés avec ou sans revers, en fonction du style du costume.

Avec une veste droite à crans normaux (notch lapel), le gilet, droit ou croisé, se porte généralement sans revers.

Avec une veste droite à crans en pointe (peak lapels), le gilet droit se porte généralement sans revers tandis que le gilet croisé peut se porter avec des revers en pointe (peak lapels).

Très adapté aux hommes de petite taille (le gilet « gomme » la ceinture et allonge les jambes), c’est une pièce tailleur apportant un indéniable supplément d’âme à tout costume.

Les tissus

Une bonne compréhension des propriétés des différents types de tissus peut également s’avérer importante lors du choix d’un costume, surtout en période estivale.

Révisons nos fondamentaux en nous en tenant aux fibres animales et végétales principales :

  • La Laine Mérinos : L’espèce de moutons Mérinos est la championne du monde de la production lainière. D’origine espagnole, ce mouton est désormais présent sur toute la planète, et principalement en Australie et en Nouvelle Zélande. C’est la laine de mouton la plus appréciée des filateurs et celle utilisée pour les tissus en laine les plus luxueux.
  • Le Mohair : Le mohair est une laine fabriquée à partir de la toison de la chèvre Angora d’Asie Mineure. Elle a pour caractéristique de joindre à son pouvoir isolant thermique (du froid comme du chaud) une très grande légèreté. C’est donc un tissu de premier choix pour les périodes estivales.
  • Le Cachemire : Le cachemire est une fibre provenant de la laine longue et soyeuse de la chèvre de la province du Cachemire. La Mongolie est le premier producteur mondial de cette merveille de la nature qui mélangée à de la laine donne un tissu léger, duveteux et d’un tombé superbe. Le cachemire possède également un pouvoir thermorégulateur important et le tissu possède une élégance luxueusement naturelle. Il s’agit plutôt une étoffe de saisons froides.
  • Le Lin : Le lin est une plante annuelle de la famille des Linaceae cultivée principalement pour ses fibres. Les caractéristiques techniques de la fibre de lin sont assez exceptionnelles. Elle peut absorber beaucoup d’eau et s’avère très résistante tout en étant très fine. Elle a l’avantage par rapport à ses concurrentes animales de ne pas souffrir des UV du soleil. C’est l’un des tissus rois de l’été.

La classification des laines de luxe est souvent exprimée avec la formule « Super », suivie d’un chiffre et d’un s : Super 100s, Super 120s, Super 150s etc.

Il s’agit en réalité d’une nomenclature complexe prenant en compte le diamètre de la fibre (100 correspondant un diamètre de la fibre de 18,75 microns de mm, 150 correspondant à un diamètre de 16,25 microns et ainsi de suite), mais forcément pas la finesse du tissu. Les tissus les plus précieux et les plus légers sont cependant souvent tissés à partir de fibres très fines qui sont choisies pour leur légèreté, leur confort et surtout, pour leur toucher incontestablement plus doux.

Il convient donc de bien choisir un tissu en fonction de ses goûts mais aussi en fonction de son mode de vie et de certaines données climatiques.

Pour aller (beaucoup) plus loin sur ce sujet complexe lire aussi les trois articles ci-dessous :

Super 100s, Super 200s : le grand mythe

Les tissus Super 180s et au delà : nouvelles révélations de Dirnelli

Événement 21 micron : Vitale Barberis Canonico prend l’initiative

L’entoilage

L’entoilage d’une veste est l’un des premiers signes de sa qualité.

On appelle « entoilé », un costume qui est construit avec une toile insérée entre les deux épaisseurs de tissus. Cette toile de corps en laine aussi appelée « toile tailleur », est dite « flottante », c’est à dire qu’elle n’est pas collée au tissu. Elle constitue l’armature du vêtement et lui permet de « respirer » tout en épousant les courbes naturelles de la silhouette. Sur les vestes de tradition, une pièce supplémentaire aussi appelée « la pièce poitrine », en laine, lin et crin de cheval vient structurer le devant de la veste, de la poitrine aux épaules, à la manière d’un plastron.

Pour vérifier si une veste est entoilée, pincez le tissu de part et d’autre du premier bouton de la veste et essayez de « décoller » les deux parties. Si vous sentez au toucher une troisième couche de tissu (la toile donc) entre les deux autres, il s’agit d’une veste entoilée. S’il est impossible de décoller les deux parties, il s’agit d’une veste dite « thermocollée ».

Pour aller plus loin sur ce sujet crucial lire aussi les deux articles ci-dessous :

La guerre de l’entoilage est déclarée (1/2)

La guerre de l’entoilage est déclarée (2/2)

Le drop

Il s’agit d’une donnée importante lors du choix d’un costume en prêt-à-porter.

Ce chiffre (généralement de 6 à 8), indique le rapport entre la poitrine et la taille. Il est surtout utilisé pour assortir une taille de pantalon cohérente avec la veste du costume en prêt-à-porter. A retenir : plus le chiffre est élevé, plus la veste sera cintrée.

Donc si vous êtes svelte, vous choisirez un drop 8. A l’inverse, si vous souffrez d’un peu d’embonpoint, vous choisirez un drop 6.

Comment (bien) essayer un costume

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Lorsque vous essayez un costume assurez-vous de mettre dans vos poches tous les objets que vous mettez habituellement dans celles-ci : portefeuille, porte-cartes, clés, téléphone. Certains plis disgracieux sont en effet évitables lorsqu’ils sont anticipés.

Essayer avec une chemise et des souliers dans le style de ce que vous portez habituellement est également très conseillé, car cela fournira de précieux renseignements sur la longueur des manches, la hauteur du col, la longueur du pantalon et de la largeur du bas de ce dernier.

Après avoir enfilé le pantalon et la veste, tenez-vous naturellement devant le miroir.

Soyez très attentifs à ce que le col de votre veste ne soit jamais décollé de votre nuque ou, à l’inverse, ne présente des plis horizontaux sous la base de celle-ci.

Le col de votre veste devrait toujours laisser voir environ 1,5 cm de votre col de chemise Si votre col monte plus haut il frottera sur votre nuque et s’il est plus bas il donnera l’impression que votre veste glisse vers le bas.

La largeur de la veste doit être suffisamment généreuse pour permettre au tissu de « tomber » en une ligne ininterrompue des épaules jusqu’au bas des manches.

La taille devrait être légèrement serrée afin de respecter les courbes naturelles du corps. Vous pouvez tout de suite juger si la taille est trop serrée en observant les lignes en X qui se forment de part et d’autre du bouton actif de la veste. Si ces lignes sont trop prononcées, alors la taille devrait être légèrement relâchée. Cependant, il est de bon goût de conserver une légère tension à la fermeture, car cela confère une réelle personnalité à la veste.

La longueur idéale d’une veste classique est simple à déterminer : elle doit couvrir le fessier et s’arrêter juste à ce niveau.

Les fentes à l’arrière de la veste quelle que soient leur hauteur doivent avoir un « tombé » parfaitement perpendiculaire au sol.

Les manches de la veste doivent également avoir un « tombé » net, sans plis ni cassures sur la partie supérieure du bras. Si un homme a une posture qui fait que ses bras sont soit très en avant, soit plutôt en arrière de la veste, les manches devront donc être retirées et remontées en leur appliquant une légère rotation.

La manche de votre veste doit atteindre l’os de votre poignet et proposer une ouverture en bas de manche d’environ 15 centimètres de diamètre afin d’encercler tout juste la manche de votre chemise.

Veillez à ce point très important : la manche de la veste doit faire corps avec la manche de la chemise. Un trop grand espace entre les deux est particulièrement disgracieux.

Pour aller plus loin sur ce sujet, lire aussi les deux articles ci-dessous, tirés des travaux d’Alan Flusser :

Dans la cabine d’essayage (1)

Dans la cabine d’essayage (2)

Le choix des motifs

La règle fondamentale est simple : les rayures allongent la silhouette et les carreaux l’élargissent. Donc les rayures sont conseillées si vous êtes un peu fort, et les carreaux sont conseillés si vous manquez de carrure.

Pour aller plus loin sur le sujet, lire aussi les deux articles ci-dessous :

De la maîtrise des motifs

Deux règles simples pour coordonner les motifs

Les couleurs :

La règle communément admise est : un costume sombre pour les occasions importantes (bleu nuit ou noir), un costume bleu pour le bureau et un costume gris pour les contextes mois formels.

Cette formule rapide ne manque pas de bon sens, même si avec un peu d’éducation dans le domaine il vous sera possible très rapidement d’aller plus loin.

A suivre.

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Photos :

  • Ouverture : Luigi Dalcuore, Hugo Jacomet, Jean-Manuel Moreau et Paul Fournier
  • Costumes croisés : Cesare Attolini (FW 2016/2017), Cifonelli Bespoke
  • Costumes droits : Belvest
  • Costumes trois-pièces : Cifonelli (FW 2016/2017, FW 2015/2016)