Trop de sel gâte la soupe…

Hugo JACOMET

Trop de sel gâte la soupe…

Gentlemen,

je remarque depuis quelques temps que la montée en puissance de l’intérêt des hommes pour leur propre style génère de jolies surprises en termes d’offre et de palette de choix chez les bonnes maisons, mais également, assez classiquement (si j’ose dire), certains excès chez les fabricants qui surfent sur ce marché en plein boom.

La tentation d’ajouter toujours plus de détails hâtivement qualifiés de « dandys » (Dieu que je n’aime pas ce mot galvaudé et qui n’a aucun sens au 21ème siècle) est bien entendu très grande et certaines maisons n’hésitent pas à en faire beaucoup trop afin d’attirer l’homo novis en quête d’élégance et d’excellence personnelles.

Trop de boutons (même si la coupe de ce costume est assez réussie)…

Trop de rayures (même pour de grands amateurs de rayures horizontales comme nous)…

Trop de mélange de motifs…

Trop d’efforts visibles de coordination…

Trop de « pois » (même si les échelles sont respectées)…

Sans évoquer les confectionneurs très bas de gamme qui ne jurent plus que par les boutonnières contrastées et autres intérieurs de cols de chemises en madras…

Trop de sel gâte la soupe, assurément.

Une formidable occasion de rappeler ici que la discrétion est au style masculin ce que la litote est à l’élégance verbale ou écrite. Il est en effet absolument capital, en matière de vestiaire comme dans la vie,  de s’efforcer d’en montrer moins pour en dire plus, à l’instar de Chimène adressant son stupéfiant « Va, je ne te hais point » à Rodrigue dans la fameuse scène du Cid (Acte 3, Scène 4) alors qu’il lui est absolument interdit de déclarer son amour éternel à l’assassin de son père…

Seule exception, notable, à cette envolée de la surenchère mâtinée « Dandy », le surdoué (et sur-médiatisé) Tom Ford qui parvient à rester élégant tout prenant un malin plaisir à repousser les limites du mélanges de motifs (même si la photo ci dessus avec cette avalanche de pois vient de chez lui).

Et même si, comme le disait si bien Brummel en parlant d’autrui (et pas de lui-même évidemment), « L’élégance s’arrête au moment où on la regarde », nous sommes quand même obligés d’avouer à Tom Ford que malgré toutes les raisons qu’il nous donne de faire l’inverse, nous ne le haïssons point…

Cheers, HUGO